La nation québécoise

Il y a quelques semaines, nous avons vécu une crise inflammatoire sur la définition de la nation québécoise.  Profitant de mes recherches dans le cadre d’un cours que je donnais, à ce moment-là,  sur l’évolution du Québec, voici certaines citations trouvées au fil de mes recherches. Je vous  en livre quelques-unes en vrac. Comme le soulignait Jacques Attali, conseiller du président François Mitterrand, il est primordial de retourner à l’Histoire pour éviter de dire et de répéter ad nauseam des conneries..

- “On a appelé préjugés l’attachement des habitants français du Canada pour leurs coutumes, leurs lois et leurs moeurs, qu’ils préfèrent à celles de l’Angleterre. Je dis qu’un tel attachement mérite un meilleur nom que celui de préjugé. C’est un attachement fondé sur la raison, et sur quelque chose de mieux que la raison, sur les meilleurs sentiments du coeur humain”. Lord Grenville (parlementaire britannique) lors son discours en faveur de l’Acte constitutionnel de 1791.

Toujours à l’intérieur du même débat, William Pitt  (aussi parlementaire britannique) disait “Les Canadiens seront maîtres de choisir leur orientation”.

Il sera difficile d’aller plus loin qu’Edmund Burke dans la reconnaissance du Québec comme société distincte, sinon comme nation. Selon lui, “Toute tentative d’unir des peuples si différents par les lois, la langue et les manières est hautement absurde; et le fait d’unir les vainqueurs aux vaincus ne peut que susciter des sentiments désagréables et des distinctions fondées sur l’envie. Une telle mesure équivaut à semer les graines de la discorde”. Edmund Burke (parlementaire britannique)  était avec William Pitt et Lord Grenville les principaux défenseurs d’un statut particulier pour le Bas-Canada (Québec).

- Alexis de Tocqueville, l’auteur de La démocratie en Amérique. écrivit lors de son séjour en Amérique: “Le Bas-Canada (le Québec) forme un État à part. Or, dans le Bas-Canada, la population française est à la population anglaise dans une proportion de dix contre un. Elle est compacte, elle a son gouvernement, son Parlement à elle. Elle forme véritablement un corps de nation distinct”.

- Le Québec dit: Je me souviens ! Le Canada répond: D’un océan à l’autre ! L’un est uni par le temps, l’autre par l’espace. Faudra-t-il un Einstein, et une théorie de la relativité politique, pour associer ce temps à cet espace ?  Gary Caldwell, sociologue québécois

Quand on demande aux “Canadians“ pourquoi ils sont attachés à leur pays, on entend souvent cette réponse: “Le Canada c’est les États-Unis avec en plus les programmes sociaux”. Ces paroles n’ont rien de très rassurant. Un pays c’est d’abord une longue histoire, et non un programme social planifié il y a quelques décennies et pouvant être supprimé par un choix politique ou en raison de contraintes économiques. Gary Caldwell

- Le titre de Canadien demeurera encore pendant quelques décennies l’apanage exclusif de ceux qu’on appelle aujourd’hui Québécois. “Il est à noter, écrit l’historien Denis Vaugeois,  que le terme Canada, abandonné après le traité de Paris (1763), n’était jamais sorti de l’usage (il est revenu en usage après 1791). Le vainqueur de 1760 avait créé la Province of Quebec et rayé de l’usage officiel le mot Canada. Il évitait même de parler des “Canadiens” et préférait l’expression “nouveaux sujets” par opposition aux anciens sujets de sa Majesté.  Les vieux Canadiens sont ceux qui ont été assujettis en 1760 et leurs descendants. Les nouveaux Canadiens comprennent les émigrés de l’Angleterre, de l’Écosse, de l’Irlande et des colonies, maintenant les États-Unis.

- Gary Caldwell  porte un jugement critique sur le passage de Lord Durham au Canada.

“La race et la culture n’avaient pas beaucoup d’importance dans sa façon de voir les choses: il était un vrai libéral (aujourd’hui nous dirions néo-libéral). Le progrès découlant de la force libératrice de l’industrie et du commerce et des principes libéraux, les trois facteurs de la prospérité anglo-américaine, étaient à ses yeux le cadeau de la race anglo-saxonne au monde.

On comprend qu’en dépit de tout ce qu’il avait observé et grandement admiré dans la culture canadienne  “l’aménité qui caractérisait sa société civile, l’indépendance matérielle de l’importante classe agricole, constituée de propriétaires, le raffinement et la culture de son élite (proportionnellement importante), et le rôle civilisateur de l’Église catholique“ il était d’avis qu’il serait préférable pour tout le monde, Français comme Anglais, que la marche du progrès ne rencontre aucun obstacle.

Marcher vers la progrès signifiait qu’on efface tous les espoirs d’un vain nationalisme français, d’abord parce qu’aux yeux du libéral éclairé qu’était Durham, la nation française n’avait aucun espoir de survie à long terme, même si elle avait à ce moment un très haut taux de natalité; le second argument de Durham était que la présence du nationalisme français empêchait la législature du Bas-Canada de mettre à exécution le projet d’apporter aux chemins et aux voies navigables les améliorations qui s’imposaient et de mettre en place une infrastructure légale et institutionnelle adaptée à une société de marché.

La solution était de créer une entité politique dans laquelle les Canadiens seraient une minorité et où chacun serait traité également; pas de statut spécial pour les Canadiens! Ainsi le fonctionnement de la loi de la majorité dans un État conçu selon les principes libéraux d’une complète égalité politique aurait pour conséquence que les Canadiens seraient assimilés dans l’ordre, mais le plus rapidement possible”.

Recherche par Bernard Fournelle  (Février 2007)

 

 

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