Élection: l’opposition est dans l’usine et dans la rue *

ÉLECTION : L’OPPOSITION EST DANS L’USINE ET DANS LA RUE (Partie 1)

Par Robert Bibeau – 29 août 2012

Des élections anticipées, pour quoi faire ?

Des élections législatives anticipées ont été appelées au beau milieu de l’affrontement opposant les étudiant(e)s au gouvernement québécois. Cette mascarade électorale vise à liquider la grève étudiante et le mouvement de manifestations populaires qui s’y est greffé. Pour le gouvernement, l’élection du 4 septembre 2012 vise à reprendre l’initiative politique et à redonner aux institutions « démocratiques » bourgeoises leur légitimité bafouée par le défi étudiant et populaire face à l’ignoble Loi 78-12, aux injonctions des tribunaux, aux règlements municipaux et aux intimidations et agressions des forces policières. Il n’est pas suffisant cependant de simplement balayer du revers de la main cette fraude électorale et de renvoyer dos à dos tous les candidats-bouffons souhaitant représenter la classe capitaliste auprès des électeurs et à l’Assemblée nationale.

En la circonstance, le slogan « Ne votez pas, ils sont tous pareils » ne suffit pas et pourrait paraître une trahison des étudiants militants et un abandon des pauvres, des autochtones, des chômeurs, des pêcheurs, des mineurs et des ouvriers en lutte contre ce gouvernement corrompu; en lutte également contre la classe capitaliste qui commande à ce gouvernement et à ce Parlement troufion.

La conjoncture créée par cet appel à des élections anticipées nécessite que l’on explique les motifs qui rendent nécessaire (pour la bourgeoise) la hausse des droits de scolarité et qui rendent impératives (pour les capitalistes) les hausses des tarifs des services publics (électricité, assurance maladie, assurance médicament, garderie, assurance parentale, régime des rentes, cotisation santé, transport en commun, permis de conduire, plaque d’immatriculation, TVQ, péages sur les nouveaux ponts et autoroutes, taxes municipales et scolaires) et en conséquence la dégradation du pouvoir d’achat de la classe ouvrière et des étudiants-travailleurs (72 % des étudiants post-secondaires travaillent).

À l’évidence, toutes ces hausses de tarifs, ne seront pas annoncées pendant la présente campagne électorale. Ces annonces seront faites dans les années qui suivront l’élection.

En ce qui a trait au chômage et à la pauvreté de couches importantes de la population québécoise qui fréquentent les comptoirs alimentaires et les friperies, tous les politiciens qui se disputent comme des chiffonniers n’ont absolument aucun contrôle sur les lois du développement économique capitaliste, ni sur la déprime récente de l’industrie minière, ni sur la crise financière mondiale, ce qui explique qu’ils évitent de parler de la crise économique et font comme si la pauvreté et l’exploitation de la classe ouvrière n’existaient pas au Canada.

Récession économique mondiale et surprofits

La crise économique globalisée qui frappe le monde entier requiert de chaque gouvernement qu’il soutienne fermement ses impérialistes nationaux et qu’il érige un pont d’or de subventions, de déductions fiscales, de ristournes pour achats «nordiques» , de contrats de construction surpayés, d’aide gouvernementale pour la recherche appliquée afin d’imaginer des outils d’exploitation et de surproductivité améliorés au service des profits des entreprises impérialistes privées.

Un peu comme dans une néo-colonie étatsunienne, l’économie du Québec (et du Canada) repose lourdement sur l’extraction et l’exportation des matières premières non transformées (non-ouvrées). Le Plan Nord – un modèle du genre en la matière –  prévoit des investissements de plusieurs milliards de dollars de la part du gouvernement québécois afin de construire routes, voies ferrées, ports en eau profonde, afin d’accélérer la braderie des mines de diamant, d’or, de titane et de fer pour le bénéfice d’immenses trusts miniers internationaux (Rio-Tinto-Alcan, Arcelor Mittal, BRP, etc.).

