Internet: écrire pour exister *

Par Alexandre Coste ** – 16 septembre 2012

«AUTANT L’IMPRIMERIE A DÉMOCRATISÉ LA LECTURE, AUTANT INTERNET A DÉMOCRATISÉ L’ÉCRITURE. » (BERNARD CLAUDE)

Le plaisir d’écrire est aujourd’hui partagé par de nombreux internautes. Nombre d’entre eux tiennent avec régularité des blogs sur des sujets divers. Quels sont leurs motivations, s’interrogeait Elie ARIE dans son article  ? « Il y a une grande diversité de motivations à vouloir tenir un blog », répond Foulques DELETANG. « Outre les professionnels, il y a les passionnés d’un hobby: photo, peinture, cueillette des champignons, les prosélytes régionalistes, religieux qui veulent témoigner de leur foi en espérant convertir un laïc égaré. » Des internautes dont l’envie d’écrire est guidée par  une passion ou une conviction, à l’instar de Jean-Louis CHARPAL : « Personnellement, j’ai ouvert un blog, en tant que simple citoyen, pour une bonne et simple raison. Du fait de la dictature, dans toutes les démocraties, depuis le début des années 1980, de la pensée unique, un seul point de vue règne dans 98% des médias et une entreprise de désinformation, sans précédent dans l’Histoire de l’Humanité, a abouti à un conditionnement et un lavage de cerveau catastrophiques des citoyens, ravalés à l’état de moutons de Panurge, consentant à une servitude volontaire écoeurante. »

« Et il y a ceux que l’auteur qualifie de narcissiques mais que je qualifierai plus volontiers d’ados, même parfois âgés. En effet, reprend Foulques DELETANG, dans la fourmilière humaine, l’uniformité de la société ne permet pas de rendre compte de l’unicité de l’individu; c’est particulièrement vrai à l’adolescence où les enfants se détachent de leurs parents pour mener leur vie propre. Ce besoin de différenciation peut perdurer à l’âge adulte lorsque la vie professionnelle ou familiale n’offre pas d’opportunités de réalisation de soi, qu’ils y restent anonymes. Pour les même raisons d’autres iront sur des forums pour y déposer « leurs cadeaux » inopportuns, non pas qu’ils aient des arguments à faire valoir, des compétences à partager mais pour dire qu’ils existent, vous en avez sans doute rencontré ici ou ailleurs. »

Michel M. considère pour sa part que l’écriture est une activité qu’il pratique afin de lutter contre la passivité : « Mon blog actuel me donne l’occasion de passer mon temps activement, plutôt que de le subir en me vautrant sur le canapé du salon devant la télévision. Car c’est bien là l’intérêt que j’y trouve, pour ma part : écrire me fait vivre, me fait bouger, me rend actif, à l’instar du sport cérébral (cette expression m’a toujours doucement fait rigoler, jusqu’à ce que j’en comprenne le sens) façon mots croisés (ou Sudoku depuis quelques années) : il s’agit avant tout d’une gymnastique intellectuelle, de faire fonctionner mon cerveau grâce à la langue française que je vénère un tantinet (la façon dont elle est massacre par mes congénères m’agace plus souvent qu’à mon tour). »

Écrire pour exister, c’est possible sur Internet car chaque message peut être considéré comme une bouteille à la mer. L’on poste bien souvent en espérant une réponse en retour. En effet, l’une des spécificités de l’écriture sur ce support est l’interactivité qu’elle offre avec le lecteur. Et selon 39 LACUZON, il s’agirait d’un lien apprécié tout à la fois par les auteurs et les commentateurs, lien qui créerait une certaine dynamique de production : « Le blogueur, aussi talentueux soit-il, a toujours un peu le sentiment qu’il détient la vérité. La contradiction leur fait du bien! Ils ont ainsi le sentiment de se « coltiner » avec « le peuple »…Parce qu’au fond ce qui compte pour un blogueur, au-delà de se faire plaisir, c’est de sentir ce satané peuple… Qu’est ce qu’il cache dans ses tripes, ce peuple, ce satané peuple… qui va toujours finir par aller voter! »

Les auteurs aiment ainsi la proximité qu’ils entretiennent avec leurs lecteurs, et la réciproque est toute aussi vraie : « Et le peuple, le bon peuple, le brave peuple, lui est tout heureux de pouvoir enfin discuter sans barrières, sans frontières avec ces élites qui lui sont inaccessibles. Est-ce qu’un artisan, un employé, un chômeur a la possibilité, dans la vie, d’aller porter la contradiction avec un journaleux réputé, un philosophe reconnu, un avocat renommé ou un magistrat de haut vol? » Le média permet donc des échanges entre des gens qui ne se côtoieraient pas dans la réalité. C’est d’autant plus vrai que la plupart des blogueurs et commentateurs masquent leur véritable identité derrière un pseudonyme, si bien que sans échanges poussés avec son interlocuteur, il est impossible de connaître sa situation sociale.

ECRIRE POUR LA POSTÉRITÉ ?

Pour Isabelle HAUDEBOURG, tenir un blog permettrait également de pallier à la peur de la mort : « En dehors du caractère narcissique plus ou moins développé chez les blogeurs, peut-être serait-il intéressant de s’interroger sur la peur du néant, liée à la mort inéluctable de tout être humain et de son insupportable oubli ? Ces blogs ouverts sur le monde (mais soyons modestes et objectifs, touchant peu d’individus pour la plupart et de manière très éphémère), peuvent donner la sensation d’une forme d’immortalité, de dilution du « moi » dans les entrailles des ectoplasmes virtuels que sont les visiteurs masqués sous des pseudos ô combien révélateurs d’un manque que ne pourront jamais combler ces lieux, puisque l’essentiel est illusion. »

« Peu importe, conclut l’internaute, ils s’exposent d’une manière souvent indécente par le peu d’intérêt que peuvent susciter leurs commentaires, leurs photos et leurs humeurs, et que ne leur permet pas le leitmotiv des journées qui s’écoulent au rythme d’une vie bien souvent ordinaire. Ces blogs finiront pour la quasi totalité dans l’immense poubelle des données inexploitables, inutiles à l’humanité, comme des photos qui s’effacent avec le temps parce que les visages de ceux qui y figurent, finissent pas ne plus éveiller de souvenirs aux générations qui leur ont succédé. » L’acte d’écrire, pour la grande majorité des internautes, serait-il dès lors plus important que son résultat ?

Sources

* http://www.marianne2.fr/Internet%C2%A0-ecrire-pour-exister%C2%A0_a222712.html

* http://www.marianne2.fr/

** http://www.marianne2.fr/author/Alexandre-Coste/

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