Indépendance écossaise: le séparatisme est-il un mouvement global? *

Par Jessica Elgot **23 septembre 2013

Le petit comté de Siskiyou, au nord de la Californie, est réputé pour la beauté de sa nature et la diversité de sa faune, l’imposant mont Shasta et son importance historique dans la ruée vers l’or du 17e siècle.

Mais ce comté fait également parler de lui parce qu’il a voté en faveur d’un projet visant à en faire le 51e état américain, l’état de Jefferson. Ce comté farouchement républicain veut effectivement se séparer d’une Californie profondément démocrate et a invité certains comtés du sud de l’Oregon et du reste de la Californie à se joindre à son mouvement.

Cette histoire a pu vous échapper. C’est que ce vote en soi est largement sans conséquence puisque le projet devrait recevoir l’aval de la législature de l’État de Californie ainsi que du Congrès américain. Alex Salmond, chef du Parti national écossais et premier ministre d’Écosse depuis 2007, le sait bien, obtenir son indépendance est un peu plus complexe que de simplement déclarer qu’on l’est.

Les gens du comté de Siskiyou et le Parti national écossais ne sont que deux exemples parmi des centaines de mouvements séparatistes à travers le monde, des plus sérieux comme les souverainistes catalans et québécois, aux plus improbables comme le nationalisme celtique des Cornouailles, en passant par les plus militants comme les Tamouls sri lankais ou l’ETA Basque.

Lorsque l’Organisation des Nations unies a été créée en 1945, elle comptait 50 membres. De nos jours, il existe près de 200 États-nations, et d’innombrables mouvements qui visent à en créer des nouveaux.

Et l’Écosse n’est pas la seule région britannique avec un mouvement souverainiste fort. La semaine dernière, Carwyn Jones, le premier ministre du pays de Galles, a laissé entendre qu’il voyait le référendum écossais comme une opportunité de pousser encore plus loin la dévolution de sa région.

Même au coeur de l’Angleterre, on retrouve le Mebyon Kernow, un parti politique qui prône l’indépendance des Cornouailles ou encore le minuscule Yorkshire Devolution League.

Au Canada anglais, le mouvement souverainiste écossais est observé avec un certain désabusement sceptique. Après tout, il y a eu deux référendums sur l’indépendance au Québec, en 1980 et en 1995.

Le Parti québécois a reçu un mandat de gouvernement minoritaire en septembre 2012, mais le dossier nationaliste est pour l’instant au point mort. Selon un sondage récent, l’indépendance au Québec récolterait 40% des appuis.

Plus de 80% de la population du Québec est francophone, mais Montréal a une forte population anglophone. L’immigration voit un apport de près de 50 000 personnes par an et, selon le plus récent recensement, 7,7% des Québécois disent que l’anglais est leur langue maternelle.

En Écosse, en 2001, le pourcentage de Britanniques vivant au nord de la frontière était pratiquement, identique, soit 8% de la population.

Un sondage publié la semaine dernière a démontré que si des élections avaient lieu au Québec aujourd’hui, le PQ serait battu par le PLQ.

Tout comme les Écossais, les Québécois sont plutôt préoccupés par l’économie et le coût de la vie, en ce moment. Le Québec est également aux prises avec la très controversée Charte des valeurs québécoises qui vise à interdire le port de symboles religieux ostentatoires par les employés de l’État et qui divise l’opinion publique dans toutes les sphères de la société en ce moment.

Pour les indépendantistes, écossais comme québécois, leur raison d’être est un sentiment de constituer des peuples à l’identité culturelle et philosophique distincte. De plus, dans le cas des séparatistes catalans, des Flamands belges et des sécessionnistes du nord de l’Italie, leur argumentaire repose également sur des raisons économiques; ces régions ont l’impression de se faire vampiriser par le reste de leurs pays respectifs.

Selon un récent sondage du Centre de recherches sociologiques, un organisme gouvernemental espagnol, 40,6% des Catalans sont en faveur de l’autonomie de leur région, et selon des sondages menés pas Cadena Ser, le plus important réseau de stations de radio en Espagne, cet appui serait même de 52%.