Or, voici que la vérité s’étale au grand jour. Les milliers d’emplois promis par ces oligopoles miniers sont conditionnels à la reprise économique aux États-Unis et en Europe. Cette reprise non seulement ne survient pas mais c’est une nouvelle récession qui s’annonce à l’horizon. L’économie chinoise ralentit, l’économie indienne stagne et le minerais québécois devient inutile. Pendant ce temps Charest promet de gaspiller plus d’investissement dans le grand Nord, de dilapider les ristournes d’Hydro-Québec et du ministère des Transports, et de fournir moins d’argent aux étudiants. Pauline Marois déblatère sur les référendums d’initiative populaire, sur le sommet de l’éducation, sur la charte de laïcité, et François Legault tente de se faufiler entre les deux premiers à grand renfort de promesses grossières qui font insulte à l’intelligence populaire.

Les entreprises multinationales des pays occidentaux ne peuvent concurrencer celles des pays émergents (Chine, Inde, Brésil, Russie, Iran) dans l’attribution de salaires de misère et de pitoyables conditions de travail. La Grèce s’y emploie depuis quelques mois et ne parvient pas à briser la résistance de ses ouvriers à qui on impose une baisse de 40 % de leur salaire pour des journées de travail allongées. L’Espagne s’apprête à appliquer le même procédé avec les mêmes difficultés face à la classe ouvrière espagnole révoltée. La Grèce sera bientôt chassée de l’Union Européenne pour avoir osé résister à ses bourreaux. À l’intérieur ou à l’extérieur de l’Euro et de l’Union, le programme de la classe ouvrière grecque reste le même : chasser le Dieu de la peste  des cieux du Pirée et sortir la Grèce de la domination capitaliste des armateurs helléniques.

Les salaires de misère assurent aux pays émergents l’accumulation de masses importantes de plus-value absolue (d’où proviennent toutes les formes de profits). Face à cette réalité les économies capitalistes avancées comme le Québec et le Canada n’ont qu’un scénario possible : hausser le niveau de surexploitation de la plus-value relative (d’où proviennent les surprofits) produite grâce à l’innovation technologique. Pour augmenter la productivité du travail il faut investir des sommes énormes dans la recherche-développement-appliquée via les universités et les centres de recherche privés. Les facultés de sciences, de droit, d’administration, d’informatique, de polytechnique et d’ingénierie sont à l’honneur. Les autres facultés universitaires sont des enfarges inutiles qui doivent être laissées en friche en attendant que les étudiants les désertent (éducation, sciences humaines, philosophie, littérature, arts, musique, sports, loisirs, etc.).

Chasser les étudiants des universités

Pendant la grève étudiante le gouvernement Charest a trouvé un milliard de dollars à investir en recherche appliquée dans les universités et dans les centres de recherche privés alors qu’il ne trouvait pas 265 millions de dollars pour assurer l’accessibilité accrue aux études universitaires pour les fils et les filles de la classe ouvrière.

La hausse des droits de scolarité post-secondaire visait à chasser le plus grand nombre d’étudiants des facultés jugées inutiles pour la cueillette des surprofits et elle visait à concentrer toutes les ressources ainsi libérées annuellement (30 000 $ par étudiant abandonnant les études) dans les facultés pouvant soutenir les entreprises monopolistes québécoises dans leur quête de productivité et de surprofits via l’innovation technologique. Ces surprofits ne sont nullement destinés aux ouvriers mais aux actionnaires milliardaires avides de profits maximum et qui n’arrivent pas, malgré ces subventions généreuses, à faire fonctionner leur système économique sclérosé. Heureusement, les étudiants ont déjoué les plans du gouvernement Charest qui sera bientôt chassé du pouvoir. À bon entendeur, salut.

