Le PLQ, ou comment l’austérité et l’idéologie couchent ensemble *

Par Charles-Etienne Filion ** – Le 14 octobre 2014

Depuis plusieurs semaines, je n’ai pas écrit sur ce blogue. Trop de sujets sur lesquels se prononcer, analyser, voire pourfendre, c’est comme pas assez. Mais là, il y en a vraiment marre. Entre les compressions demandées aux commissions scolaires, aux universités, entre la réorganisation massive du réseau de la santé, les modifications proposées à l’aide sociale et les hausses irresponsables accordées à Hydro-Québec, le gouvernement libéral démontre encore une fois de façon outrageuse que le réel objectif, ce n’est pas d’assainir les finances publiques comme il le clame haut et fort, mais bien d’étendre l’emprise de son idéologie sur la société québécoise.

 Considérons premièrement ceci : toutes les bases comparatives du gouvernement Couillard viennent de notre voisin provincial, l’Ontario. Que l’on parle des tarifs d’hydroélectricité ou du coût des études universitaires, les tarifs y sont plus élevés que dans la Belle Province. Or, cette base comparative n’est pas valide au départ, pour plusieurs raisons :

.                 Si tout coûte plus cher en Ontario, les salaires y sont aussi plus élevés dans la quasi-totalité des domaines d’emplo

.                 Les impôts y sont moins élevés (5,05% si vous gagnez en bas de 40 000, comparativement à 16% pour le même revenu au Québec.) On se rappelle que les impôts servent à financer les services offerts à la population.

.                 Les réseaux d’entraide et sociocommunautaire sont beaucoup plus développés dans la culture française, tandis que la culture anglo-saxonne tend à privilégier l’apport de la communauté immédiate et de ses membres dans la prise en charge des plus démunis. Il en ressort donc des coûts sociaux moindres dans les communautés anglo-saxonnes, mais cela tient de principes culturels historiques. On ne peut donc pas comparer tous les coûts sociaux en Ontario et au Québec dollar par dollar, puisque les communautés francophones ont beaucoup moins cette culture de communauté et se fient sur les réseaux sociocommunautaires, qui doivent donc être plus développés et financés.

Une étude publiée ce matin dans La Presse nous fournit des bases comparatives plus intéressantes pour le Québec, notamment avec les pays scandinaves (Suède, Danemark, Norvège.) Les données sont comparées avec 20 « nations comparables », soient des pays développés, industrialisés (voire occidentaux.) Certains constats y sont fort intéressants :

Le Produit intérieur brut (PIB) par habitant du Québec est de 36 216, au 17e rang sur 20 nations comparables. En comparaison, il est de 43 834 en Suède, au 7e rang (au premier rang dans les 3 nations comparables.)

En revanche, le Québec arrive au 5e rang sur 20 au niveau de l’espérance de vie et de la naissance de bébés de faible poids (donc à risque de décéder rapidement.)

La corrélation que fait l’auteur de ces lignes, en y ajoutant que le Québec est l’endroit qui a le plus faible taux de décès par crise cardiaque et par AVC (encore selon l’article), c’est que notre système de santé si souvent décrié sur toutes les tribunes est d’une efficacité impressionnante (pas au niveau de l’attente, mais des résultats), et que le réseau sociocommunautaire si peu financé ainsi que notre filet social attaqué de toutes parts permettent aux moins nantis d’avoir accès à une vie meilleure via de l’aide bien placée et via la prévention des maladies, mauvaises habitudes et autres empêcheurs de vivre en rond. Bref, si le réseau tourne au ralenti, il nous garde en bonne santé, et il est universellement accessible de par sa quasi-gratuité.

