La crise économique dans tous ses méfaits *

Par Robert Bibeau ** – Le 26 septembre 2012 et le 3 ctobre 2012

1ère  partie : 26.09.2012

Le monde va mal, l’économie, l’industrie, la finance vont mal, la politique va mal. Les politiciens sont véreux ou ganaches, il n’y a plus d’éthique, de justice, d’équité, de moralité. Pourquoi en est-il ainsi dans tous les pays, ici au Canada, en France et partout ailleurs ?

La corruption et l’assujettissement aux « puissances d’argent » ne sont que les épiphénomènes de ce système décadent. La classe ouvrière l’a bien compris et elle refuse de se mobiliser pour participer aux mascarades électorales auxquelles on la convie régulièrement. Cynisme et mépris s’épandent de ceux-ci vers ceux-là et vice versa et les politiciens bourgeois s’arc-boutent pour sauver leur profession de bouffon pygmalion. Comment fonctionne l’économie capitaliste et pourquoi un Conseil des ministres national n’y peut-il quoi que ce soit ? Voici l’explication des crises économiques éprouvantes.

L’objet d’étude de l’économie-politique

La finalité de tout système social – système fondé sur une économie, une idéologie et une politique singulière – est de se reproduire en tant que système et de se perpétuer. Il en fut ainsi sous l’esclavagisme de la Rome antique et sous le système féodal au Moyen-âge.

La finalité du système capitaliste n’est pas différente. À proprement parler, l’objectif de la classe capitaliste n’est pas d’accumuler des profits maximums, mais plutôt, à travers cette accumulation de profits, de se reproduire en tant que classe dominante, que sa marche inexorable a menée au stade suprême, impérialiste, de développement.

La finalité du système capitaliste est d’assurer la reproduction élargie du capital, qui doit  assurer la reproduction élargie des classes antagonistes (bourgeois – prolétaire), qui doit assurer la reproduction élargie de la société capitaliste dans son ensemble; et pour ce faire chaque grand monopole doit tenter d’arracher le profit maximum, ce qu’il  parvient de plus en plus difficilement à réaliser à mesure que le système monopolistique de propriété se répand sur la Terre toute entière. Ceci oblige chaque oligopole à lutter pour sa survie en écrasant ses concurrents ou en les absorbants, créant un monstre monopolistique encore plus effrayant, anarchique, incontrôlable, obligé de mener des luttes inter-monopolistiques encore plus féroces.

Et ainsi va la spirale concurrentielle, l’objectif de reproduction élargie devenant chaque fois plus difficile à atteindre face à des concurrents toujours plus gourmands, plus géants et plus difficiles à évincer. Ce paradigme opère pour l’activité économique particulière de chaque oligopole et pour l’activité politique nationale de chaque État impérialiste dévoué au service exclusif de ses oligopoles nationaux. C’est pour cette raison que nous affirmons que les monopoles  contrôlent l’économie et la politique d’une nation vivant sous système capitaliste.

Pendant ce temps le système impérialiste de propriété privé des moyens de production et d’échanges ne va pas pour autant crouler chemin faisant. Il faudra le renverser violemment dans chaque pays où il sévit, sinon il poursuivra sa destinée déglinguée jusqu’à déclencher des guerres de repartage des marchés, des ressources et surtout des sources de plus-value comme les première (1914-1918) et  seconde (1939-1945) guerres mondiales l’ont démontré.

Le paradoxe capitalistique – Capital constant -vs-  Capital variable

Le processus que nous venons de décrire fait en sorte que pour ces monopoles la cible est de plus en plus difficile à atteindre – à savoir, la reproduction élargie du capital dans ses deux composantes (Capital constant – CC et Capital variable – CV) à travers l’accumulation du profit maximum par le phagocytage de leurs concurrents. Cette difficulté est engendrée par les contradictions qui entravent le développement normal du système capitaliste, soit la contradiction entre le capital-privé et le travail salarié-socialisé.  Qu’est-ce à dire ?