Ils promettent l’argent qu’ils ne possèdent pas

Après quelques semaines de campagne frivole, chaque parti bourgeois y va de ses promesses de dépenses et de cadeaux électoraux; promesses se situant entre 1 milliard de dollars pour le Parti Québécois, 2 milliards pour le Parti Libéral et 3 milliards de dollars pour la Coalition Avenir Québec, jusqu’au record de 8 milliards de dollars pour Québec Solidaire. Ces « politicailleurs » mentent effrontément aux électeurs qui par ailleurs le savent pertinemment.

Tous ces politiciens promettent l’argent qu’ils n’ont pas et qu’ils devront d’abord arracher aux travailleurs avant de leur en retourner une infime partie puisqu’une large part devra servir à rembourser les emprunts contractés auprès des capitalistes financiers et qu’une autre partie devra servir à subventionner les compagnies privées milliardaires assoiffées de profits. Entre 2003 et 2012, le Gouvernement Charest, battant le record de son prédécesseur péquiste, a augmenté les emprunts de 77 milliards de dollars (hausse de la dette souveraine de 33 % en neuf ans)  – soit une hausse de la dette souveraine de 8 000 dollars par citoyen québécois.

Le Parti Libéral de Jean Charest préconise de faire payer le peuple en appliquant la «règle» de « l’utilisateur payeur » introduite par le PQ avant lui. Cette règle ne s’applique évidemment qu’aux différentes sections du peuple (étudiants, chômeurs, assistés sociaux, patients des hôpitaux, automobilistes, prolétaires, pêcheurs, mineurs, employés de la fonction publique, retraités, autochtones, etc.), jamais aux entreprises prédatrices d’électricité, aux entreprises alimentaires gaspilleuses d’eau potable, aux minières et aux papetières pollueuses, aux entreprises de transport qui saccagent nos routes, aux firmes d’ingénierie conseil et à leurs lobbyistes dont les viaducs s’écroulent, aux firmes de construction distributrices de pots de vin.

Charest est franc, il affirme ouvertement qu’il fera payer le peuple pour sortir les riches du marasme économique. Il propose de brader les ressources naturelles et de laisser les impérialistes québécois et mondiaux s’accaparer des richesses du sous-sol et de la plus-value produite par les ouvriers québécois.

Le Parti québécois, hypocrite et parfaitement au fait de cette gabegie, laisse planer l’ambiguïté sur ses intentions cachées. Après avoir lui-même haussé les droits de scolarité il promet aujourd’hui un moratoire d’une année et il assure qu’un sommet de l’éducation guidera ses décisions par la suite. Le Parti québécois est le champion des sommets de bavardage où une section du peuple, récalcitrante à accepter la politique gouvernementale d’austérité, se fait lyncher publiquement par les représentants du patronat, des centrales syndicales et de l’administration gouvernementale, sous le regard complice des médias à la solde.

Lucien Bouchard, leur héraut renégat, parrainait en 1997 ce type de sommet de mise au pas. Pareil sommet a déjà été tenu par le Parti Libéral de Jean Charest et n’a servi qu’à isoler et à discréditer les associations étudiantes, qui n’ont compris l’arnaque qu’une fois assises dans la salle de bal sous les feux des médias. Espérons que la prochaine fois ces associations  demeureront sagement dans la rue, perturbant les allées et venues. N’égarez surtout pas vos pancartes « Bloquons la hausse », camarades étudiants-étudiantes. Vos collègues du collégial et ceux du secondaire courent à votre rescousse. Félicitations pour votre victoire présente. Ce n’est qu’un début, continuons le combat dans la rue.

Pour le reste du programme et des promesses péquistes, comme un ouvrier le disait suavement : « Ces gens promettent de l’argent qu’ils n’ont pas et qu’ils nous arracheront par les taxes et les impôts avant que de nous le retourner amputé ». Que de sagesse populaire !