Mais voilà : l’accessibilité des services de façon universelle et peu coûteuse n’est pas, et ne sera jamais, une valeur chère au PLQ. Ils préfèrent de loin le principe de l’utilisateur-payeur, donc de payer à la pièce pour les soins facturés, pour les services reçus, etc. Ce principe est mis de l’avant beaucoup plus dans les sociétés anglo-saxonnes, notamment chez nos voisins du sud. Or, le taux d’imposition aux États-Unis reflète aussi un des grands aspects du principe de l’utilisateur-payeur : vous payez pour les services que vous utilisez, et non pour les services en général, et encore moins pour les plus démunis! En entrevue avec Paul Arcand, le président du Conseil du Trésor, Martin Coiteux, a été appelé à nommer une mesure d’austérité qui toucherait les Québécois plus aisés; le silence gêné qui a suivi illustre parfaitement la mentalité du PLQ : couper, cela veut dire réduire les services offerts par l’État aux moins nantis et aux classes moyennes (même s’ils prétendent lâchement le contraire.) Par contre, quand vient le temps de sabrer dans les avantages fiscaux de ceux qui peuvent se les permettre, les Libéraux sont soudainement muets, voire improductifs. De là à dire qu’on ne mord pas la main qui nous nourrit, il n’y a qu’un pas à franchir…

Couillard, la Santé et l’Éducation

Dans cet article, notre premier ministre nous informe de deux choses intéressantes :

« (…) Il laissait entendre qu’il existait du superflu dans ces réseaux. «Le moment qu’il faut préserver, qu’il faut cristalliser, c’est la salle de classe, le contact entre l’enseignant, l’enseignante et l’élève. Tout le reste est là pour favoriser ça.»

Et le système de santé, «fondamentalement, c’est l’interaction entre le soignant, puis le patient. Tout le reste est supposé être là pour soutenir ça et faire en sorte que ça se réalise».

M. Couillard, encore une fois, illustre bien le manque de vision du Parti libéral du Québec : s’il est vrai que la relation entre l’élève et l’enseignant, de même qu’entre le patient et le soignant sont des liens privilégiés à développer, maintenir et favoriser, il est faux de prétendre que le reste n’est là que pour les favoriser! Pour le scolaire, l’enfant passe presque qu’autant de temps en classe qu’au service de garde, doit être entouré de modèles significatifs (qui ne sont pas seulement des enseignants, mais aussi des professionnels comme des travailleurs sociaux, infirmiers, éducateurs spécialisés, etc.) et doit être en mesure d’apprendre, donc doit socialement être entouré de « conditions gagnantes » à son développement. De même que si le patient doit guérir, il est primordial de s’assurer qu’il ait en main les outils pour prévenir la maladie, pour modifier ses conditions de vie problématiques et pour éventuellement, ne pas revenir à l’hôpital! Tout cela se fait via la prévention, les partenaires du Réseau local de services, les équipes de professionnels des saines habitudes de vie, du soutien à domicile, des services de soutien aux enfants et à leurs parents, de l’organisation communautaire, et j’en passe un paquet.

Tout cela, pour la dixième fois, nous rappelle que les libéraux ne souhaitent pas améliorer le Québec, mais seulement patcher les trous pour nous amener de plus en plus loin dans leur idéologie malsaine que nous sommes pourtant une majorité à refuser (les données électorales sont faussées de façon ultime par le dossier de la souveraineté.) Et cela nous rappelle tristement autre chose : dépendants de l’État, les réseaux de l’éducation et de la santé, contrairement aux pétrolières, aux écoles privées, aux grandes compagnies de ce monde, n’ont pas de lobbyistes attitrés à nos chers politiciens du PLQ. Des politiciens qui, cela en est devenu si évident, sont plus que perméables aux lobbies en tous genres si cela leur permet de se maintenir au pouvoir, et de remplir les coffres du parti. Et pendant ce temps, l’intérêt général, lui, voit son influence ne cesser de réduire comme peau de chagrin… Il vous réserve le mot de Cambronne, Messieurs du PLQ : tout ce qui monte finit par redescendre… la merde aussi.

Sources

* http://quebec.huffingtonpost.ca/charlesetienne-filion/le-plq-ou-comment-lausterite-et-lideologie-couchent-ensemble_b_5982064.html

**http://quebec.huffingtonpost.ca/charlesetienne-filion/

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