Palestine – La défaite de Harper *

Par Bernard Descôteaux ** – Le 1er  décembre 2012

Les Nations unies ont accordé jeudi à la Palestine le statut d’«État observateur non membre». Ottawa, déçu de cette reconnaissance contre laquelle il a mené une campagne active, envisage maintenant des sanctions. Le Canada n’est vraiment plus la colombe qu’il a déjà été.

L’attitude du gouvernement Harper n’est pas une surprise. Dès son arrivée au pouvoir en 2006, il prenait fait et cause pour Israël, abandonnant l’activisme bienveillant des gouvernements précédents comme courtier de la paix. Lorsque l’Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas a demandé aux Nations unies ce statut d’État observateur non membre, le Canada s’y est immédiatement opposé pour mener une contre-campagne. Le ministre des Affaires étrangères, John Baird, est même monté à la tribune de l’Assemblée générale avant qu’elle ne vote ce jeudi pour la presser à refuser à la Palestine ce statut.

Le résultat du vote est un échec manifeste pour le gouvernement Harper. Les pays européens auront soit voté pour la résolution ou se seront prudemment abstenus, comme l’ont fait la Grande-Bretagne et l’Allemagne. Seuls neuf États ont voté contre. Aux côtés d’Israël, des États-Unis et du Canada se trouvaient des États comme le Panama et la Micronésie, dont on ne peut dire qu’ils exercent une influence déterminante.

Dans ce débat, le gouvernement Harper s’est collé à l’argumentaire d’Israël voulant que la reconnaissance de l’État palestinien par l’ONU soit un geste unilatéral dans la mesure où la réelle reconnaissance de cet État ne viendra qu’au terme d’un processus de négociations bilatéral de paix entre Jérusalem et Ramallah, qui serait rendu plus difficile par l’octroi d’un statut implicite d’État par les Nations unies. Le gouvernement israélien craint que, fort de ce statut, Ramallah cherche à le traduire pour crime de guerre devant la Cour internationale de justice.

Les pays occidentaux qui ont voté pour cette reconnaissance ont pour leur part cru que ce nouveau statut allait plutôt faciliter à terme le processus de négociation dans la mesure où il montrerait aux Palestiniens qu’il y a une autre voie que celle des roquettes vers la création d’un véritable État.

Le résultat du vote de jeudi devrait être d’amener les perdants à prendre la mesure de leur échec. Mais Israël se durcit; ce vendredi, il autorisait la construction de 3000 nouveaux logements en Cisjordanie. Le Canada pour sa part rappelait ses ambassadeurs aux Nations unies, en Israël et auprès de l’Autorité palestinienne pour évaluer la situation. Tant John Baird que le premier ministre Stephen Harper avaient par le passé averti les Palestiniens qu’il y aurait des conséquences à l’obtention du statut revendiqué. Ottawa pourrait remettre en question, en tout ou en partie, l’aide de 100 millions qui leur est versée annuellement depuis cinq ans.

Le gouvernement Harper s’est enfermé dans une logique dont il aura peine à se sortir. Contrairement aux États-Unis, qui peuvent perdre de telles batailles diplomatiques sans perdre leur influence, il est prisonnier de son appui à Israël, qui le discrédite aux yeux des autres pays du Moyen-Orient. N’ayant plus la distance que lui donnait naguère sa politique de courtier de la paix, il ne peut même prétendre aider son allié. Ce gouvernement surestime son influence dans le monde. On l’a constaté lorsque lui fut refusé un siège au Conseil de sécurité il y a deux ans. Ce vote de jeudi en est une autre illustration. Il devrait en prendre acte.

Sources

* http://www.ledevoir.com/politique/canada/365316/la-defaite-de-harper

http://www.ledevoir.com/

**  http://www.ledevoir.com/auteur/bernard-descoteaux

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