La faute du FMI – Vices démocratiques *

Par Serge Truffaut** – 10 janvier 2013

C’est incroyable et c’est surtout rageant. Quoi donc ? Le FMI vient de reconnaître que les plans d’austérité imposés à de vieilles nations européennes avaient eu des effets néfastes. Et ce, parce qu’on avait confectionné les plans en question sur un modèle mathématique non approprié, pour ne pas dire bancal.

On se rappellera et on soulignera mille fois plutôt qu’une que les premières potions de l’amertume économique administrées à la Grèce d’abord, à l’Irlande et au Portugal ensuite, datent de 2010. Autrement dit, elles ont trois ans d’âge. On se rappellera ensuite que des économistes de renom, après décryptage des recettes du jansénisme financier, ont martelé et répété que le corset conçu par le FMI, mais aussi par la Commission européenne (CE) et la Banque centrale européenne (BCE), qui forment la troïka, aurait des répercussions totalement contraires à celles avancées et escomptées.

Cet avertissement servi, c’est à noter, par des économistes de pays divers n’a jamais été entendu et forcément jamais été médité. À cet égard, il faut bien admettre que le comportement des autorités dites responsables s’est avéré une insulte à l’intelligence ou, a contrario, une illustration du fanatisme monétaire d’individus habités probablement par un flot de vanité. On dit cela pour mieux préciser que, si le FMI reconnaît que l’austérité a été désastreuse, reconnaît son erreur, la BCE et la CE, soit Bruxelles, ainsi que le gouvernement allemand qui a été le metteur en scène de cette contre-performance s’entêtent à bouder les récentes conclusions du FMI. Alors que…

Alors qu’Olivier Blanchard, économiste en chef du FMI, et Daniel Leigh, également du FMI, assurent que le modèle mathématique avait ceci de vicié : pour un dollar d’austérité, la réduction de l’activité économique sera égale à un dollar, alors qu’en réalité la réduction a été de 3 $. Soit, au final, un rapport beaucoup plus élevé que celui calculé, et donc beaucoup plus nocif.

Toujours est-il qu’au cours des trois dernières années, des années, on insiste, au cours desquelles les forceps sociaux ont fait écho aux forceps économiques, le nombre de suicides a augmenté en flèche en Grèce. Des poches de famine ont été constatées dans ce pays pour la première fois depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale. En Espagne comme au Portugal, les citoyens qui font la queue devant les banques alimentaires forment des contingents si imposants que les organismes chargés de cette tâche ont multiplié les appels solennels afin de pallier les manques découlant d’une demande beaucoup plus marquée qu’anticipée. Bref, l’austérité a terrassé des pans entiers des sociétés grecque, espagnole et portugaise.

Ce faisant, elle a eu des répercussions majeures sur les partenaires commerciaux des nations nommées. En France, l’explosion de la pauvreté est telle que les Restos du coeur viennent d’agiter le signal d’alarme parce que l’affluence dans leurs locaux appartient à la catégorie du jamais vu. À Paris, le nombre de personnes qui ont fréquenté les bains-douches a dépassé le… million ! Ici et là, on observe une valse accélérée des départs des jeunes. À tel point, d’ailleurs, qu’on appréhende un vieillissement rapide de la population en Grèce. Toujours sur le flanc des migrations, l’Espagne est redevenue un pays d’émigration.

Ce qu’il faut bien nommer la décadence économique du Vieux Continent a ceci de choquant qu’elle présente bien des saillies de l’antidémocratie. On s’explique. Tous ces plans ont été conçus par des non-élus. Ils ont été peu négociés et beaucoup imposés par des non-élus. Ils sont encore et toujours défendus par des non-élus. Par des non-élus qui jouissent d’un privilège exorbitant : ils n’ont pas à répondre de leurs actes. Qu’un tel commette un crime de guerre et il défilera devant les tribunaux, s’il est pris évidemment. Qu’un ensemble de personnes prennent des décisions qui se traduisent par une hausse de suicides et une explosion si aiguisée de la pauvreté des femmes que cela mérite le label d’apartheid, et que ces personnes n’aient pas à répondre de leurs actes ou si peu, cela est révoltant. Car cela en dit très long sur le déficit démocratique qui singularise notre époque.

Sources

* http://www.ledevoir.com/international/actualites-internationales/367980/vices-democratiques

* http://www.ledevoir.com/

** http://www.ledevoir.com/auteur/serge-truffaut

Commentaires fermés

Filed under Uncategorized

Comments are closed.