 Québec Solidaire, n’ayant aucune chance d’être élu, promet la gratuité scolaire et tout ce qui pourrait vous plaire; il suffit de demander puisque jamais vous ne l’obtiendrez. Oublions la CAQ, que la bourgeoisie lance dans la mêlée avec ses idées fascistes histoire de menacer ses deux partis d’alternance s’ils ne remplissent pas les promesses faites aux riches capitalistes.

Pour conclure ce tour d’horizon des grands partis de la bourgeoisie, les chances de Charest de décrocher la palme électorale sont infimes. Ses années passées aux commandes du rafiot gouvernemental l’ont discrédité et son incapacité à briser le mouvement étudiant victorieux le feront répudier par sa classe de tutelle bien décidée à l’écarter du gouvernail du « Titanic québécois » en perdition. Ne pleurez pas, croisillons, un emploi bien payé l’attend dans un quelconque conseil d’administration.

La question nationale et le référendum « gagnant » !

On aura noté que la question nationale et référendaire sur la séparation du Québec du reste du Canada tient peu de place au cours de la présente campagne électorale. C’est que la section québécoise de la classe capitaliste monopoliste canadienne a retiré son appui à cette «Option nationale», renonçant dorénavant à la stratégie du « chantage à la souveraineté », surtout  depuis qu’au deuxième référendum (1995) la clique de Jacques Parizeau a failli dépecer la vache à lait fédérale canadienne. Le capital financier québécois « de souche » ne souhaite nullement créer une « République du sirop d’érable » de ce côté-ci de l’Outaouais et en conséquence il a ordonné la fin de ce jeu dangereux de Tantale référendaire.
Les vieux roturiers du PQ, plus astucieux et resquilleurs que les autres prétendants au trône séparatiste, maintiennent le discours chauvin-nationaliste mais posent comme préalable d’être assurés de tenir un « référendum gagnant » avant de le déclencher, autant dire de proroger l’exercice sécessionniste aux Calendes grecques. Après neuf années dans l’opposition les hyènes péquistes ont faim et reniflent l’appétissante assiette de dollars à portée de leur main.

Deux groupuscules se disputent les oripeaux nationaux et le soutien des nostalgiques de Reggie Chartrand et de ses folkloriques « Chevaliers de l’indépendance » –  treillis kaki sur le dos et képi du légionnaire sur la tête –. Option Nationale et Québec Solidaire devraient, sans danger, assurer, après moult séances d’atermoiement, le baroud d’honneur du national-chauvinisme-réactionnaire (1).

L’enjeu de toute élection en société bourgeoise

Dans tous les pays capitalistes les élections bourgeoises fournissent un rituel plein d’astuces ayant  pour objectif de choisir la section de la classe capitaliste qui dirigera le Conseil des ministres du gouvernement des riches. Le 4 septembre 2012 la bourgeoisie invite les électeurs québécois à choisir 125 députés de fonction, chacun évalué en fonctionde sa capacité à adopter les meilleures politiques de sauvegarde des profits des riches, assurant ainsi la reproduction élargie du système capitaliste.

Électeurs, électrices d’un jour, lequel d’entre vous n’a jamais remarqué que tous ces députés, une fois élus à grand frais, n’en font qu’à leur tête et ne se préoccupent jamais de vos infortunes ? Ils le voudraient qu’ils ne pourraient rien faire. Quelle emprise ce député ou cette député a-t-il sur la crise économique universelle, sur la finance et l’exploitation capitaliste, source de tous nos maux ? Jean Charest a une formule toute faite pour exprimer son mépris pour le peuple : « Un gouvernement ne doit jamais céder à la rue et il doit prendre des décisions impopulaires ». Au contraire, un gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple devrait céder aux demandes du peuple manifestant par centaines de milliers dans les rues. Mais voilà électeurs, électrices d’un jour, les députés ne sont pas élus pour vous représenter à l’Assemblée, mais pour représenter la bourgeoisie dans votre comté et pour entériner les politiques des riches au Parlement. Un député qui ne se plie pas à cette loi d’airain est aussitôt rejeté par le sérail et rien ne pourra réchapper cet épouvantail.

