La leçon philosophique politique de Barack Obama *

Par Louis Balthazar ** – 24 janvier 2013

Le discours inaugural qui a fait suite à la seconde investiture de Barack Obama peut être considéré comme un des grands discours présidentiels de l’histoire américaine.

Je voudrais souligner ici les éléments de philosophie politique inclus dans ce discours. Les Américains sont très fiers, à juste titre, de leur déclaration d’indépendance, judicieusement conçue et rédigée par le grand fondateur de la démocratie américaine, Thomas Jefferson. Comme cela convient dans les circonstances, Obama s’en remet à ce texte quasi sacré pour annoncer la politique de son second mandat.

L’individualisme américain

« Ce qui fait de nous des Américains, déclare-t-il, c’est notre allégeance à une idée, articulée dans cette déclaration émise il y a plus de deux cents ans. » Puis il cite ces mots qui sont des articles de foi pour tous les citoyens américains : « Nous tenons ces vérités pour évidentes par elles-mêmes que tous les hommes sont nés égaux et que leur Créateur les a dotés de droits inaliénables parmi lesquels la vie, la liberté et la recherche du bonheur. » Comme la suite du texte de la Déclaration mentionne que les gouvernements n’ont été institués que pour garantir ces droits, on interprète habituellement cette affirmation comme la sacralisation de l’individualisme libéral. Il n’appartient pas au gouvernement de faire le bonheur du citoyen mais bien à celui-ci d’organiser sa vie comme il l’entend, dans le plein exercice de sa liberté et sa propre recherche du bonheur. On y voit l’apologie d’un gouvernement minimaliste.

Obama ne remet pas en question cet individualisme fondamental. Il le qualifie cependant en faisant remarquer que « les patriotes de 1776 n’ont pas combattu pour remplacer la tyrannie d’un roi par les privilèges d’un petit nombre ou la règle de la foule anarchique. Ils nous ont donné une République, un gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple, confiant à chaque génération la mission de sauvegarder le credo fondateur. »

En d’autres termes, l’établissement d’une république donne un sens précis aux libertés individuelles. Elles affectent des citoyens qui ont des responsabilités envers l’ensemble de la société qui est leur patrie. Elles ne peuvent s’exercer que dans le contexte de l’égalité. Il est bien vrai que cette égalité ne dépasse guère la naissance selon le libellé de la Déclaration. Mais les Américains s’entendent généralement pour affirmer que « l’égalité des chances » doit prévaloir et affecter tous le citoyens.

L’esprit républicain

L’esprit républicain comporte donc une certaine dose de solidarité qu’on aurait tort d’interpréter comme du socialisme à l’instar des ennemis d’Obama dans l’extrême-droite américaine. Cette solidarité est bien exprimée par les premiers mots de la Constitution républicaine de 1787, repris vigoureusement par le discours présidentiel : « Nous le peuple », c’est-à-dire nous les citoyens dépositaires de la souveraineté nationale, nous le peuple souverain. C’est dans cet esprit qu’Obama peut poursuivre :

« Ensemble, nous avons constaté qu’un libre marché ne se développe pas sans la régulation qui assure la compétition et l’équité. Ensemble, nous avons décidé qu’une grande nation se doit de prêter attention à ceux qui sont vulnérables et à protéger sa population des pires dangers et infortunes de la vie. » Cela ne veut pas dire, poursuit le président, qu’il faille s’en remettre au seul gouvernement pour enrayer tous les maux de la société: «nous avons toujours compris que, suivant l’évolution, notre fidélité à nos principes fondateurs requiert de nouvelles solutions; que la préservation de nos libertés individuelles requiert en définitive une action collective. »

Cette action collective est nécessaire si « nous le peuple » prenons bien conscience que les États-Unis ne sont pas fidèles à leurs principes fondateurs si la richesse est concentrée dans une poignée de personnes quand la grande majorité des citoyens ne parvient pas à joindre les deux bouts. Cette action collective est encore nécessaire pour maintenir l’égalité des chances pour tous, y compris les homosexuels, les immigrants et tous ceux qui sont affectés par les désastres qui résultent des changements climatiques.

Voilà qui justifie, aux yeux d’Obama toutes les interventions qu’il se promet de mettre en oeuvre au cours de son second mandat : le contrôle des armes à feu, le règlement du problème des immigrants illégaux, une politique de diminution des gaz à effets de serre, le maintien des grands programmes d’assurance-maladie et de sécurité sociale. En effet, déclare le président au point d’en faire froncer les sourcils de plusieurs « nous n’avons pas à choisir entre le soin de la génération qui a bâti ce pays et l’investissement dans la génération qui bâtira son avenir. »

Pour bien traduire le dynamisme de cet esprit de citoyenneté républicaine, le président se livre à une merveilleuse allitération en alignant des événements qui ont concrétisé peu à peu le principe de l’égalité des chances : Seneca Falls évoque les premiers moments de la lutte des femmes américaines pour obtenir le doit de vote, Selma rappelle la marche de Martin Luther King dans cette ville de la Géorgie en 1965 pour établir le droit civil des Afro-Américains et Stonewall est le nom d’un bar gai de New York qui a été l’objet d’une descente injuste en 1969. Tout cela se produit dans le temps et révèle que la fidélité à des principes est toujours susceptible de se traduire différemment selon l’évolution des mentalités et des sociétés.

Voilà donc la mission que le président Obama assigne aux citoyens de la République des États-Unis, de faire en sorte que « la vie, la liberté et la poursuite du bonheur » aient un sens pour chacun d’entre eux.

Cet individualisme n’est pas possible sans le concours de tous les citoyens, sans une action collective qui doit être confiée au gouvernement.

Ce programme demeure sans doute fortement teinté d’utopie. Compte tenu de la forte opposition à laquelle le président doit faire face, il sera sûrement mis à l’épreuve. Il convenait tout de même de l’exprimer, tout particulièrement à ceux qui appartiennent à un parti qui se dit toujours républicain.

Sources

* http://quebec.huffingtonpost.ca/louis-balthazar/lecon-philosophique-politique-barack-obama_b_2541760.html

* http://quebec.huffingtonpost.ca/

** Louis Balthazar : Auteur et expert en politique américaine

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