Manipuler l’opinion publique *

Par Elyan** – 12 mai 2013

Récemment, un journaliste du bureau d’enquête de TVA (filiale de Québecor media) soumettait le résultat d’une enquête selon laquelle entre 2011 et 2012, il y aurait eu 1,244 prisonniers qui ont reçu des prestations d’aide sociale.

Cette enquête, dont les détails recueillis supposent un accès privilégié à l’information, à moins qu’elle soit le compte-rendu exact d’un communiqué du gouvernement, auquel cas les détails ne doivent pas être décrits comme étant le résultat d’une enquête, révélait aussi que des gens avaient perçu des prestations d’aide sociale tout en travaillant comme fonctionnaires salariés du gouvernement. Cependant, afin de les distancer de la disgrâce, l’enquête fait état du fait que la plupart ont remboursé les sommes… EUX!, contrairement aux assistés sociaux (ces misérables) qui ne l’ont pas fait. On se demande bien pourquoi d’ailleurs ils n’y sont pas parvenus… C’est une blague!

Ces révélations, dont la deuxième qui est beaucoup plus troublante que la première, puisqu’elle met en scène des gens dont on ne peut écarter l’intention de fraude, viennent étayer les dires de la ministre de la sécurité sociale, Madame Agnès Maltais, à l’effet que trop nombreuses sont les personnes qui reçoivent de l’aide sociale alors qu’elles sont aptes à travailler… ce qui ne pouvait être plus exact dans le cas des fonctionnaires. Pourtant, ce ne sont pas d’eux qu’on fait choux gras.

S’il faut se baser sur ces exemples pour lui donner raison, il y a sans contredit une évidence à l’effet que la déclaration de la ministre est tout a fait présomptueuse, puisque les prisonniers ne sont pas réputés être aptes à l’emploi et que les fonctionnaires qui travaillent déjà pour le gouvernement et perçoivent des prestations occupent déjà un emploi. Où sont donc les exemples concrets, non tirés de la boîte à préjugés, qui ne font pas que lancer des chiffres au hasard dans le seul but de frapper l’inconscient collectif et de jeter le discrédit sur une population que l’on tient absolument à marginaliser?

La journaliste qui rapportait le résultat de l’enquête mentionnait que les prisonniers avaient l’obligation de déclarer qu’ils étaient incarcérés, concluant qu’évidemment on peut se douter qu’ils ne le font pas. Pourquoi évidemment? Pourquoi mettre un point d’honneur à frapper quand l’adversaire est déjà au tapis? On cultive le harcèlement au Québec?

Sans se porter à la défense aveugle de criminels, il faut rendre à César ce qui appartient à César. Lorsqu’un détenu est incarcéré, il ne l’est pas automatiquement le 1er du mois (craignons plutôt qu’un jour il en soit ainsi ce qui ne laisserait plus aucun doute quant à l’apparence de justice). De plus, le prévenu lors de son incarcération a peut-être en tête plusieurs choses qui lui font oublier la possibilité qu’une telle méprise soit commise puisque ce même gouvernement vient de l’incarcérer (on peut penser qu’il ne le croit pas si incompétent) et, pour terminer, sait-il réellement si le fait qu’il soit incarcéré par exemple le 10 ou le 20 du mois peut avoir une incidence sur ce qu’il a déjà reçu ou si encore on sera assez négligent pour lui verser une somme le mois suivant? Il est utile de préciser qu’à moins d’être inaptes à l’emploi de façon permanente (une personne inapte étant exemptée de ce qui va suivre), les prestataires de l’aide sociale doivent remplir une déclaration vers le milieu du mois en cours pour indiquer qu’il n’y a aucun changement à leur situation (adresse, gains, situation familiale, etc). Au début du mois suivant, ils reçoivent par la poste un nouveau formulaire qu’ils devront remplir vers le milieu de ce même mois. Comme ils sont en prison, ils ne peuvent donc recevoir le nouveau formulaire, lequel est retourné à l’aide sociale, sinon il croupit de toute façon dans une boîte aux lettres et ne parvient donc pas au détenu avant la période prévue pour compléter cette demande. Dans tous les cas, lorsque cette demande est retournée au ministère à défaut de destinataire ou qu’elle n’est pas complétée avant la date limite, le prestataire ne reçoit plus de prestations. Il devra se rendre à un bureau pour renouveler sa demande, ce qui dans la présente situation semble illusoire. Où est donc le cas flagrant de fraude?