«L’avenir politique catalan est très confus en ce moment et est un des dossiers les plus chauds pour le gouvernement du président Mariano Rajoy» explique l’éditeur délégué du HuffPost Espagne, Guillermo Rodriguez. «Il se trouve coincé entre la base de son parti, très conservatrice, et doit les convaincre qu’il est le défenseur de l’unité espagnole tout en calmant les Catalans qui se sentent abusés financièrement. Il n’y a aucun doute que l’Écosse est un étalon important pour les nationalistes catalans.»

Toutefois, selon la constitution de 1978, un référendum sur l’indépendance de la Catalogne est illégal sans l’autorisation du gouvernement, mais le gouvernement a promis la tenue d’un tel référendum en 2014, même si les deux principaux partis politiques, le Parti socialiste ouvrier espagnol et le Parti populaire, rejettent tous deux la possibilité d’une indépendance catalane.

Mais il n’y a pas que Rajoy qui se retrouve dans une situation difficile face à la grogne des deux côtés de la question: le président catalan, Artur Mas, doit lui aussi marcher sur des oeufs.

«Mas est dans une situation très difficile», explique encore Rodriguez. «D’un côté, il subit la pression des élus du gouvernement catalan qui s’attendent qu’il fasse preuve de leadership et règle la question une bonne fois pour toutes, et de l’autre, il reçoit des messages en provenance de l’Union européenne et du monde des affaires qu’une Catalogne indépendante ne serait pas automatiquement incluse dans l’Union européenne et que l’auto-détermination (la Catalogne est un des plus importants moteurs économiques de l’Espagne) pourrait comporter certains risques.»

Dans le nord de l’Italie, le mouvement pour la création d’un état qui porterait le nom de Padanie est sur la table depuis fort longtemps et le parti qui le prône est la Lega Nord, qui fait partie de la coalition de Berlusconi. S’il voyait le jour, un tel état comprendrait les villes les plus riches d’Italie — Milan, Florence, Venise —, et d’autres partis séparatistes ont également vu le jour dans le Tyrol du Sud et en Vénétie.

Un sondage mené par SWG en juin 2010 avait révélé que 61% des Italiens du nord étaient en faveur de l’indépendance et 80% étaient minimalement en faveur d’une réforme au niveau fédéral, mais que, globalement, seulement 42% des Italiens croient que le projet de création de la Padanie est réaliste.

Malgré tous ces mouvements en Espagne, en Italie et au Royaume-Uni, l’Europe n’a pas vu de frontières internationales changer depuis la Première Guerre mondiale, et tout porte à croire que ça ne changera pas de si tôt, malgré les référendums de 2014.

C’est encore plus vrai aux États-Unis, où il n’y a pas eu de sécession depuis 150. Une nouvelle République du Texas est peu probable, malgré le désir du nationaliste texan Daniel Miller, de se défaire du boulet des autres «états marxistes», comme il qualifie le reste des États-Unis depuis l’élection du président Obama.

N’empêche, le soutien pour son mouvement prend de l’ampleur, et 95 000 personnes ont signé une pétition qui réclamait la sécession du Texas à la suite de la victoire du parti démocrate lors des présidentielles de 2012.

Mais peu importe le résultat, il y a fort à parier que les séparatistes du monde entier puiseront du courage dans le référendum écossais, même si Alex Salmond ne gagne pas.

Comme le disait l’ex-président catalan Jordi Pujol lors d’un passage en Écosse l’an dernier, même si les nationalistes catalans et écossais perdent leurs référendums respectifs, une fois que l’idée de l’indépendance entre dans l’esprit des gens, il devient pratiquement impossible de l’en faire sortir.

Sources

* http://quebec.huffingtonpost.ca/2013/09/23/independance-ecossaise-mouvements-separatistes-mouvement-global-souverainete-independance_n_3976167.html

* http://quebec.huffingtonpost.ca/

** http://www.huffingtonpost.co.uk/jessica-elgot/

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