La richesse « sociale globale » produite dans le cadre du système de production capitaliste se divise en deux parts bien distinctes – la part représentant la somme totale du capital accumulé (CC) – qui est sous propriété privée, faut-il le rappeler – et la part représentée par la somme totale de la valeur de la force de travail (CV) qui est vendue aux capitalistes privés par chaque travailleur salarié-socialisé. Socialisé ce travailleur l’est dans ses rapports de production au travail (dans la division des tâches et dans la négociation de ses conditions d’exploitation), à son domicile et dans ses loisirs, etc. En effet, la famille est la première unité de vie socialisée où chacun contribue selon ses capacités et obtient selon ses besoins – Le père, la mère, les enfants, chacun amène au foyer ce qu’il peut gagner et chacun consomme ce dont il a besoin pour survivre, et ce de façon élargie lorsqu’il s’accouple pour se reproduire.

De ce qui vient d’être écrit, il ressort que pour assurer la reproduction élargie du système économique et social capitaliste il faut assurer la reproduction élargie du capital constant (CC), – qui est de la plus-value cristallisée il ne faut pas l’oublier –, en mettant en œuvre la force de travail de l’ouvrier qui est du capital variable (CV) vivant dont le rôle est de  redonner vie à la plus-value cristallisée précédente (CC) d’où émerge la plus-value nouvelle à distribuer sous forme de profits divers, de rentes, de redevances, d’impôts.

Cette mise en œuvre des investissements capitalistiques (CC + CV) produira un profit possiblement important pour un capitaliste privé, ou pour un consortium monopoliste privé quelconque, qui progressera, il est vrai, mais toujours confronté à ses comparses monopolistiques. C’est ici que réside la source de la concurrence entre ces voraces ennemis. Le plus « profitable » attirera vers lui la plus grande proportion de capital d’investissement (exemple, la compagnie Apple en ce moment croule littéralement sous le capital d’investissement) c’est-à-dire de la plus-value cristallisée disponible à l’investissement pour fructifier via la mise en œuvre du travail salarié de l’ouvrier – le capital variable (CV).

À la longue, le concurrent moins « profitable » aura de la difficulté à se financer et devra songer à fusionner ou à s’offrir sur le marché de la revente ou encore il devra se résigner à la   faillite faute de liquidité pour prendre de l’expansion et se renforcer « prospère et accapare ou stagne et périclite », voilà la doxa impérialiste.

Dépendant des entreprises, ces profits maximaux, moyens ou marginaux  seront par la suite réinjectés dans le processus de reproduction élargie du capital et du système social. Évidemment, un groupe capitaliste comme le groupe PSA en France ou le groupe Chrysler en Amérique, ou le groupe Alcan au Canada, qui empoche le plus faible taux de profit (ce qui n’est pas l’équivalent du taux de plus-value) de leur secteur industriel devront consacrer une plus grande part relative de leur capital d’investissement à leur reproduction élargie et pour cette raison il seront moins « profitables » et leur survie sera mise en péril par le système économique qui les  poussera à se laisser absorber (ce qui est déjà fait pour Alcan absorbé par Rio-Tinto)  pour crime de sous-productivité relative.

Comment dans ces conditions un groupe industriel monopolistique sous-productif pourra-t-il inverser le processus vers la banqueroute et continuer à concurrencer ses acolytes, et comment pourra-t-il attirer à lui davantage de capital d’investissement à réinjecter dans le processus de reproduction, gage de sa survie capitalistique ? C’est ce que nous allons  examiner.

Plus-value (PV) et valeur de la force de travail (VFT)

Nous venons de présenter la contradiction inter-capitaliste qui les pousse à se concurrencer jusqu’à s’entredéchirer, fusionner ou s’exterminer (créant chômage et misère populaire). Mais où se trouve la contradiction fondamentale dans ce processus économique de reproduction élargie du capital et finalement de la société capitaliste toute entière ?

La contradiction fondamentale se trouve au cœur du processus économique. Afin d’assurer la reproduction élargie du capital via l’expropriation du taux de plus-value maximum, ou bien le capital investit sert à engranger les profits – et donc il sert à la fructification du capital constant (plus-value cristallisée) pour le prochain cycle de reproduction élargie – ou bien le capital investit sert à défrayer le coût de reproduction de la force de travail (capital variable CV), ce qui comprend non seulement les salaires mais aussi le fonds de retraite, les assurances collectives, les congés sociaux, la partie qui va aux impôts, taxes et redevances de toutes sortes  visant à payer l’éducation de la main-d’œuvre, les services de santé, les soins destinés aux personnes âgées, la culture, les sports et les loisirs, les transports collectifs, l’assurance emploi, ainsi que les dépenses gouvernementales servant à maintenir en vie l’armée de réserve de la société d’exploitation capitaliste (chômeurs et assistés sociaux), ainsi que l’armée, les services judiciaires, policiers et carcéraux réprimant les récalcitrants. C’est tout cela que la plus-value (PV) extorquée aux prolétaires sert à défrayer.