La ministre Maltais, lors de la présentation des nouvelles mesures qu’elle doit adopter pour juin prochain, lesquelles auront pour effet de diminuer l’aide sociale versée à plusieurs prestataires, avait fait un commentaire concernant les nombreuses manifestations tenues par les groupes de soutien aux personnes démunies, en déclarant que le FRAPRU (un organisme qui se porte à la défense des assistés sociaux) n’était évidemment pas d’accord avec ces mesures qui avaient pour but de remettre au travail les assistés sociaux. Pourquoi évidemment? Comment peut-elle ignorer, à moins d’être ignorante, que le rôle du FRAPRU est d’assurer tous les droits des assistés sociaux, non pas seulement celui du droit au travail et que s’il fallait se pencher sur cet unique droit, la ministre n’aurait aucune réponse satisfaisante à lui fournir: à savoir à quel moment ce qu’elle prétend réalisable, soit le plein emploi aux assistés sociaux aptes au travail, se réalisera… Il devient donc évident que le FRAPRU ne sautera pas de joie qu’on promette des emplois hypothétiques à des gens pour légitimer les coupes prévues, alors que ces gens n’ont déjà pas assez pour survivre et que sur la simple foi en la ministre ils devront mettre encore plus en veilleuse leur vie précaire.

Pourtant la ministre se targue de connaître le milieu social, ce qui permet de soulever un doute sur sa conduite vu le mépris qu’elle peine à ne pas afficher encore plus. Elle confiera que des discussions avec des gens lui ont permis de voir que certaines personnes ne recevaient pas assez, alors qu’elles avaient droit à plus… Elle le leur aurait dit. La ministre veut une médaille? Ces gens n’ont pas eu la force de lui rire au nez, parce qu’entre ce qu’on montre d’eux généralement et ce qu’elle déclare du bout des lèvres pour étaler sa commisération, le fossé est grand. N’eut été de son besoin de paraître équitable en ce moment précis, ces personnes croupiraient encore, comme elles le faisaient avant, devant un système déshumanisé qui s’apprête à piétiner encore plus ses démunis, dont plusieurs ne recevront aucune oreille. Madame Maltais, si elle en est capable, devrait aussi réaliser que sa présence éclair près des pauvres ne résoudra en rien les véritables problèmes auxquels elle a le devoir de s’attaquer. Ces problèmes sont évidents, mais ils se situent de l’autre côté de la lunette d’approche. Ils sont bel et bien vécus du côté des pauvres.

La ministre applique le sacro-saint: hors de ma vue… à cause de vous le ciel est moins bleu.

Cette enquête… de mauvais goût offre pourtant quelques constats: le ministère de la justice ne fait pas son travail. Le ministère des affaires sociales ne fait pas son travail. Les véritables fraudeurs sont bien ceux qui délibérément reçoivent à tort et sans aucun motif (autre que celui de s’enrichir) des sommes qui ne devraient pas leur être destinées. Le mépris est une chose facile qui aide à maintenir l’injustice, semant tous les préjugés nécessaires à étayer des ignobles desseins.

