Appuis québécois au mariage gai en France: S’expatrier pour pouvoir fonder une famille *

Par Isabelle Porter ** -  28 janvier 2013

Une centaine de personnes ont manifesté dimanche devant le Consulat de France à Québec afin d’appuyer le projet de loi français visant à autoriser le mariage gai. Une autre manifestation d’appui s’est déroulée à Montréal en écho à un grand rassemblement tenu à Paris.

À deux jours du début de l’examen du projet de loi français sur le mariage homosexuel, les tenants du «oui» ont manifesté à Paris, mais aussi à Montréal et à Québec.

C’est connu, les Français sont nombreux à quitter l’Hexagone pour le Québec. Certains sont séduits par les possibilités d’emploi, les grands espaces. Mais d’autres ont été attirés par nos lois envers les homosexuels.

Il y a quatre ans, Jeanne et sa conjointe sont venues s’installer au Québec dans le but d’avoir un enfant. Pour cette Française de 32 ans, le projet de loi sur les droits des homosexuels est beaucoup plus qu’un symbole.

Pendant que les Français manifestaient à Paris pour avoir les mêmes droits qu’elle, la jeune femme participait dimanche midi à une petite manifestation organisée devant le Consulat de France à Québec.

« On est venues vraiment pour fonder une famille. Parce que ce n’était pas possible en France qu’on soit toutes les deux reconnues comme mères. Déjà, pour concevoir un enfant, il aurait fallu aller dans un autre pays parce que les cliniques de fertilité ne sont pas ouvertes aux lesbiennes. »

Aujourd’hui, le petit a huit mois. Sur la pancarte que tenait sa mère, dimanche, on pouvait lire : « Hier, notre bébé a dit mamans. »

Ils étaient une centaine à braver le froid à l’heure du dîner pour exprimer leur soutien au projet de loi socialiste. Sur l’air de Pour que tu m’aimes encore de Céline Dion, ils ont chanté « Je ferais des manifs pour pouvoir aimer encore ». Puis ils ont joué avec les paroles des Champs-Élysées, de Joe Dassin. « Et de Québec à la Concorde, un orchestre à mille cordes/Tous les oiseaux du point du jour chantent l’amour ».

Des Français, des Québécois, des homosexuels, quelques amis hétérosexuels, des jeunes surtout. Certains avaient des autocollants en forme de coeur sur les joues. L’ambiance était très bon enfant avec des affiches en tous genres.

« Jésus aussi avait deux papas », pouvait-on lire. Ou encore : « On veut les mêmes emmerdes que les hétéros. » Quelqu’un avait même écrit qu’avec « deux papas » il n’y aurait plus d’enfants « mal habillés », mais un porte-parole a voulu la retirer. Trop stéréotypée, a-t-il dit.

La manifestation faisait écho au grand rassemblement organisé le même jour à Paris. Selon qu’on s’adressait à la police ou aux organisateurs, entre 125 000 et 400 000 personnes y prenaient part.

La participation était forte, mais néanmoins inférieure à la mobilisation des opposants au projet qui avait réuni le 13 janvier entre 340 000 et 800 000 personnes selon les sources.

Les opposants au projet de loi affirment que le mariage est depuis toujours l’union d’un homme et d’une femme. Quant aux partisans, ils mettent en avant la reconnaissance de la diversité des situations familiales.

À partir de mardi, la polémique sera reportée à l’Assemblée nationale française avec le début de l’examen du texte du projet de loi. Plus de 5300 amendements, un nombre inhabituellement élevé, ont été déposés, dont l’essentiel émane de l’opposition.

Dans ce qui semble être une tentative pour calmer le jeu, la majorité socialiste a renvoyé à un autre texte de loi sur la famille, attendu au printemps, le débat sur l’ouverture de la procréation médicalement assistée aux couples de femmes.

Québec, France : mêmes combats

Le Québec a quant à lui traversé ce débat il y a environ dix ans, rappelait hier le p.-d.g. du Conseil québécois LGBT, Steve Foster, à l’occasion d’une autre manifestation à Montréal.

Les similitudes entre la lutte qui a lieu en France et celle qui est survenue au Québec sont nombreuses selon lui. Mais la violence et l’agressivité avec lesquelles les deux clans s’affrontent dans l’espace public diffèrent beaucoup.

M. Foster rappelle qu’à l’époque, le gouvernement du Québec avait instauré une commission parlementaire très rapidement après qu’il eut décidé d’aller de l’avant avec son projet de loi, ce qui avait permis aux gens de s’exprimer de façon plus civilisée.

La mise sur pied d’une commission n’avait pas empêché les Québécois de se lancer des énormités sur la place publique, mais le dialogue entre partisans et opposants au mariage avait été circonscrit.

« En France, le débat a eu le temps d’avoir lieu sur la place publique beaucoup trop longtemps », souligne M. Foster.

Il croit que les Français passeront rapidement à autre chose si le président français, François Hollande, garde le cap et décide d’aller de l’avant avec sa nouvelle loi. Il affirme cependant qu’il restera toujours une frange de la population en désaccord.

« Je ne suis pas certain qu’à l’époque qu’on aurait remporté un référendum sur le mariage entre conjoints de même sexe au Québec », avoue d’ailleurs M. Foster. Les mentalités ont changé, et l’opposition s’est essoufflée, précise-t-il.

Sources

* http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/369446/s-expatrier-pour-pouvoir-fonder-une-famille

* http://www.ledevoir.com/

** http://www.ledevoir.com/auteur/isabelle-porter

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