Quel que soit le parti politique qui formera le prochain gouvernement, il devra poursuivre dans la voie tracée par le Parti Libéral de Jean Charest car le salut des capitalistes monopolistes québécois est à ce prix. Le Parti qui tergiversera à propos du programme d’austérité, de coupures dans les programmes sociaux et les services destinés à la population; ou qui se montrera poltron à propos de l’augmentation des subventions destinées aux patrons sera traité d’irresponsable et rejeté par les manipulateurs d’élections. Le temps n’est plus aux réformettes du système économique en décrépitude, ni aux « accommodements raisonnables » en faveur du peuple travailleur. Les temps sont difficiles pour les capitalistes monopolistes qui exigent une servilité à toute épreuve de la part de leurs thuriféraires parlementaires.

ÉLECTION – 2012 : L’OPPOSITION EST DANS L’USINE ET DANS LA RUE (Partie 2)

Par Robert Bibeau – 30 août 2012

Le système des partis politiques électoralistes ou le crétinisme parlementaire

Les partis politiques bourgeois sont de vastes machines électorales. Ils comptent sur des budgets de millions de dollars obtenus de l’État, de dons officiels et occultes qui sont autant d’investissements pour la bourgeoise. Les réseaux occultes mêlant conseillers, firmes d’ingénierie, constructeurs et lobbyistes, aux magouilleurs des partis politiques en sont des exemples patents. Ces argents servent à embaucher des spécialistes en marketing et en publicité, dont le rôle est de présenter les intérêts de la bourgeoise comme étant les intérêts du peuple tout entier.

À titre d’exemple, pendant cette élection les trois partis nationalistes-souverainistes proposent de mener la lutte pour le rapatriement au Québec du programme d’assurance chômage fédéral sous prétexte que les travailleurs québécois seraient mieux servis si des fonctionnaires québécois étaient chargés de couper dans ces crédits et d’affamer l’armée de réserve des ouvriers. Examinons la quotidienneté des travailleurs-chômeurs. Si en 1997 plus de 85 % des travailleurs assurés touchaient l’assurance chômage en cas de congédiement, en 2012, ils ne sont plus que 42 % des assurés à recevoir des prestations de chômage en cas de congédiement, et à recevoir moins d’argent pendant moins longtemps (250 $ par semaine en moyenne pour une durée maximale de 40 semaines). Considérant que le gouvernement fédéral ne débourse aucun crédit dans ce programme d’assurance chômage, ce sont les travailleurs et les employeurs qui le financent à cent pour cent. Le Québec ayant un plus grand nombre de chômeurs que toute autre province canadienne, ce sont les travailleurs des autres provinces qui soutiennent de leurs cotisations leurs camarades québécois. Le rapatriement au Québec de ce programme fédéral signifierait donc une hausse des cotisations ou une nouvelle baisse des prestations pour les travailleurs québécois.

Les politiciens bourgeois souverainistes n’en ont cure et plutôt que de mener la bataille pour que tous les travailleurs touchent des prestations d’un montant supérieur, pendant plus de semaines, ils laissent entendre que l’absorption de ce programme par la bureaucratie québécoise est de l’intérêt de la nation. Les intérêts de la bourgeoisie bureaucratique nationaliste vont à l’encontre des intérêts de la classe ouvrière québécoise.

Cette revendication chauvine-nationaliste-réactionnaire est une autre manifestation de la tactique du « chantage à la souveraineté » par laquelle la fraction québécoise de la classe capitaliste monopoliste canadienne mène la guerre aux autres fractions provinciales de cette classe hégémonique. Comme nous l’avons déjà souligné dans un ouvrage récent, la classe ouvrière n’a rien à faire de ces disputes entre grands prédateurs (2).

