Sous-titres en français *

Par Jean-Pierre Bonhomme ** – 17 octobre 2012

Il y a quelques jours je me trouvais dans une capitale asiatique, seul dans ma chambre d’hôtel. Je me suis donc permis d’ouvrir la télé et je me suis aperçu que TV5 se trouvait au programme ; cela pourrait me permettre de tromper l’ennui d’un terne voyage! Justement, à ce moment-là, il sortait, de la boite à distractions, des sons familiers à mon oreille. C’était une émission québécoise – une série dont je ne me souviens pas du nom et que je voyais pour la première fois -  mettant en vedette de jeunes comédiens délurés lesquels décrivaient la vie quotidienne de jeunes garcons et filles des environs disons du… Plateau Mont-Royal et dont les interactions  rebondissaient drôlement.

Quel fut mon étonnement de constater que les diffuseurs de TV5 avaient cru bon de placer des sous-titres français. On avait ainsi constaté que les Québécois d’aujourd’hui, (on dit souvent les Canadiens français, à l’étranger), ceux qui appartiennent à une classe moderne relativement à l’aise, ne pouvaient plus se faire comprendre dans la langue de Molière – ce qui en reste – à l’extérieur de la Vallée du Saint-Laurent.

Le choix de disposer des sous-titres français sous une émission canadienne-française contemporaine décrivant la vie urbaine n’était pas très flatteuse pour le «sacré» Ministère de l’Éducation du Québec, celui qui devait sauver la culture française en Amérique d’une mort certaine! Est-elle donc bien vivante, bien riche cette culture?

Quoi qu’il en soit ladite émission diffusait des réparties amusantes, parfois compréhensibles pour des papous francophiles – si cela se trouve – mais souvent hors de la sphère de l’univers de la francophonie et de la beauté. Par exemple au lieu de dire vas-y Arthur ou allez les filles, on se permettait d’utiliser ce lourd «enwouaiye» Arthur ou «enwouaiyez» les filles qui aurait pu désarçonner n’importe quel honnête étudiant. Sans parler des «calvaires» qui tombaient de la bouche d’une jeune dame : cela  pour exprimer une émotion de déplaisir; était-ce le mot juste? Et le reste dans le même registre.

Si je comprends bien, le monde entier, par  ce geste du sous-titrage, est en train de nous dire, nous les habitants des rives du Saint-Laurent, que notre monde actuel n’est plus français. Il est devenu dialectal sinon du domaine du patois et qu’il faut cesser de parler, au nord de l’État du Vermont, d’une culture française.

Transformer le peuple québécois en une collectivité créolisée n’est pas un péché. C’est un choix. Et traduire le nom de l’Office de la langue française en celui d’Office de la langue québécoise ne coûterait pas trop cher. Cela enlèverait un peu de prestige à des hauts-fonctionnaires de la capitale (la vieille) mais cela ne serait pas insurmontable.

Mais encore faudrait-il le faire ce choix. Ce qui est mauvais dans cette histoire c’est de faire fi de la réalité et de prétendre qu’une chose est telle lorsqu’elle ne l’est pas.

L’hypocrisie a mauvais goût.

Votre serviteur, lui, lorsqu’il se trouve devant un compatriote dont l’élocution ressemble à de la bouillie ou à du patois  se fait fort de demander une traduction ou des précisions. Il affirme ne pas comprendre le dialecte local – ce qui n’est pas toujours vrai – et que, pour sa part, c’est le français qu’il a choisi de parler. Un choix affirmé, même si cela indispose des compatriotes.

S’il advenait que je ne sois pas seul et que maints amis veuillent faire le choix de parler français comme j’essaie de le faire, il y aura des gestes collectifs à poser.  Il faudra, pour commencer, demander des comptes aux hordes de fonctionnaires du Ministère de l’Éducation à Québec et exiger de lui qu’il resserre les exigences en matière d’élocution et de vocabulaire; qu’il crée des programmes d’échanges de professeurs avec les pays où le français est encore respecté, comme au Maroc et au Sénégal, aussi…

Et le gouvernement pourrait encore, pour améliorer les choses dans la capitale, se servir du 400 millions$ destiné au domaine de la distraction sur glace, pour subventionner les bibliothèques privées des citoyens du territoire. Cela changerait pas mal de choses dans le domaine de l’esprit. Dans le moment la proportion des citoyens qui ont des bibliothèques dignes de ce nom dans les chaumières approchent du chiffre zéro.

C’est le contraire dans d’autres pays, comme en Islande, par exemple, où le chiffre approche le 100 p.cent. Cela, aussi, diminuerait probablement l’intérêt pour la radio poubelle; écouter les énergumènes diffamer les hommes publics – et privés – à loisir relève de l’ignorance et de la peur n’est-ce pas? Et les «tabarnacs» des jeunes gens ne tombent pas du ciel; ils surgissent des bungalows où ils les ont assimilés.

Quoi qu’il en soit cette question de la qualité de la langue et de sa beauté est ouverte et elle relève du choix individuel et collectif. Il ne faut certes pas  laisser certaines de nos élites bien pensantes laisser entendre qu’il faut laisser aux seuls individus le devoir d’apprendre et d’aimer les connaissances. Il faut aider les Québécois à s’aider eux-mêmes par le moyen de leur gouvernement; celui-ci n’est souvent pas à la hauteur. Mais ce n’est pas en le faisant disparaître, comme des sorciers le veulent que le Québec pourra exporter ses talents.

Sources

* http://les7duquebec.org/7-de-garde/notre-langues-est-elle-exportable/

* http://les7duquebec.org/

** http://les7duquebec.org/author/jpbonhomme/

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