Théories et idéologies: des définitions

Une théorie (ou un discours scientifique)

On appelle théorie un ensemble de connaissances articulées, cohérentes c’est-à-dire logiques et pertinentes par rapport à la réalité étudiée.

La finalité d’une théorie est d’expliquer la réalité étudiée: elle vise à nous faire comprendre la réalité étudiée. On pourrait dire qu’une théorie est scientifique lorsqu’elle implique une démarche de vérification systématique de la réalité étudiée.  Une théorie scientifique s’appuie nécessairement sur une démarche empirique. L’esprit scientifique implique de confronter son explication à la réalité afin de découvrir si l’explication proposée est pertinente et réelle.

En psychologie, on retrouve des théories psychologiques qui visent à décrire et expliquer le comportement humain (pensez par exemple à la théorie comportementale, la théorie psychanalytique, la théorie interactionniste…); par ailleurs, en sociologie, on trouvera des théories sociologiques qui visent à décrire et expliquer le fonctionnement d’une société (pensons, par exemple, à la théorie systémique ou structuro-fonctionnaliste, la théorie marxiste, la théorie néo-marxiste…).

Une idéologie (ou un discours idéologique)

On pourrait dire que l’idéologie un ensemble de connaissances articulées qui définit une situation donnée et qui, inspirée par certaines valeurs, indique aux individus et aux groupes sociaux une direction à suivre et des comportements à adopter. L’idéologie ne cherche pas à prouver la validité scientifique de ses énoncés puisqu’elle cherche à dire aux individus quoi penser et comment agir.

La finalité d’une idéologie est de proposer aux individus et aux groupes une direction à suivre et des comportements à adopter. On trouvera autant d’idéologies que de situations à définir. On notera donc des idéologies religieuses, sociales, nationales, politiques ou économiques.

Une idéologie sociale définit les relations entre les groupes sociaux, ce qu’elles devraient être. Une idéologie économique définit les relations particulières entre les groupes et les acteurs sociaux engagés dans la production.

Le marxisme

On appelle marxisme un ensemble de connaissances articulées, cohérentes c’est-à-dire logiques et pertinentes, élaborées au XIXe siècle, visant à décrire et expliquer le fonctionnement des sociétés européennes du début XIXe siècle. Le discours marxiste postule qu’une société est une totalité dynamique, en mouvement.

La pensée marxiste s’articule autour du postulat selon lequel l’on ne peut décrire et expliquer une société qu’en partant des pratiques réelles des hommes et des femmes de cette société.

La pensée marxiste du XIXe siècle offrait une explication mécaniciste de la société, une explication  linéaire où l’économique constituait le facteur explicatif le plus important en dernière analyse. L’on pensait ainsi que l’économique constituait l’infrastructure de la société et suffisait à lui seul pour expliquer tout ce qui se passait dans la superstructure de la société, c’est-à-dire dans la vie culturelle et politique.

Le néo-marxisme

La pensée néo-marxiste  reprend l’hypothèse de travail de la pensée marxiste élaborée au XIXe siècle selon lequel  l’on ne peut  décrire et expliquer  une société qu’en partant des pratiques réelles des hommes et des femmes de cette société.

La pensée néo-marxiste incorpore dans son discours les connaissances élaborées à la fin du XXe siècle et l’explication proposée du fonctionnement d’une société est moins mécaniciste, moins unilatérale, moins économiste.

C’est ce qui fait dire aux théoriciens néo-marxistes que pour décrire et expliquer une société, il faut découvrir :  1) ce que ces êtres humains en société disent d’eux-mêmes et des autres (c’est-à-dire comment ils conçoivent le monde);  2) comment ils sont organisés pour assurer leur cohésion (c’est-à-dire l’organisation sociale qu’ils se donnent: le genre d’État et d’institutions sociales et les relations entre ces institutions) et;  3) comment ils assurent leur survie matérielle (quel système économique ils développent pour produire les biens et services dont ils ont besoin).

La sociale-démocratie

On appelle sociale-démocratie cet ensemble  d’idées sociales attribuant à  l’État  au sein d’une société de type capitaliste le rôle non seulement d’arbitre social mais de promoteur et de défenseur des plus démunis. La sociale-démocratie vise à modifier l’organisation sociale d’une société capitaliste dans le but d’atténuer les inégalités sociales, d’améliorer le sort des moins nantis.

