Royautés et illusions *

Par Jean-Pierre Bonhomme  **– 21 janvier 2013 (Reprise d’un  article du 6.10.2010)

Bien des Québécois s’imaginent qu’ils vivent dans une contrée républicaine ou ‘démocratique’ même si la Reine d’Angleterre marque leur monnaie et que la couronne trône sur toutes les institutions du pays. Le monarque britannique, se disent-ils, n’est là que pour la forme et il n’a rien à voir avec la marche ordinaire de la vie d’ici.

Il y a 27  millions de Canadiens anglais dans le Canada d’aujourd’hui, environ et quelque 7 millions de Canadiens français dans la province de Québec.

En ce moment la majorité anglaise – donc le pays – est toujours composée d’anglo-saxons venus des îles britanniques même si l’immigration internationale commence à avoir du poids. Et cette majorité, issue des conquérants d’antan, domine dans les instances gouvernementales. Le chef de l’État (qui règne sur le pays) c’est la Reine!

Ce petit rappel pour aborder un peu la question de la monarchie actuellement installée ici.

Ceci au moment où la Reine, conseillée par la dite majorité vient de se nommer un nouveau Gouverneur général.

Il faut commencer par rappeler que le maintien, au Canada, d’un système monarchique a pour but premier de distinguer le pays d’ici (autrefois le Dominion ou l’Amérique britannique du nord) des États-Unis (qui se sont offert une république).

Le choix est légitime. Les Canadiens anglais ont le droit de se gouverner comme ils le veulent. Ils ont choisi d’être gouvernés par le monarque représenté ici par un ‘gouverneur’ (un gouverneur c’est fait pour gouverner) et par un conseil ‘privé’ présidé par le premier ministre qui administre pour la Couronne et c’est correct.

C’est, malgré ce qu’on laisse entendre parfois, la réalité des choses. Le monarque n’intervient pas pour dire comment cuire la soupe, mais, lorsque celle-ci est sûre elle peut changer le cuisinier. Et, ce qui n’est pas négligeable, il est le symbole de l’unité des choses tout en se trouvant à la tête d’une religion : l’ anglicane.

Encore une fois, rien de répréhensible là-dedans. Le système de gouvernance britannique en vaut d’autres même si le premier ministre, en ces contrées d’Albion, en mène large, très large, au point de concentrer tout le pouvoir en ses mains…

La question est de savoir si les 7 ou 8 millions de Québécois ne préféreraient pas un système plus proche de leur réalité. Certains d’entre eux, en tout cas, savent que le système républicain a ses avantages et qu’il pourrait être plus représentatif de la petite famille française d’Amérique qu’une organisation de type colonial britannique.

L’avantage principal du système républicain c’est de se trouver plus directement lié à la base de la population. La caractéristique du pouvoir réel d’un citoyen plutôt que d’un sujet, c’est d’être situé à la base plutôt qu’au sommet. Et le symbolisme qui en découle – n’oublions pas de dire que le symbolisme fait partie de la réalité – ce symbolisme disons-nous ne réfère pas au ciel ou à n’importe où ‘en haut’. Et c’est ainsi que le système républicain incite les gens, comme aux États-Unis ou en France, à se prendre en charge eux-mêmes plutôt qu’à attendre des cadeaux d’une aristocratie.

Au Québec, par exemple, nous faut-il un stade, il faut, même dgis ans la capitale ‘provinciale’ qu’il vienne du Conseil ‘privé’ de la Reine à Ottawa. Il ne vient à l’idée de personne de se le payer soi-même!

Durant les 4 ou 5 dernières années, à cet égard, le système monarchique du Canada anglais a pu montrer certaines discordances dans la partie plus ou moins française du pays, – ce qui en reste – le Québec.

En effet, le gouverneur qui a gouverné, a été nommé par la Reine d’Angleterre, sur les conseils du Conseil ‘privé’ d’Ottawa. Ce fut une commentatrice d’origine haïtienne à la radio d’État qui possédait la citoyenneté… française, tout comme son mari. Le couple, pour faire moins… prolo, a dû renoncer (ou se désolidariser) de la nationalité républicaine française ; pour répondre aux appréhensions de la majorité anglaise!

Ce n’était pas une mince affaire, si l’on songe que la nationalité française, contrairement à d’autres dans le monde, y compris au Canada, est attachée à la personne même du citoyen, non pas au territoire. Et, aux dernières nouvelles, les Québécois étaient bien encore un peu Canadiens… français. Pour un francais, abandonner sa citoyenneté c’est un peu comme perdre son identité. Un gros sacrifice, donc, pour représenter un monarque d’ailleurs! Le signataire de ces lignes n’aurait pas eu le courage de se sacrifier ainsi!

Au bout du compte, il y a certainement des québécois qui ont choisi la monarchie de type britannique pour les représenter. C’est leur choix; ils ont le droit de vivre. Mais il y en a d’autres – avec lesquels l’auteur de ces lignes n’est pas loin de s’associer – qui préféreraient  quelque chose de plus républicain qu’un monarque. Alors pourquoi ne pas consulter la population sur le sujet?

Pourquoi pas un référendum? Êtes-vous républicain ou monarchiste? Cela provoquerait un beau débat. Je parie pour ma part que les républicains ont au moins autant de chances que les autres de l’emporter. Et je suis certain que le sujet intéressera le peuple au moins autant que celui de l’indépendance.

Ps: Il y a un petit livre écrit par Régis Debré, intitulé «La République expliquée à ma fille» qui pourra convaincre maints sceptiques.

Sources

* http://les7duquebec.org/7-de-garde/86778/

* http://les7duquebec.org/

** http://les7duquebec.org/author/jpbonhomme/

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