Reviens, Napoléon, ou la France est perdue ! *

Par Tim Stanley, ** The Daily Telegraph, Londres, Angleterre – Le 9 mai 2012

Pour l’historien proche des conservateurs qui signe cet article, François Hollande ne peut que mener la France dans le mur. Une seule solution : l’émergence d’un nouvel homme à poigne qui pourrait imposer au pays des réformes énergiques – d’inspiration libérale, bien sûr.

Donc, le socialiste François Hollande a remporté la présidentielle. Son programme : augmenter les impôts sur les sociétés pour financer départs à la retraite anticipés et accroissement des dépenses. Les perspectives ne semblent guère favorables pour la pauvre vieille France. Soit Hollande va tenir ses promesses et ruiner l’économie du pays, soit il va faire volte-face et se révéler un opportuniste désinvolte. Qu’il se range dans la catégorie des bouffons ou dans celle des scélérats, son élection montre à quel point le système politique français est défaillant. La France doit changer. Elle a besoin d’un autre Napoléon.

Depuis la Révolution de 1789, les Français ont dû batailler pour conserver la même Constitution pendant au moins deux ou trois générations (ce qui explique pourquoi la grande dame [en français dans le texte] en est à sa cinquième République). Cela tient au déséquilibre existant entre un Etat fondé sur le droit et la libre expression de la « démocratie de masse ». D’un côté, les révolutionnaires français ont voulu créer un État qui limite les pouvoirs et déréglemente l’économie (une de leurs premières initiatives a consisté à abolir le servage et à déréglementer le marché des céréales), mais de l’autre il leur fallait donner une légitimité au nouveau régime et donc reconnaître l’autorité politique du peuple parisien. À quoi bon la démocratie si les enfants continuaient à mourir de faim ? Les mesures adoptées par des délégués élus devaient être entérinées par les sans-culottes.

Résultat : quelques années après la Révolution, la Constitution, qui était de loin la plus progressiste du monde, a été abandonnée et la terreur mise à l’ordre du jour. L’État s’est mis à fixer les prix des denrées et à imprimer du papier-monnaie pour satisfaire le peuple. Un consensus a été atteint, oscillant entre le chaos et une corruption bureaucratique généralisée. Le 9 novembre 1799, Napoléon a mis fin à ce régime perverti. Il a conservé ce qu’il y avait de meilleur dans la République et établi à sa place un empire. Tel est le fil conducteur de l’histoire de France : révolution, chaos, consensus, débâcle et coup d’État mené par un homme fort « incarnant » la nation. Charles de Gaulle a orchestré deux coups d’État : le premier en tant que chef de la France libre, dans les années 1940, et le second, en 1958, quand il a instauré la Ve République.

Aujourd’hui, le peuple révolutionnaire a été remplacé par la gauche organisée. Pour des raisons nobles, mais qui lui sont propres, celle-ci s’est donnée pour mission de renverser Nicolas Sarkozy par une action directe. Dans la droite britannique, il y a un mythe selon lequel le problème de Sarkozy venait de ce qu’il était un socialiste masqué. Ce n’est pas vrai. C’était un gaulliste, un partisan du statu quo conservateur. Le consensus qui domine la droite française est que l’État doit rester laïc, puissant, proche du milieu des affaires, néocolonialiste en Afrique et au cœur de l’Europe. Elle a toujours privilégié la cohésion sociale plutôt que les marchés mondiaux.

Nicolas Sarkozy a tenté de sauver le consensus gaulliste de la Ve République en réformant légèrement le marché du travail. Mais un mouvement de grèves et d’émeutes urbaines l’en a empêché. S’inclinant devant la logique de l’Histoire, il n’a pas mené sa tâche à bien et a fait marche arrière. Résultat, l’absurde semaine des 35 heures est toujours en place et – chiffre le plus accablant, supérieur dans seulement cinq pays au monde, dont l’Irak et Cuba – les dépenses publiques représentent 56% du PIB du pays.

Si le projet de réforme de Nicolas Sarkozy a capoté à cause du peuple, le président sortant aura péri par l’épée dont il s’était lui-même servi. Dans une tentative désespérée pour se rallier les provinces, il a soutenu une proposition de loi visant à interdire la burqa, puis il a déclaré la guerre aux gens du voyage. En faisant preuve d’autoritarisme, il a dressé une partie de la population – les partisans du Front national – contre une autre – les émeutiers des banlieues (étudiants, extrémistes, syndicalistes et travailleurs immigrés mécontents). François Hollande, au contraire, a tout d’un homme de la banlieue. Il a juré de sauver la République en promettant au peuple l’équivalent de la déréglementation des céréales et de l’émission de billets. Cela le satisfera, du moins pendant un certain temps.

Sources

* http://www.courrierinternational.com/article/2012/05/09/reviens-napoleon-ou-la-france-est-perdue

* http://www.courrierinternational.com/notule-source/the-daily-telegraph-0

* http://www.telegraph.co.uk/  (en anglais)

** Tim Stanley est historien, spécialisé dans l’histoire des États-Unis. Il se présente lui-même comme « anarcho-catholique », ennemi des impôts, conservateur par tempérament. Il blogue régulièrement pour The Daily Telegraph. Son site : timothystanley.co.uk

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