Victoire de la grève étudiante

 Le système de partis politiques assure le recrutement et le renouvellement constant de la caste des « patronneux » politiques, des travailleurs d’élections et des « poteaux » électoraux  jusqu’au jour où la multiplication des scandales, des contrats mafieux, des ristournes et des prévarications entraine la désaffection, le désintérêt et le dégoût généralisé des électeurs pour cette mascarade de polichinelles en cravate. Il y a alors grand espoir que les ouvriers, les étudiants, les autochtones et les communautés ethniques se tournent vers la lutte des classes, la résistance active et la désobéissance civile, ce qui s’est effectivement produit au cours de la grève étudiante victorieuse. L’exemple des étudiant(e)s risque maintenant de se propager aux travailleurs de la fonction publique, aux Premières nations spoliées et aux ouvriers des usines de plus en plus agressés par la crise économique sur laquelle cette élite politique en place n’a aucun contrôle.

Quand une telle désaffection « démocratique » menace de se généraliser parmi la population aliénée, la bourgeoisie appelle de nouveaux « héros », et proposent de « nouvelles » formations politiques devant redorer le blason de la gent politique. Parfois un vieux troubadour revampé, un « has been » sur le retour, change de camp pour laisser croire à sa virginité retrouvée (Charest passant aux libéraux, Legault passant à l’ADQ-CAQ). À d’autres moments un nouveau parti est créé de toute pièce (l’ADQ de Mario, Québec Solidaire d’Amir Khadir) que la bourgeoisie accrédite et promeut (la candidate député du comté de Gouin invitée au débat des chefs à Radio-Canada) espérant ainsi sauvegarder son système électoraliste frauduleux.

Les médias à la solde

La classe capitaliste contrôle également les médias qui sont de puissantes machines d’orientation de l’opinion publique. Ces médias sont l’intermédiaire par lequel la population prend connaissance du monde et de la société au-delà de son milieu de vie immédiat. Ce sont ces médias qui décident ce qui est porté à l’attention de la population et ce qu’il faut en comprendre et  penser. Le point de vue bourgeois plane sur chaque article, sur chaque nouvelle diffusée, même quand le reportage semble critiquer le système économique capitaliste (Exemples : documentaires de Michael Moore ou de Richard Desjardins), sa diffusion ne vise qu’à laisser croire que démocratiquement tous les avis ont droit de s’exprimer, mais que finalement, le monde étant ce qu’il est, il est strictement impossible d’en extirper l’égoïsme, le narcissisme, la cupidité, la cruauté et la misère mortifère.

Vous êtes avec nous ou vous êtes contre nous !

Vous êtes avec nous ou vous êtes contre nous, répètent les capitalistes québécois  conscients de leur cohésion de classe. Un parti politique n’a qu’une option durant une élection, soit departiciper au fonctionnement de l’appareil d’État soumis aux lois inéluctables de l’économie capitaliste, auquel cas ce parti présente des candidats pusillanimes qui plus tard s’étonneront pudiquement de la spoliation des caisses de l’État et afficheront leur  impuissance désespérante.

Ces députés sans aucun pouvoir se désoleront que leurs promesses ne soient pas tenues; que le chômage augmente; que les taxes, les impôts et les tarifs des services publics s’envolent. Ils pleurnicheront que les minières, les papetières, les alumineries opiniâtres paient bien peu de redevances – menaçant de cesser l’exploitation du prolétariat québécois si on les «rançonne». Vous les verrez s’étonner que la dette souveraine grimpe en flèche sous la botte des financiers sans pitié; que les services publics soient privatisés (comme au temps du Parti Québécois) et qu’ils soient de moins en moins accessibles (comme au temps du Parti Libéral). Vous verrez ces  députés ébaubis que le pouvoir d’achat du prolétariat s’étiole.