Le drame de l’impérialisme occidental décadent

Tant qu’il y avait moyen, en Occident, d’assurer des conditions raisonnables de reproduction de la force de travail (travailleurs) en se rabattant sur la surexploitation de la force de travail dans les pays néocoloniaux d’Asie, d’Amérique latine et d’Afrique (exploitation infernale qui dans bien des cas n’assure même pas la reproduction élargie de la force de travail africaine, latino ou asiatique), il était loisible aux capitalistes occidentaux de conclure un contrat social avec certains secteurs des travailleurs occidentaux (syndiqués), et certaines secteurs de la petite bourgeoisie (fonctionnaires, enseignants, cadres…) afin d’obtenir la paix sociale tout en assurant la reproduction élargie du capital occidental à même les surprofits très abondants tirés des néo-colonies (1).

Pour ce faire, les capitalistes monopolistes occidentaux ont investi une partie de leurs capitaux dans les pays néocoloniaux (délocalisation industrielle et transferts de capitaux) et de ce fait y ont fait germer une bourgeoisie nationale monopolistique qui, en Chine notamment, à travers le contrôle de l’appareil d’État national «mandarin», assume aujourd’hui la gouvernance de son propre processus de reproduction élargie capitalistique, bénéficiant de taux de plus-value supérieurs à ceux de leurs concurrents occidentaux étant donné que la part des  capitaux investis consacrée à la reproduction de la force de travail chinoise (salaires, bénéfices marginaux et services publics) est bien inférieure à la part consacrée aux mêmes fins en Occident.

Cela va changer au fur et à mesure que le régime d’exploitation capitalistique se répandra dans toute la Chine «mandarine» amenant chez eux la concurrence monopolistique entre les différents oligopoles multinationaux (GM, PSA, Ford, Bombardier et de multiples entreprises privés et d’État chinoises, etc.). Le processus est similaire en Inde et au Brésil.

Tout ceci aura pour conséquence que si les capitalistes occidentaux – propriétaires privés des capitaux – veulent assurer la reproduction élargie de leur capital et du système social capitaliste en Occident, ils doivent impérativement réduire la part du capital privé et des dépenses gouvernementales consacrée à la reproduction de la force de travail (salaires, bénéfices et services) afin d’accroître la part du produit de la vente des marchandises pré-expropriée en plus-value (PV) et consacrée aux profits et aux rentes, c’est-à-dire au capital de réinvestissement qui doit assurer la reproduction élargie de la société capitaliste.

C’est la raison pour laquelle on assiste depuis quelques années aux assauts généralisés des États capitalistes contre les programmes sociaux consacrés à la reproduction de la force de travail. Aucun parti politique, social-démocrate, réformiste ou socialiste, comme le montre leur collaboration avec le capital depuis un siècle, ne peut inverser cette tendance économique irréversible. La classe ouvrière renversera le système impérialiste de reproduction élargie ou elle subira ses lois autodestructrices et guerrières, il n’y a pas d’autre voie de sortie.

«FAISONS PAYER LES RICHES»

par Robert Bibeau – 3 octobre 2012

2e partie

Les partis « socialisants» au pouvoir 

La guerre interclasses a commencé. CE gouvernement du Parti Québécois serait, de l’avis d’une caste d’hommes d’affaires regroupée dans la Fédération des Chambres de commerce du Québec, un gouvernement « socialisant ». Pourtant, pleurniche Françoise Bertrand, la patronne de la Fédération : « À notre connaissance, il y a toujours eu un dialogue entre le milieu des affaires et les gouvernements, soient-ils péquistes ou libéraux » (1). Un gouvernement des riches qui serait contre les riches c’est confondant en effet. Pensez donc, Pauline Marois, millionnaire de son état, épouse d’un homme d’affaires fédéralo-nationaliste en vue, voudrait augmenter les impôts de ses acolytes. C’est le monde à l’envers, on nous cache tout, on ne nous dit rien, déclame Madame Bertrand « La FCCQ en a notamment contre l’annonce de la hausse rétroactive des taux d’imposition des contribuables les plus riches ainsi que sur le gain de capital et les dividendes. » (2).

