Qu’est-ce qu’on attend pour être heureux ? *

Par CHRISTINE LAMBERT – MARIANNE / 18 août 2012

Les Français broient du noir. Cette semaine dans le magazine Marianne, en vente samedi (18.08.2012), une enquête nous explique les racines de ce pessimisme bien ancré. Nous livrons sur Marianne2 les résultats complets et édifiants d’un sondage réalisé à cette occasion. Ce sont les découvertes médicales qui redonnent le plus confiance à nos compatriotes.

Les Français dépriment. Détenteurs d’une médaille d’or supplémentaire, celle du pessimisme et du mal-être. Ils n’ont plus confiance en l’avenir, ne croient plus en des lendemains qui chantent (lire la passionnante enquête de Claude Askolovitch cette semaine dans Marianne). A notre demande, Harris Interactive a donc réalisé une étude portant sur les éléments susceptibles de donner confiance aux Français dans les années à venir, que ces éléments aient trait à leur sphère personnelle ou se situent à un niveau national voire supra-national.

Que retenir de cette enquête ?

Les Français font majoritairement preuve de pessimisme pour l’avenir, peu évoquant spontanément, en dehors de la famille ou de la jeunesse, des éléments susceptibles de leur redonner espoir pour l’avenir.

Au niveau du pays, le retour au plein-emploi et à la croissance économique apparaissent également comme des facteurs-clé de la confiance en l’avenir, de même qu’une réduction des incivilités. Toutefois, ces souhaits communs cachent des disparités dès lors que des dimensions plus concrètes sont testées. Notons en effet qu’un certain nombre de Français déclarent qu’ils seraient plus confiants si des mesures renvoyant à une forme de « priorité nationale » (préférence nationale pour les emplois, protectionnisme économique…), tandis que d’autres privilégient les avancées sociétales (comme l’autorisation de l’euthanasie, la promotion des droits des homosexuels, la lutte contre les discriminations faites aux femmes…).

À un niveau encore plus global, ce sont des découvertes médicales qui susciteraient le plus l’espoir des Français : un traitement contre le cancer ou Alzheimer, un vaccin contre le sida…

De manière transversale notons qu’il apparaît, à travers cette enquête, plus aisé pour certaines catégories de population – CSP+, diplômés, foyers aux revenus élevés, propriétaires, personnes en CDI – de se projeter dans l’avenir tandis que cela semble parfois plus difficile pour les personnes connaissant des situations précaires. Enfin, on note des différences d’appréciation selon les situations personnelles, les membres des catégories supérieures privilégiant comme facteur de confiance des éléments ayant trait à la situation professionnelle, à des principes sociétaux ou macro-économiques, tandis que les membres des catégories populaires citent davantage des éléments de « repli » comme les mesures protectionnistes ou le retour au franc.

Dans le détail :

Les dimensions spontanées de l’espoir : la famille et la jeunesse avant tout

Invités à s’exprimer spontanément sur toutes les choses susceptibles de leur donner de l’espoir pour l’avenir, les Français se montrent assez pessimistes, un nombre important d’entre eux répondant « rien » ou « aucune ». La majorité des personnes fournissant une réponse plus développée centrent leur propos sur « la famille », « les proches », « les enfants », ou de manière plus générique « la jeunesse », faisant parfois état d’un impératif d’espérance pour continuer à avancer et se préoccuper des générations futures. Notons également les références, moins nombreuses mais plurielles, au travail, soit pour évoquer le caractère plus ou moins protecteur de l’emploi, soit pour invoquer une retraite libératrice.

Le fait d’avoir une vie de couple harmonieuse et des amis présents sont d’ailleurs des éléments de la vie personnelle parmi les plus susceptibles de donner confiance en l’avenir, au même titre qu’une bonne santé et qu’un emploi stable

Plus précisément, une large majorité de répondants indique qu’elle aurait davantage confiance en l’avenir si elle était sûre de pouvoir compter sur une vie de couple harmonieuse (83%, dont 38% à qui cela donnerait tout à fait confiance en l’avenir) ainsi que sur un entourage amical solide (86%, dont 34%). Cela est presque aussi important dans les représentations que le fait d’être en bonne santé (84%, dont 45%) et un peu plus important que le fait d’être propriétaire de son logement (79%, dont 34%) ou de voir ses enfants réussir de bonnes études (79%, dont 31%). Ces dimensions personnelles sont autant mises en avant par les hommes que par les femmes, les premiers étant encore un peu plus nombreux que les secondes à déclarer qu’une vie de couple harmonieuse (85% contre 81%) et la réussite scolaire des enfants (81% contre 76%) contribueraient à forger un sentiment de sécurité pour l’avenir. Notons également l’importance accrue de la vie de couple et de l’entourage amical auprès des personnes âgées de 25 à 34 ans (respectivement 87% et 90%) ainsi que des 65 ans et plus (87% et 89%), ces derniers soulignant également l’impact sur la confiance d’une bonne santé (88%). Le fait d’être ou de devenir propriétaire de son logement principal est particulièrement susceptible de donner confiance à ceux qui ont déjà acquis leur logement (88%) et aux membres des catégories supérieures (84%) mais participerait également à rendre plus confiants les locataires actuels (64%) et les membres des catégories populaires (72%).

