Êtes-vous réactionnaire ? *

Par Thierry Barbier **  –  le 26 avril 2010

C’était mieux avant. On a toujours dit ça. Mais est-ce vrai ? Angoissés s’abstenir.

Si l’homme ne change jamais, la dernière décennie, elle, a changé le monde.  2000 : Michel amène un beau couteau à l’école pour une sortie en forêt avec sa classe. Son professeur lui demande où il l’a acheté pour se payer le même.
2010 : Le professeur appelle la police. Le quartier est bouclé. Michel est menotté et embarqué devant les caméras des envoyés spéciaux des chaînes de télé. L’école ferme une semaine et le Vancouver Sun tient sa une pour quelques jours.

Dans les faits, les Américains viennent tout de même d’envoyer deux chasseurs F-16 pour escorter un avion dans lequel quelqu’un avait allumé une cigarette !

Sécurité

Tout a changé le 11 septembre 2001. Le terrorisme se fait de plus en plus rare alors qu’on nous fait croire le contraire. Prendre l’avion, ce n’est plus être client d’une compagnie aérienne, c’est devenir un suspect. 
Ces dernières années ont vu l’apparition d’un concept aussi ridicule que dangereux : le principe de précaution. On ne veut plus de risques. Un accident, une loi, une interdiction, est devenu la règle. On parle même de mettre des bébés en « prison » à vie si leur ADN correspond à un risque de délinquance à l’adolescence.

Technologie

Internet, évidemment. Outil formidable et indispensable. Mais c’est aussi l’e-monde, l’immonde, comme l’écrit Yann Moix. L’accès aux informations n’a jamais été aussi facile alors même que le niveau de culture baisse de façon effarante. Le tout-venant bénéficie maintenant d’une tribune pour dire tout et n’importe quoi. C’est l’émergence de Wikipedia et de la désinformation généralisée. Goebbels doit être pâle d’envie.
Naturellement, il ne faut pas oublier les réseaux sociaux, ces outils pour midinettes en mal de reconnaissance. Le phénomène, anti-social, après avoir touché les plus âgés et quelques entreprises, commence doucement à se résorber.

L’ordinateur est présent partout. Le problème est qu’il commence à prendre des décisions à la place de l’homme. Les mauvaises.
Alors que les gens s’entassent dans les villes, l’isolement est de plus en plus grand. La communication est instantanée mais il n’y a plus de relations. Regardez dans la rue les zombies qui marchent façon Gaston Lagaffe, complètement en-dehors du monde, avec deux écouteurs enfoncés dans les oreilles. Et les autres branchouilles de l’iPad dans les cafés, l’esprit bouffé par leur dernier gadget à la mode.

Liberté

Même les nouvelles générations ressentent le grignotage continuel des libertés individuelles. Inquiétant. Vous imaginez alors quand on a connu les années 60 à 90. Nous échangeons notre liberté contre une santé-sécurité de pacotille. Nous perdrons tout, comme le prophétisait Thomas Jefferson.

Comportement

On est, paraît-il, dans l’ère de la recherche d’une meilleure qualité de vie. On essaye surtout de bousiller celle des autres car on ne tolère plus la différence. On veut changer les comportements, ce qui ne s’était pas produit depuis très longtemps. Pour la première fois, il y a même un vaccin. Effrayant.

Les hommes se sont féminisés et les métrosexuels sont courants. L’androgyne séduit, Tokio Hotel fait fureur. 
La vie personnelle passe avant le travail, entend-on. Ineptie utopique aux conséquences dévastatrices.
On revend ses cadeaux de Noël. On fait l’amour par Internet. On ne rit plus, on ne boit plus, on ne fume plus mais on se drogue pour fuir le prosaïsme.

Amour

Vous avez remarqué ? On ne voit plus de couples s’embrasser dans la rue, même à Paris. C’est simple, avant, on s’embrassait pendant 2 ans avant de coucher ensemble. Maintenant, on couche d’abord, on s’embrasse 2 ans après. Mais chacun a déjà alors changé de colocataire ou de partenaire. Jusqu’à 40 ans. Après, … 
Les tabous et la pudeur sont tombés ces dernières années. Les femmes ont maintenant la vie sexuelle des hommes. Il y a confusion entre le désir et l’amour. Le plaisir charnel, négation de l’amour, expliquait subtilement Stendhal.

Je plains les générations qui n’ont pas connu la délectation des slows suspendant le temps. Juste après la transpiration d’un jerk endiablé, collés l’un contre l’autre, Warum ou les Platters tournant en boucle sur la platine pendant qu’un copain fume un joint dans un coin et que les autres cuvent. Aujourd’hui, ce serait plutôt les « skin parties » et le triolisme qui attirent certains jeunes dès 17 ans. Affligeant et inquiétant. Les mariages vont quand même bon train. Les divorces aussi.