Depuis l’élection du Parti Socialiste en France, de Barak Obama aux États-Unis  et depuis l’avènement du Parti québécois social-démocrate au Québec, certaines couches de la population se sont entichées du slogan « Faisons payer les riches ». Il n’y a pas de mal à rêver direz-vous ! Justement, il y a contre-indication à consommer l’opium des pauvres et à colporter ce mythe dans la société, parmi les ouvriers et les militants révoltés.  Le narguilé n’a jamais été la panacée. Les  gouvernements des riches – élus par les riches – au service des riches ne peuvent taxer – pressurer – imposer leurs camarades sinon que de façon marginale.

Pour résoudre ce mystère nous allons d’abord positionner les différents pugilats en présence dans cette joute, puis expliquer les décisions politiques confondantes récentes.

Les forces en présence dans l’arène politique 

Comprenez que ce drame à propos de la « sur-taxation » des riches se déroule parmi la bourgeoisie devant nos yeux de péquenots ébaubis. Tout cela ne nous concerne pas, nous les esclaves salariés corvéables et taxables à volonté.

La classe bourgeoise se compose de différentes sections que nous allons présenter ; la petite-bourgeoisie cléricale besogneuse (journalistes, gamme de professionnels, petits cadres, professeurs-enseignants, managers, vendeurs, petits commerçants et intellectuels de tout poil, etc.), chien de garde du système et chargée d’effrayer les ouvriers et les badauds apeurés avec le spectre des communistes – et autres pestiférés de façon à écarter toute solution drastique aux crises économiques –.

La petite-bourgeoise – cette section de classe instable – peut parfois protester vertement quand elle se sent pressurée, paupérisée comme il advient en ces temps de crises économiques sacadées. Une fraction de cette petite-bourgeoise peut même, à l’occasion, mettre ses menaces à exécution et voter à « gauche » – et oui, il faut ce qu’il faut – pensez à Québec Solidaire ou pire encore au Front de gauche en France, ou encore à Obama, ce noir président américain. « À soir on fait peur au monde » comme dirait Mitt Romney. La petite bourgeoisie amère tire ainsi les partis de centre-gauche un peu plus à gauche, croit-elle.

La moyenne bourgeoisie d’affaires, de commerce et d’industrie constitue la seconde cohorte de cette classe moribonde. Ce sont les petits entrepreneurs, les petits industriels, les grands commerçants, les grossistes, les agents boursicoteurs de bas étage, les capots de la construction et les gérants de banques et de caisses populaires, les spéculateurs de niveau inférieur. Ceux-là prennent tous les risques avec l’argent de leurs commettants. Ils placent l’argent des caisses de retraite, ils font fructifier l’argent des banquiers, ils créent des débouchés et investissent de nouveaux marchés, ils gagnent un bon salaire mais surtout de bons dividendes, tant que leurs entreprises engrangent des profits – puis un jour leur entreprise suffisamment alléchante sera avalée par un monopole.

En période de crise économique, comme maintenant, la moyenne bourgeoisie peine et rechigne, elle quémande l’assistance de l’État (aide aux investissements, subsides, contrats gouvernementaux, soutien et service aux entreprises) fruits de la plus-value extorquée aux travailleurs et des impôts et des taxes payés par les petits bourgeois et les employés. Ce sont ces moyens bourgeois qui déchirent leur chemise sur la place publique en ce moment,  tous à l’unisson derrière madame Bertrand. Ce sont eux qui sont directement menacés par les propositions d’impositions « socialisantes ». Ces bourgeois  soutiennent l’UMP – Front National en France, le Tea Party aux États-Unis et la CAQ au Québec (3).