La sociale démocratie propose dont un État bienfaiteur au lieu d’un État ordonnateur comme c’est le cas dans une société capitaliste qui démarre.

Le socialisme

On appelle socialisme l’ensemble des idées définissant la société comme une totalité préoccupée des inégalités sociales et engagée  dans un processus de transformation  radicale de la société. La pensée socialiste suppose la mise sur pied d’une organisation socio-économique visant à supprimer les inégalités sociales où l’État devient le principal levier de développement.

La pensée socialiste propose comme logique de la production le développement de la société  alors que le capitalisme proposait une logique d’accumulation et de profit individuel.

Le capitalisme

On appelle capitalisme l’ensemble des idées définissant la société comme un ensemble régi par la propriété privée, la liberté d’entreprise, le prédominance des entreprises privées  et la logique de l’accumulation ou du profit individuel.

Le communisme

On appelle communisme l’ensemble des idées définissant la société comme une totalité capable de répondre totalement aux besoins de ses membres. La pensée communiste sous-entend la disparition de l’État au sens où nous le connaissons aujourd’hui au profit des collectivités locales.

Une société communiste serait une société immensément riche, sans État, très développée où les individus sont égaux et épanouis culturellement, politiquement et économiquement. L’exploitation des uns par les autres n’existe plus.

Le libéralisme – Le néo-libéralisme

Le libéralisme est une doctrine axée sur une sorte de culte de la liberté individuelle.  Le libéralisme est une doctrine qui prend incontestablement appui sur les conclusions que les économistes ont cru pouvoir tirer de l’analyse du marché. La majorité des économistes estiment que, pour peu que son fonctionnement ne soit pas contrarié, le marché peut en principe assurer automatiquement une allocation optimale des ressources de la société, en ce sens que les choix qui, dans un marché de concurrence parfaite, sont dictés à chacun des échangistes par son propre intérêt sont justement ceux qui devraient permettre à l’ensemble des membres de cette société de tirer le maximum de satisfaction au moindre coût possible. S’il en est ainsi, il devient tentant de voir dans le marché libre un modèle d’organisation sociale.   Les néo-libéraux sont de nostalgiques conservateurs qui s’efforcent de faire revivre un lointain passé désormais révolu.

Les domaines idéologiques

Les idéologies sociales

Les problèmes auxquels l’idéologie propose une solution

Elles proposent diver­ses interpré­tations des rap­ports sociaux, c’est-à-dire des relations entre les acteurs so­ciaux comme le patro­nat, l’État et les citoyens.

Le discours idéologique

1) L’idéologie social-démocrate propo­se de respecter l’ordre social exis­tant (le capitalisme d’État) mais d’atté­nuer les conséquences de ce système socio-économique. La social démocratie propose la redis­tri­bution des richesses en utilisant l’État Bienfaiteur: l’accès à un mini­mum de services sociaux et de services de santé et à l’éducation.

2) L’idéologie néo-libérale conteste l’État bienfaiteur et affirme que le seul créateur de richesses est l’en­tre­prise privée. L’État doit donc se désengager de tous les rôles qu’il avait accaparé et laisser l’entreprise privée résoudre ces problèmes.

3) L’idéologie socialiste propose le ren­ver­sement de la logique du capita­lisme au profit de la majorité de la population salariée.  Pour contrer la logique du profit individuel, l’État devient le propriétaire collectif afin d’assurer une plus grande redistribu­tion de la richesse. L’objectif vise l’avènement du communisme.

Les valeurs qui inspirent  ce discours idéologique:

1.1.) La justice sociale : l’idéologie sociale-démocrate

2.1.) L’individualisme et la liberté d’entreprise : l’idéologie néo-libérale

3.1.) L’égalité et la justice sociale : l’idéologie socialiste

Les idéologies nationales

Les problèmes auxquels l’idéologie propose une solution

Elles proposent diver­ses interpré­tations de l’État-Nation, c’est-à-dire de la conception de la Nation et du nationalisme.

Le discours idéologique

1) L’idéologie du fédéralisme centrali­sé affirme que les grandes orien­ta­tions nationales doivent résider dans le pouvoir central détenu par le gouvernement fédéral. Les provinces seraient ainsi les maîtres d’oeuvre des politiques nationales. Le nationalisme est universel, anti-ethnique.