Femmes

« Ah, les femmes ! », aurait dit Sacha Guitry avec son ton inimitable. Elles font des études et sont même majoritaires dans les universités. Certaines dirigent de très grosses entreprises. Mais elles sont plutôt absentes chez les cadres après 30 ans. Enfants et carrière ne sont toujours pas conciliables. 
Mais en fait, n’ont-elles pas toujours dirigé le monde ?

Valeurs

Le pilier de notre société, la famille, a éclaté. Nous assistons à une phase où l’école remplace de plus en plus les parents dans l’éducation de leurs enfants. Dramatique. Les homosexuels se marient et revendiquent un droit à l’enfant. Les valeurs traditionnelles disparaissent peu à peu. La famille monoparentale est passée d’oxymoron à la norme.

Idéologie

Après des décennies de pragmatisme, c’est le grand retour des croyances populaires. Les marchands de peur ont le vent en poupe. Terrorisme, épidémies, climat… En fait, il n’y a ni plus ni moins de catastrophes qu’avant, mais les vaticinateurs redeviennent les maîtres influents du monde. On glorifie les sorciers apôtres du CO2 et les sectes prolifèrent comme jamais. Peut-être un jour clouera-t-on tous ces oiseaux de malheur au pilori quand nous reviendrons au rationalisme.

Entreprises

Après l’éclatement du modèle vertical d’avant 68, ces dernières années ont vu la compartimentation excessive des fonctions de l’entreprise. La disparition de la responsabilisation et la généralisation de l’incapacité à répondre aux clients en sont le corollaire. Le télétravail écorne le sens même du mot société. Enfin, on constate trop souvent que les salariés ont un clavier à la place du cerveau.

Carnet mondain

Un Noir est devenu l’homme le plus puissant du monde tandis qu’un autre, très célèbre, nous quittait. Jennifer a cédé sa place à Angelina au bras de Pitt. On devient une vedette sans avoir rien fait. On jalouse les Paris Hilton, les gens creux portés aux nues. Les monstres sacrés ont disparu. Warren Beatty est passé de mode. Les petits minets ont la cote. Même James Bond souffre, et l’avoue. Côté pape, rien de nouveau depuis la papesse Jeanne.

Économie

On a fait croire aux pauvres qu’ils pouvaient devenir riches. Comme en 1929. Le résultat est une crise identique mais pire. Attendons de voir si nous avons retenu la leçon pour nous éviter une troisième guerre mondiale.
La dernière décennie, c’est aussi l’erreur de l’Euro, et, bien sûr, les bénéfices du plein effet de la mondialisation.

Science et progrès

Depuis le transistor en 1947, plus rien. Désolé.

Langage

2000 voyait l’apogée du politiquement correct. Noël, les Blancs, les Noirs et les Indiens étaient des mots bannis. Ils reviennent. Le mot sexe est devenu d’autant plus courant que la pudeur s’est effacée. La facilité de communication a favorisé la manipulation et l’émergence de nouveaux termes. On ne dit plus « colonisation » mais « commerce équitable ». Les antis deviennent des pros. Ainsi, les anti-avortement s’appellent eux-mêmes des pro-vie, histoire de brouiller l’image. Les anti-mondialisation se sont transformés en altermondialistes.  
La déresponsabilisation et le renvoi de l’image de l’état existant par et pour le peuple a changé les panneaux et annonces. « Interdit de » est remplacé par « Pour votre sécurité, il est interdit de ». C’était le dogme des régimes totalitaires.

Santé

À propos des années 30, le culte du corps est redevenu roi, au détriment de l’esprit. Faut pas manger ci, faut pas manger ça, faut pas faire ci, faut pas faire ça. Il est impossible d’ouvrir un magazine sans tomber sur des conseils de santé culpabilisants. J’ai déjà l’impression d’avoir un pied dans la tombe rien qu’en lisant. La notion de plaisir, celui de vivre en particulier, disparaît au profit d’un sursis de mortalité illusoire. La prolifération des lois de protection des consommateurs est en train de chasser du marché les meilleurs produits.

Arts et culture

Le retour de la censure. On bannit Tintin au Congo et on truque les photos de James Dean ou de Jacques Tati. Les émissions en direct sont interdites aux États-Unis.

Le nouveau millénaire nous a fait entrer dans l’ère du Verseau, synonyme, entre autres, de liberté. Ça commence bien. 
Qu’est-ce qu’un réactionnaire finalement ? Simplement un progressiste évolué.

Sources

* http://www.lexpress.org/opinion/etes-vous-reactionnaire/

* http://www.lexpress.org/

** http://www.lexpress.org/auteur/thierry-barbier/

 

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