Que dira la ministre à tous ces gens qui en juin auront 600$ par mois pour survivre parce qu’elle a décrété qu’ils étaient responsables de leur déveine et qu’ils tiendront dorénavant dans leurs mains l’assurance de jours meilleurs, puisqu’il serait inconcevable que juin ne transforme pas toutes les incertitudes en certitudes?…

Lors de cette même entrevue qu’elle avait accordée, elle a poussé loin le bouton des préjugés en déclarant qu’avant la réforme qu’elle mettra en place, le ministère des affaires sociales aidait les gens à ne rien faire en leur donnant tout pour les maintenir à domicile… Est-elle bien sûre qu’elle vit sur la même planète qu’eux? Je ne crois pas qu’elle connaît les joies d’un frigo vide. N’a-t-elle pas trouvé le courage de leur dire qu’ils n’ont qu’à frapper encore plus souvent à toutes les portes des organismes bénévoles pour survivre, jusqu’à ce que le travail qui les attendrait avec patience leur distribue ses largesses?

Les statistiques font état d’un nombre élevé de demandes d’emploi qui ne trouvent pas preneur. J’ai eu fréquemment à consulter plusieurs offres pour des gens que j’aidais, lesquels n’avaient pas accès à internet. J’ai eu à téléphoner au centre local d’emploi pour leur pointer du doigt des offres de télémarketing parce que les adresses web aboutissaient sur des sites hautement suspects. J’ai vu plusieurs offres qui, au fil du temps pour quelqu’un qui consulte ce site de façon soutenue, ont toutes les apparences d’offres bidon, soit qu’on laisse a vie des offres présumant une rotation de personnel et que tombe dans le filet un tas de poissons avides et crédules: les voir et s’y inscrire n’offrent que la garantie de dépenser du temps, du papier et des énergies. On se baserait sur ces offres pour tracer le portrait de l’emploi au Québec? Tout vaut mieux que la réalité, si on en croit ce qu’on y voit.

Où est le regard bienveillant? Les personnes qui ont besoin d’aide, que ce soit financière ou autre, ont un trait commun: elles sont démunies et impuissantes. Elles ont besoin avant tout du geste bienveillant, sinon autant dire à une femme victime de viol qu’elle était trop aguichante, à une victime d’acte criminel qu’elle était insouciante, à quelqu’un qui s’est fait déposséder qu’il était crédule et leur déclarer à tous qu’ils doivent arrêter de s’en remettre au système afin de les discréditer tous.

Demandera-t-elle aux victimes économiques ce qu’elles pensent de toutes les marionnettes qui défilent a la Commission Charbonneau qui ont pourtant écrémé le système avec bien peu de retenue, aucune d’ailleurs? Comprend-t-elle que de saines finances publiques assurent une saine gestion et un sain encadrement des citoyens? Peut-elle admettre que si l’hôpital ferme à cause de défauts de structures, les malades ne cesseront pas de l’être, même s’ils disposent d’un tas de pharmacies pour geler leur mal? Ce que la ministre, le ministère et l’enquête ne disent pas c’est que par exemple pour le plan nord des mesures d’emplois étendues aux étrangers encadrent les mesures sociales qui leur sont offertes ainsi qu’à leur famille. Le tableau de chasse montre des emplois à 100,000$ qui font gagner combien à l’état dans les faits? Mais effectivement, on a toujours l’air plus honnête quand on a des billets dans les poches. Evidemment.  Doit-on entrevoir qu’on tente avec les mesures à venir d’instituer un cheap labor pour le nord?

Comment peut-on se gorger de statistiques pour couvrir l’incompétence, l’exclusion, le harcèlement, l’ignoble façon de n’avoir rien à proposer que plus d’offenses? Les mesures qui seront mises en place ne sont pas décrites, sauf en ce qui concerne les coupures prévues: elles découlent d’une promesse: personne ne sera échappé. Big deal! Devant l’autel des promesses bien des mensonges ont trouvé preneur.

Sources

* http://www.les7duquebec.com/7-au-front/manipuler-lopinion-publique/

* http://www.les7duquebec.com/

** http://www.les7duquebec.com/author/elyan/

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