Enfin, dernier gladiateur sur l’arène politico-sociale les grands capitalistes, la phalange des grands prédateurs, les requins de la finance et de la bourse, les spéculateurs internationaux, les parrains milliardaires, ceux qui possèdent et administrent le capital financier monopolistique. Bien au-dessus de la mêlée, ils contribuant à toutes les caisses électorales occultes, et luttent en concurrence directe avec les multinationales d’État chinoises, les conglomérats privés japonais, les oligopoles semi-étatiques européens, et les autres trusts multinationaux brésiliens ou indiens. Ils ont la responsabilité d’accumuler des fortunes colossales et d’assurer la reproduction élargie du système capitaliste.

Ceux-ci ne sont pas inquiétés par la menace de hausser les impôts des riches, ni par la taxation des gains de capital ou par les royautés à payer pour les ressources naturelles spoliées dans les néo-colonies et les pays de ressources naturelles (Australie, Canada, Nouvelle-Zélande, Afrique du Sud). Tout cela est marginal pour eux. Le candidat Républicain Mitt Romney a payé 14,5 % d’imposition l’an dernier alors que son taux d’imposition légal  aurait dû s’élever à cinquante pour cent. Warren Buffet se vantait l’an dernier qu’il ne payait que 5 % d’impôt alors que sa secrétaire payait plus de 35 % (4). Plusieurs entreprises pharmaceutiques monopolistiques installées au Canada ne paient aucun impôt alors que leurs profits augmentent chaque année. Au Canada, une entreprise minière sur deux ne paie aucun impôt malgré ses profits pharamineux. La compagnie Rio-Tinto-Alcan reçoit chaque année 75 millions de dollars de subvention alors qu’elle doit plus d’un milliard au fisc québécois. Cessons cette énumération déshonorante. Chacun comprendra que ce ne sont pas ceux-là qui sont visés par les nouvelles politiques « socialisantes » touchant les hauts revenus des particuliers et des corporations.

À propos de la rémunération des très riches

Considérez en passant que dans ces multinationales oligopolistiques la rémunération des  cadres se fait de deux façons ; d’abord ils reçoivent un salaire (à titre d’exemple, 3 millions de dollars par année pour la Présidente des Caisses « Populaires » Desjardins) ; ensuite, ils reçoivent des actions – du capital – qui produiront des dividendes qu’il leur suffit de convertir en action de la corporation pour éloigner le fisc de leur maison.

Si tout cet argent demeure dans la patrie d’origine (Québec – France – États-Unis), le fisc risque un jour ou l’autre de rattraper ces capitalistes. Mais si tout ce capital est géré en fidéicommis, placé dans des compagnies à numéro, anonymes, multiples et enchevêtrées, le tout enregistré dans des paradis fiscaux frauduleux, alors aucun danger de payer le moindre centime de fiscalité.

Surtout n’oubliez jamais que vos gouvernements peuvent voter les lois qu’ils voudront dans les assemblées nationales souveraines, ces questions de royautés, de fiscalités, de redevances, de taux d’imposition des capitalistes et de leurs entreprises seront finalement tranchées dans les bureaux feutrés d’un sous-ministre bien payé, juste avant que ce haut-fonctionnaire véreux n’accède au conseil d’administration du monopole pharmaceutique, minier, forestier, énergétique, financier qu’il aura ainsi avantagé.

La crise économique s’approfondit 

La crise économique ne se résorbe pas en pays impérialistes en déclin dont font partie les États-Unis, le Canada et la France. Pour le moment, le Canada se tire mieux d’affaires pour la seule raison que le pays repose sur la dilapidation de ses ressources naturelles et que ce secteur d’activité prend plus de temps à s’ajuster aux aléas de la conjoncture économique déprimante. De plus, les pays impérialistes émergents (Chine – Inde – Brésil) ont pris la relève des précédents, ce sont eux qui maintenant spolient les ressources naturelles canadiennes. Que la crise économique perdure encore un temps et vous verrez l’économie canadienne péricliter. C’est la raison pour laquelle les gouvernements au Canada doivent dénicher de nouvelles sources de revenus.

Revenons à la présente escarmouche fiscale sur l’augmentation des paliers d’imposition (France et Québec), sur la taxe spéciale sur les soins de santé (Québec), sur l’assurance santé universelle (États-Unis) et sur l’imposition des gains de capital (France – Québec – États-Unis) qui vise à faire payer directement les « moyens riches » et la petite bourgeoisie paupérisée afin de maintenir le crédit des États surendettés et permettre aux gouvernements des riches de livrer leur kilo de chair aux capitalistes financiers.