Ne vous laissez pas tromper par ces promesses de sévères redevances minières et forestières et autres chimères. Les poltrons qui font ces rodomontades ne résisteront pas aux pressions des banques et du capital. La dame Marois, du temps qu’elle était ministre des finances, avait proposé de réduire les impôts des entreprises québécoises déjà les moins taxées en Amérique. Charest a réduit chaque année les impôts des entreprises mais il a haussé les tarifs d’électricité pour les ménages et tenté de doubler les droits de scolarité des étudiants québécois…  avec le succès que l’on sait.

Ce n’est pas « la vente à rabais de nos ressources » qui fait tellement de tort et qui nous détruit collectivement. Ce n’est pas le prix fixé pour la dilapidation du patrimoine québécois qui hypothèque notre avenir collectif, celui du prolétariat et du peuple québécois. C’est la propriété privée capitaliste de ces ressources et de ce patrimoine (minerais, bois, eau, énergie, force de travail) qui entraîne, quel que soit le prix fixé pour cette braderie, la spoliation des ouvriers, des peuples autochtones, de la petite-bourgeoise paupérisée et des pauvres – tous alliés.

Appose ta croix et ferme là !

Après toutes ces jérémiades, chaque électeur sera un jour convoqué à une nouvelle foucade électorale pour crédibiliser ce système électorale pourri qui trompe le peuple depuis des décennies. Pendant que le peuple subodore l’arnaque sous cette mascarade des urnes et des isoloirs, la pseudo gauche s’évertue à encenser et à louanger ce chienlit, cette esbroufe futile. Ce système électoraliste « démocratique » n’a rien de démocratique et un milliardaire comme Paul Desmarais, président de Power Corporation, aura toujours infiniment plus d’influence et de pouvoir politique que madame Chenet de la rue des Saulaies (3).

En société bourgeoise l’arène électorale est le terrain de prédilection du grand capital. C’est la raison pour laquelle les capitalistes monopolistes occidentaux – américains, canadiens, australiens, européens – imposent aux peuples du tiers-monde, via les ONG ou par la force des armes, ce stratagème électoral pour la sélection et l’accréditation des porte-faix politiques à la solde des riches. Tous ces gens présentent ce système électoral par les riches et pour les riches comme étant la forme achevée de la « démocratie populaire » que l’on pourrait ainsi résumer : « Appose ta croix et ferme là ! ». Et si d’aventure, la « populace » vote mal, comme en Palestine, en Algérie, en Géorgie, au Chili, sur le traité de  Maastricht ou en Syrie, le scrutin sera  repris jusqu’au résultat désiré.

La « démocratie » bourgeoise est une arène où les règles sont les mêmes pour tous mais où l’arme électorale est accaparée par ceux qui possèdent le capital privé, les moyens de publicité, ceux qui contrôle l’immense appareil d’État et son monopole de la violence légale. La « démocratie » bourgeoise repose sur une citoyenneté complètement passive pour la majorité de la population d’une part et sur l’hyperactivité des politiciens de carrière et des experts à la solde d’autre part. Le peuple n’y exerce aucun pouvoir, il y renonce et transfère sa légalité par son vote, répudiant ainsi son pouvoir et sa légitimité qu’il délègue à des politiciens véreux ou impuissants.

Par cette supercherie électoraliste, la bourgeoise cherche à écarter les ouvriers de la lutte des classes et à éloigner ses alliés de toute contestation de l’ordre établi même si l’économie s’écroule et les crises financières les dépouillent de leurs salaires, de leurs avoirs et de leur dignité.

La solution de remplacement politique

La solution de remplacement, c’est qu’un parti politique du prolétariat qui rejette les lois de ce système économique prévaricateur et propose l’édification d’un nouveau système économique-politique basé sur la propriété collective de tous les moyens de production, de distribution et d’échanges. Le Parti politique du prolétariat qui offrirait cette formule de remplacement ne présenterait aucun candidat à cette élection bidon destinée à choisir les meilleurs amis de la bourgeoisie, les serviteurs de l’oligarchie.

