Et si la défaite était un bienfait…*

Par Lise Payette ** – 9 mai 2014

Depuis le 7 avril dernier, j’ai été dans le flou comme tous ceux et celles qui n’attendaient pas le résultat que le vote populaire a entériné. Puis doucement, la poussière retombe.

Permettez-moi de répéter ici que je ne suis pas membre du Parti québécois depuis 1981. J’ai eu une carte de membre le jour où je suis devenue candidate du PQ en 1976 et j’ai rendu ma carte à mon départ en 1981. Bien sûr j’y ai quelques amis, mais j’en ai aussi au Parti libéral et je les encourage à y jouer le rôle qu’ils ou qu’elles peuvent jouer pour redonner à ce parti ne serait-ce que le quart de la moitié de l’image qu’il a déjà eue.

Sortant doucement du flou, après avoir pleuré sur le peu de soutien qu’on a donné à Pauline Marois qui jouait de son mieux les ouvreuses de portes dans un métier où la tâche n’est pas facile pour les femmes, j’en suis arrivée à me dire que le Parti québécois, malgré ses défauts (et on sait bien à quel point il en a), était le parti qui méritait encore l’appui de ceux et celles qui comme moi, croient encore que le Québec aurait tout intérêt à mener jusqu’à la victoire son désir d’émancipation et de devenir indépendant pendant qu’il en est encore temps. Notre poids démographique comme nation francophone à l’intérieur du Canada ne cesse de fondre comme neige au soleil. M. Harper, « châtiant » lui-même la langue française chaque fois qu’il en a l’occasion, continue de traiter le Québec comme une province capricieuse à laquelle il n’hésite pas à couper les ressources essentielles à la survie d’une nation qui a survécu depuis 400 ans par son courage et sa volonté de durer. Le Québec aura toujours été, aux yeux des gouvernements fédéraux, une province à dompter, à mettre au pas, à étouffer même s’il le fallait et à empêcher par tous les moyens possibles de prendre son envol et d’assumer pleinement son identité, sa culture, sa langue et son rôle dans la société des nations.

Mon appel aux femmes du Québec d’investir le Parti québécois vient de cette conviction que cet outil que doit être un parti politique, qui n’hésite pas à se remettre en question, qui accepte de reconnaître qu’il a omis de garder le peuple informé de ses objectifs, qui donne la parole à ses membres et en tient compte, mérite d’être repris en mains par des femmes qui souhaitent que leur participation aille bien au-delà du droit de voter le jour de l’élection.

Quelqu’un m’a appris un jour que pour avancer en politique, les femmes doivent entrer en grand nombre dans les partis politiques qui sont dans la débâcle. N’essayez pas d’entrer au Parti libéral en ce moment. Au pouvoir, les hommes se bousculent au portillon. Dans la défaite, on est en général d’accord pour laisser plus de postes importants aux femmes. Et les femmes doivent s’y installer « à demeure ». Devenir indélogeables même quand la prochaine élection sera venue.

On a beaucoup souhaité pouvoir faire de la « politique autrement » au cours des dernières années. Mais dans les faits, personne n’a jamais eu le temps de mettre du contenu dans cette expression. Qu’est-ce que ça veut dire, faire de la politique autrement pour les Québécoises ? Baisser le ton pendant les périodes de questions ? Réintroduire le respect dans les échanges ? Réinventer les débats qui ressemblent de plus en plus à des mises à mort ? Est-il normal de cantonner les femmes dans des ministères plus légers ou plus « féminins » ? Comme si on jugeait d’avance qu’il faut leur faciliter la tâche ? Quels seront les prérequis pour une femme candidate à la chefferie d’un parti politique maintenant que le premier moule a été cassé ? Demandera-t-on aux hommes candidats d’être super-qualifiés aussi ? En fait, elle est où, la porte d’entrée ?

L’égalité des hommes et des femmes, dont tous les politiciens sentent le besoin de se gargariser ces temps-ci, est loin d’être atteinte. Et la récente défaite du Parti québécois permettra une réévaluation de ce que les femmes attendent de la politique ou veulent apporter à la politique. Ce qui fait que la défaite peut avoir un effet mobilisateur à condition que l’on s’assure que, une fois les choix faits pour la prochaine élection, les responsables reconnaissent que les femmes ont droit à des circonscriptions prenables tout autant que les hommes candidats. Ce qui n’a évidemment pas été le cas en avril.

Je continue de penser qu’un sommet des femmes aurait sa raison d’être, pour qu’on cesse de tirer dans tous les sens, qu’on détermine clairement nos objectifs et qu’on apporte un peu d’eau claire au moulin. Je sors du flou. Je vous souhaite la même chose parce qu’après les grands bouleversements, réinventer ses repères, ça fait du bien. Bonne fête des Mères. À toi aussi, Pauline. De tout mon coeur.

Sources

* http://www.ledevoir.com/politique/quebec/407807/et-si-la-defaite-etait-un-bienfait

* http://www.ledevoir.com/

** http://www.ledevoir.com/auteur/lise-payette

** Lise Payette : http://fr.wikipedia.org/wiki/Lise_Payette

Commentaires fermés

Filed under Uncategorized

Comments are closed.