Si les éléments les plus susceptibles de donner confiance en l’avenir relèvent d’une sphère très personnelle, constatons que la sphère professionnelle est loin d’être secondaire, puisque trois-quarts des répondants font d’un emploi stable (75%, dont 35% que cela rendrait tout à fait confiant) et d’un métier épanouissant (76%, dont 34%) des conditions de la confiance en l’avenir. Le fait que cette vie professionnelle permette d’avoir un train de vie confortable (73%, dont 24%) et se solde par une bonne retraite (65%, dont 30%) constituent également de puissants ressorts de la confiance dans l’avenir. De manière générale, ces dimensions relevant de la vie professionnelle sont jugées davantage déterminantes par ceux qui en « profitent » déjà, les membres des catégories supérieures, les plus diplômés et les plus aisés ainsi que les personnes en CDI les citant davantage comme des ressorts potentiels de la confiance, tandis que les moins « privilégiés », membres des catégories populaires, membres des foyers aux plus faibles revenus, personnes peu ou pas diplômées et en CDD semblent moins être en mesure de se projeter dans un avenir meilleur, y compris si ces conditions étaient remplies. Le fait d’avoir une bonne retraite est également davantage cité par les inactifs (70% contre 65% en moyenne) .En revanche, le fait d’avoir la possibilité de travail plus (54%, dont 13%) ou moins (44%, dont 10%) n’apparaît pas comme profondément structurant de la confiance affichée pour les années à venir. Les électeurs de Nicolas Sarkozy à la dernière élection présidentielle voient toutefois davantage dans la possibilité offerte de travailler plus une raison d’espérer (71% contre 43% des électeurs de François Hollande) quand les électeurs de l’actuel Président préfèrent l’hypothèse qui consiste à avoir la possibilité de travail moins (55% contre 30% pour ceux de Nicolas Sarkozy).

Notons que le cadre de vie est également déterminant puisque 84% des Français indiquent que le fait de vivre dans une belle région leur donnerait confiance dans l’avenir, dont 27% tout à fait.

L’emploi et la croissance économique apparaissent également comme des facteurs-clé de la confiance en l’avenir, ainsi qu’un meilleur vivre-ensemble, ces dimensions passant parfois par une forme de repli aux yeux des Français

D’autres éléments ont également été testés, n’ayant plus trait spécifiquement à la vie personnelle mais plus globalement à la situation de la France. Sur ce point, ce sont avant tout le retour au plein-emploi (64%, dont 31%) et à la croissance économique (69%, dont 27%) et, à une intensité un peu moindre, la ré-industrialisation du pays  (66%, dont 23%) qui pourraient donner confiance aux Français en l’avenir. Les réponses donnent à voir une société française très préoccupée par la situation économique des prochaines années et tentée par une forme de repli dans ce contexte économique très dégradé. 47% voient ainsi dans l’attribution des emplois aux Français en priorité une raison de confiance en l’avenir (dont 19% tout à fait), tout comme 53% seraient rassurés par l’instauration de mesures protectionnistes pour l’économie française (dont 12% tout à fait). Notons également que 69% se diraient plus confiants grâce à une plus grande indépendance énergétique de la France (dont 19% tout à fait), 57% une plus grande taxation des très hauts revenus (dont 21% tout à fait) et 54% par l’interdiction de licenciements dans les entreprises réalisant des bénéfices (dont 20% tout à fait).