2) L’idéologie du fédéralisme décen­tra­li­sé propose la complémen­tarité des ordres de gouvernement: le gouvernement fédéral et les gou­ver­ne­ments provinciaux possè­dent des champs de pouvoir qui leur permettent de s’épanouir respecti­vement.

3)  L’idéologie souverainiste ou indé­pendantiste propose que le gou­ver­nement du Québec soit le seul gou­vernement à avoir juridic­tion sur la population québécoise. La naissance d’un État québécois souverain dans tous les domaines permettrait à la population de s’autogouverner et ainsi de pro­téger sa langue, sa culture et ses institutions propres.

Les valeurs qui inspirent  ce discours idéologique:

1.1.) L´égalité de droit de tous les citoyens : le fédéralisme centralisé

2.1.) L’égalité des gouvernements central et provinciaux : le fédéralisme décentralisé

3.1.) Le droit de se gouver­ner et la protection de la langue et de la culture québécoise : le souverainisme ou indépendantisme

Les idéologies syndicales

Les problèmes auxquels l’idéologie propose une solution

Elles proposent diver­ses interpré­tations des rap­ports sociaux, c’est-à-dire des relations en­tre les acteurs so­ciaux comme le patro­nat, l’État et les citoyens

Le discours idéologique

1)  L’idéologie du syndicalisme de com­bat met l’accent sur la contestation du système socio-économique exis­tant et les injustices sociales géné­rées par ce système. Ce discours interprète les relations « Patrons-Employés » en termes conflictuels. Le syndicalisme de combat est un syndicalisme de revendication so­ciale, qui cherche à arracher le plus possible aux patrons pour amélio­rer les conditions de travail et de vie de la population salariée.

2)  L’idéologie du syndicalisme corpo­ra­tiste privilégie des rapports de collaboration et de bonne entente entre patrons et employés. Ce dis­cours syndical met l’accent sur la protection des acquis des syndiqués sans préoccupations sociales. Ce syndi­calisme ne déborde pas du cadre de la négociation collective.

Les valeurs qui inspirent  ce discours idéologique:

1.1.)  La justice sociale et la redistribution de la richesse :  le syndicalisme de combat

2.1.)  La protection des droits acquis : le syndicalisme corporatiste

Mise au point

La terminologie peut prêter à confusion. Aux États-Unis, un néo-libéral s’appelle un néo-conservateur (ou néo-con), car, dans ce pays, un « libéral » est plutôt quelqu’un de gauche ou, en tout cas, quelqu’un qui vote démocrate.

Les idéologies au Québec – Bibliographie

Monière, Denis,  Le développement des idéologies au Québec. Des origines à nos jours. Montréal, Éditions Québec-Amérique, 1977, 381 pages.

Bernard, Jean-Paul,  Les rouges. Libéralisme, nationalisme et anticléricalisme au milieu du XIXe siècle. Montréal, Les Presses de l’Université du Québec, 1971, 396 pages.

Dumond, Fernand, Hamelin, Jean, et Montmigny, Jean-Paul, Idéologies au Canada français, 1940-1976.

Tome 1: La presse -  La littérature, Québec, Les Presses de l’Université Laval, 1981, 360 pages. Collection: Histoire et sociologie de la culture.

Tome 2: Les mouvements sociaux – Les syndicats, Québec, Les Presses de l’Université Laval, 1981, 390 pages. Col.: Histoire et sociologie de la culture

Tome 3: Les partis politiques – L’Église, Québec, Les Presses de l’Université Laval, 1981, 360 pages. Collection: Histoire et sociologie de la culture.

Dumond, Fernand, Hamelin, Jean, et Montmigny, Jean-Paul,  Idéologies au Canada français, 1850-1900. Québec, Les Presses de l’Université Laval, 1971, 327 pages. Collection: Histoire et sociologie de la culture.

Dumond, Fernand, Hamelin, Jean, Harvey, Fernand et Montmigny, Jean-Paul,  Idéologies au Canada français, 1900-1929. Québec, Les Presses de l’Université Laval, 1974, 377 pages. Collection: Histoire et sociologie de la culture.

Bélanger, André-J., L’apolitisme des idéologies québécoises. Le grand tournant de 1934-1936. Québec, Les Presses de l’Université Laval, 1974, 392 pages. Collection: Histoire et sociologie de la culture.

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