La moyenne bourgeoisie crie à l’hypocrisie et exige d’être entendue – car dit-elle les investissements et les emplois sont menacés par ces politiques fiscales « socialisantes ». Le Tea Party aux États-Unis tient exactement le même discours et accuse Obama d’être passé aux communistes. Idem pour ce pauvre François Hollande en France. Comme on le voit il y a convergence internationale entre les réactionnaires de toute obédience.

Voyons les faits pour ce qui regarde le Québec – une analyse semblable pourra être faite pour la France et pour les États-Unis –.  « Au Québec, selon les statistiques fiscales de 2009, les 93 000 particuliers touchant plus de 150 000$ de revenus (imposables NDLR) annuels représentaient 1,5% des contribuables. Ces contribuables payaient 4,4 G$ d’impôt, ce qui correspond à 21% des impôts payés par les particuliers. (…) Ces 93 000 individus faisaient un revenu total annuel de 29 G$, ce qui représente 12,7% des revenus de l’ensemble des contribuables. Leur impôt à payer au gouvernement du Québec représentait 15,1% de leurs revenus. (…) Ces contribuables peuvent-ils payer davantage – sans sombrer dans l’indigence ? Certainement ! (NDLR) » (5).

Nuire aux investissements et détruire l’emploi 

Ceux qui répudient les hausses d’impôts pour les riches radotent habituellement l’erreur communément admise à propos de la taxation prohibitive qui nuirait à l’investissement et donc à l’emploi. Lisez plutôt cette forfanterie d’une revue économique française : «Les particuliers vont être touchés par des hausses des prélèvements de 10 milliards d’euros environ, auxquelles il faut ajouter 13 milliards au titre de la loi de finance rectificative de 2012. Ces mesures pèseront malheureusement très lourd sur une croissance française déjà faible. Une baisse des dépenses gouvernementales prononcée aurait été plus appropriée, dans la mesure où elle aurait eu un moindre impact sur l’activité. Si le premier tiers ou la première moitié des contribuables, du fait d’une hausse d’imposition ciblée, consomme et investit moins, la croissance et les recettes fiscales chuteront inévitablement.» (6).

Mensonge et baliverne que tout cela. Si par inadvertance un riche se voit imposé davantage ses dépenses de consommation n’en seront nullement affectées. Un contribuable qui gagne plus de 150 000 $ imposables par année ne dépense pas la totalité de son revenu en achat de biens et de services. Dix ou quinze mille dollars d’impôts supplémentaires n’auront absolument aucun effet sur la consommation de ce ménage. Il vient un moment où tous les besoins vitaux étant comblés une hausse de revenus ne contribue aucunement à augmenter la consommation. La chose est fort différente pour un employé qui gagne 29 000 $ par année et qui paye 40 % d’impôt et autres déductions à la source. Chaque sou qu’il pourra réchapper de l’impôt sera dépensé en biens de consommation indispensables.

Par contre, notre amer millionnaire risque-t-il de réduire ses investissements ? Absolument pas. La section « salaire » des revenus de ce millionnaire est déposée à la banque et c’est la banque qui place ses épargnes en attendant que le débonnaire s’affaire à les investir à long terme. Actuellement, le crédit étant trop abondant sur les marchés et donc très peu dispendieux (les taux d’emprunt sont avantageux ce qui signifie que le capital investi rapporte peu) ce qui fait que les investissements périclitent, pourquoi ? Parce que la consommation est en baisse car les ménages à revenu moyen et ceux à faible salaire réduisent leur consommation car leur revenu n’augmente guère alors que l’inflation gruge leur pouvoir d’achat, sans compter le chômage qui expédie nombre d’employés dans les soupes et les friperies populaires.

De plus, l’endettement de la classe dite moyenne et celle à faible revenu a atteint un niveau si élevé qu’elles ne peuvent continuer à dépenser et à consommer aujourd’hui le salaire qu’elles ne toucheront peut-être jamais demain.

Il est donc inutile de laisser pourrir l’argent dans les coffres des banques où il ne sert ni à une consommation accrue ni à un investissement accru. Comprenez, il est impossible d’investir pour produire quand il y a déjà surcapacité de production et surabondance de marchandises. La taxation en hausse sort donc cet argent des goussets où elle se planque pour l’obliger à circuler.