Un tel parti du prolétariat refuserait de faire serment de fidélité à la constitution bourgeoise dont le premier article stipule qu’il est interdit de renverser l’ordre établi. Ce parti révolutionnaire prolétarien refuserait de renoncer à la sédition, à l’insurrection et à la révolution, et ne saurait raisonnablement présenter des candidats à des élections qui visent à légitimer le système parlementaire bourgeois décadent qu’il souhaite renverser.

Jean Charest a parfaitement résumé ce dilemme du gouvernement des riches « À chacun de choisir : la loi et l’ordre de l’Assemblée Nationale du capital, ou alors, le pouvoir et la démocratie populaire des carrés rouges dans la rue ! ». Le Parti Québécois, Québec Solidaire et les autres ont choisi le pouvoir parlementaire bourgeois.  Les ouvriers et leurs alliés devraient  choisir le pouvoir des carrés rouges dans la rue et la lutte des classes en dehors du parlement bourgeois.

L’avenir est dans l’usine et la résistance est dans la rue

Comme la résistance étudiante le démontre; comme la lutte ouvrière dans les usines, les mines et les forêts l’atteste; tel que le prouvent les manifestations de Partisans devant les conseils municipaux vendus visant à bloquer les ignobles
projets de gaz de schistes et de prospection pétrolière à Anticosti et dans le Saint-Laurent; comme l’illustrent les barrages routiers de nos camarades des Premières nations pour stopper la construction d’infrastructures et de mines meurtrières sur leurs terres ancestrales.

C’est dans l’usine et dans la rue, sur les routes, sur les places publiques, sur les chantiers de construction, sur les piquets de grève, en face des banques et de la bourse, devant les établissements d’enseignement, les officines, les institutions et les palais de justice; c’est dans les actes de résistance quotidiens sur les lieux de travail, dans les quartiers et dans les manifestations militantes que réside le pouvoir de la classe ouvrière et de ses alliés les étudiants, les immigrants récents, les communautés culturelles, les autochtones et le peuple tout entier.

Quand tous ensemble nous aurons, à travers ces résistances, trempé nos armes et forgé notre unité dans la lutte de classe qui oppose le prolétariat, le TRAVAIL SALARIÉ, SOCIALISÉ ET COLLECTIVISÉ au CAPITAL PRIVATISÉ ET ANARCHIQUE, il sera temps de convoquer une constituante populaire et démocratique où la majorité des révoltés pourra déterminer sa destinée.

Comme des millions de prolétaires qui ne se déplacent plus pour voter, soyons de bons Partisans du prolétariat. Cette élection onéreuse, futile et inutile, aux résultats connus d’avance, ne nous concerne pas.

À l’évidence un parti bourgeois sera élu et nous nous y opposerons à l’usine et dans la rue.

Donnons une voix au prolétariat, boycottons les élections !

(1)    http://les7duquebec.com/2012/06/13/le-nationalisme-a-t-il-un-avenir-international/

(2)    http://les7duquebec.com/2012/06/27/18246/ Impérialisme et question nationale. Le modèle canadien (2012). http://www.robertbibeau.ca/commadevolume.html

(3)    Le soufre des élections. 16.08.2012.  http://www.politicoglobe.com/2012/08/le-soufre-des-elections-2/

Sources

* http://les7duquebec.com/2012/08/29/election-lopposition-est-dans-lusine-et-dans-la-rue-partie-1/ (29.08.2012 – 1ère partie))

* http://les7duquebec.com/2012/08/30/election-2012-lopposition-est-dans-lusine-et-dans-la-rue-partie-2/ (30.08.2012 – 2e partie)

* http://les7duquebec.com/

** http://les7duquebec.com/category/robert-bibeau/

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