Notons que si l’économie revêt une forte importance, les Français mentionnent également qu’un certain nombre d’éléments plus sociétaux seraient en mesure de leur fournir davantage confiance. Et une nouvelle fois, les réponses données laissent à voir une société appelant de ses vœux un vivre-ensemble plus apaisé, mais ne le croyant parfois possible qu’à travers une forme de fermeture. Ainsi la réduction des incivilités (63%, dont 30%) constituerait le deuxième élément le plus susceptible de donner confiance aux Français pour le futur du pays, nombreux étant ceux citant également l’interdiction du foulard et du voile islamique dans la rue (57%, dont 27%), une meilleure maîtrise de l’immigration (60%, dont 23%), et dans une moindre mesure, le développement des moyens de vidéo-surveillance (54%, dont 11%). Ni la promotion des femmes, ni la taxation des hauts revenus, ni l’interdiction des licenciements dans les entreprises réalisant des bénéfices ne recueillent ces scores. « Seuls » 49% verraient dans une meilleure intégration des étrangers dans la société française une raison de se montrer confiants en l’avenir (dont 9% tout à fait).  Ces éléments corroborent une crispation de la société française sur les questions de sécurité et d’immigration. Notons également que la réduction des inégalités en France ne constitue pas ce qui donnerait le plus confiance aux Français même si cela y contribuerait pour une majorité d’entre eux (58%, dont 19%). Faut-il voir là l’absence d’une forte appétence pour une société plus égalitaire ou l’absence d’ores et déjà d’espoir à ce sujet

Enfin, notons que l’Ecole devrait conserver son rôle central… mais pour ses propres enfants d’abord !  70% déclarent qu’une école de qualité qui offrirait les mêmes chances à tous leur donnerait confiance en l’avenir (dont 26% tout à fait), mais 79% jugent plus important que leurs enfants réussissent de bonnes études (dont 31% tout à fait).

Dans le détail, notons que les femmes et les hommes partagent sensiblement les mêmes opinions. Les personnes âgées sont en règle générale plus nombreuses à déclarer pouvoir être plus confiantes en l’avenir en fonction de ces différents éléments, à l’exception de la taxation des très hauts revenus, de l’autorisation de l’euthanasie ou de la promotion des droits des homosexuels. A l’inverse, les plus jeunes sont sensibles à la lutte contre les discriminations, qu’ils s’agissent des homosexuels ou des femmes mais semblent de manière globale moins prompts à se projeter avec confiance dans le futur. La catégorie socioprofessionnelle, le niveau de diplôme et les revenus des répondants influent également sur les réponses, les membres des catégories supérieures privilégiant comme facteurs de confiance des éléments sociétaux ou macro-économiques, tandis que les membres des catégories populaires citent davantage des éléments de « repli » comme les mesures protectionnistes ou le retour au franc. Enfin, des différences apparaissent en fonction de la proximité politique des répondants : les sympathisants de Gauche se montreraient plus confiants que les sympathisants de Droite en cas de retour au plein-emploi, de croissance économique retrouvée, de ré-industrialisation de la France, d’une école égalitaire, de moindre discrimination envers les femmes et les homosexuels, de taxation plus importante des hauts revenus ou encore d’interdiction des licenciements boursiers, de réduction des inégalités et d’une meilleure intégration des étrangers. Les sympathisants  de Droite se définiraient comme plus confiants que ceux de Gauche en cas d’interdiction du foulard et du voile islamique dans la rue (même si cela serait aussi le cas de 51% des sympathisants de Gauche), d’une plus grande maîtrise de l’immigration (même si cela serait aussi le cas de 60% des sympathisants de Droite), d’attribution des emplois aux Français en priorité et de développement des moyens de vidéo-surveillance.

Des découvertes médicales susciteraient l’espoir des Français, tout comme la prise de conscience écologique

Enfin, si l’on se situe à un niveau encore plus général, ce sont avant tout les découvertes médicales qui pourraient donner confiance aux Français. 81% indiquent que la découverte d’un traitement contre les cancers leur donnerait confiance en l’avenir (dont 33% tout à fait), tout comme 78% en cas de découverte d’un traitement contre Alzheimer (dont 25% tout à fait) et 76% en cas de découverte d’un vaccin contre le SIDA (dont 24% tout à fait). Cela est particulièrement vrai pour les personnes âgées de 65 ans et plus (respectivement 86%, 85% et 78%).

Enquête réalisée en ligne du 9 au 13 août 2012. Echantillon de 1569 individus représentatifs de la population française âgée de 18 ans et plus, à partir de l’access panel de Harris Interactive. Méthode des quotas et redressement appliquée aux variables suivantes : sexe, âge, catégorie socioprofessionnelle et région d’habitation.

Sources

* http://www.marianne2.fr/Qu-est-ce-qu-on-attend-pour-etre-heureux–un-sondage-exclusif-du-magazine-Marianne_a221716.html

* http://www.marianne2.fr/

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