On observe donc que c’est exactement le contraire que ce que chante le Tea Party et les économistes patentés, chaque dollar d’impôt et de taxe récupéré des mains des riches et attribué en service étatique contribue directement à soutenir la consommation, à consolider le marché et à créer des emplois. Mais ce n’est pas le rôle que les grands capitalistes attribuent à l’État, voilà pourquoi cette hystérie « socialisante » ne peut durer.

Impôt accru pour la bourgeoisie et coupes sombres pour les travailleurs

Pendant que les gouvernements occidentaux cherchent à taxer davantage la petite et la moyenne bourgeoisie afin de lui faire payer sa « juste part » de la dette publique souveraine envers les banquiers, au même moment, l’État des riches attaque les travailleurs et les petits revenus par d’autres avenues.

Il est pour le moment impossible d’imposer davantage les petits salariés, d’abord parce que chaque point d’impôt supplémentaire, arraché aux gagne petits, décourage le travail légal et encourage le travail au noir si bien que les revenus fiscaux diminuent. Ensuite, étant donné l’assurance emploi et l’assistance sociale, il survient un seuil où il devient plus avantageux pour un travailleur de quitter son emploi sous-payé et sur taxé afin de bénéficier de l’assistance sociale. L’État capitaliste devra donc préalablement réduire ou éliminer les prestations d’assurance chômage et d’aide sociale avant de pouvoir surtaxer les petits salariés coincés comme la chose se pratique déjà aux États-Unis depuis des décennies. Le niveau d’exploitation des ouvriers, déjà élevé, pourra alors être surélevé.

En résumé, au Canada, en France, aux États-Unis, le gouvernement des riches taxe le peuple et les petits et moyens bourgeois afin d’engraisser les super riches et en parallèle il réduit les services aux travailleurs, c’est-à-dire que ces États coupent au maximum dans les coûts de reproduction de la force de travail afin d’accroître d’autant la plus-value – les profits – et finalement le capital constant d’investissement (CC) servant à la reproduction élargie du système capitaliste (7).

Il peut paraître alléchant de rêver que l’on puisse faire payer les riches, mais c’est une illusion qui fera long feu –. Les gouvernements des riches n’ont pas été élus par les riches – via  le vote des pauvres c’est entendu – pour taxer et appauvrir les très riches. Il n’est pas utile que les ouvriers se mobilisent pour défendre les petits et moyens bourgeois contre la voracité des super-riches capitalistes monopolistes. Il faut « détruire Carthage », disait Caton l’ancien et « Abattre le capitalisme », ajouta Marx.

(1)    http://www.ledevoir.com/economie/actualites-economiques/360440/quebec-ne-comprend-pas-l-impact-economique-de-ses-decisions?utm_source=infolettre-2012-10-01&utm_medium=email&utm_campaign=infolettre-quotidienne

(2)    http://www.ledevoir.com/economie/actualites-economiques/360440/quebec-ne-comprend-pas-l-impact-economique-de-ses-decisions?utm_source=infolettre-2012-10-01&utm_medium=email&utm_campaign=infolettre-quotidienne

(3)    http://www.pressegauche.org/spip.php?article11653  et http://www.atlantico.fr/decryptage/9-francais-10-ne-paieront-pas-hausse-impots-vraiment-frederic-bonnevay-497346.html  et http://blogues.journaldemontreal.com/lauzon/actualites/les-lamentations-des-riches-et-leurs-pleureuses/

(4)    http://www.atlantico.fr/decryptage/9-francais-10-ne-paieront-pas-hausse-impots-vraiment-frederic-bonnevay-497346.html

(5)    http://leglobe.ca/blog/2012/09/alerte-riches-surtaxes/

(6)    http://leglobe.ca/blog/2012/09/hausse-dimpots-le-malheur-des-riches/

(7)    http://les7duquebec.org/7-au-front/la-crise-economique-dans-tous-ses-mefaits/

 Sources

* http://les7duquebec.org/7-au-front/la-crise-economique-dans-tous-ses-mefaits/  (1ère partie)

* http://les7duquebec.org/7-au-front/faisons-payer-les-riches/  (2e partie)

* http://les7duquebec.org/

** http://les7duquebec.org/author/robertbibeau/

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