Les plantes vertes *

Par Michel David ** – Le 2 mai 2015

Depuis des décennies, la revalorisation du rôle du député et son corollaire, l’assouplissement de la « ligne de parti », sont des figures imposées dans le discours de ceux qui proposent de faire de la politique autrement.

« Il peut jouer un rôle capital dans le fonctionnement d’un système démocratique. C’est ce rôle qu’il faudra le plus rapidement définir et mettre à l’épreuve », disait déjà Marcel Masse en 1966. Un demi-siècle plus tard, ce noble objectif fait toujours partie de la plateforme d’Alexandre Cloutier dans la course à la chefferie du PQ. Au train où vont les choses, on en parlera encore dans cinquante ans.

Jeudi, le leader parlementaire de la CAQ, François Bonnardel, a pris un malin plaisir à déposer à l’Assemblée nationale les notes que les recherchistes du PLQ avaient préparées à l’intention des députés libéraux qui siègent à la commission parlementaire chargée d’étudier les crédits du ministère des Affaires municipales et de l’Occupation du territoire.

On aura deviné que les questions destinées au ministre n’avaient rien de très embarrassant. Elles visaient strictement à lui permettre de gloser sur les bienfaits que le gouvernement nous réserve. Par exemple, en ce qui concerne le programme d’aide aux infrastructures des « municipalités amies des aînés » (MADA), la question prévue était la suivante : « Au niveau financier, le ministre peut-il nous expliquer un peu plus le programme ? »

Les notes incluaient également la réponse : bonne nouvelle, l’enveloppe consacrée au programme, qui avait déjà été haussée de 2 millions en 2014-2015, augmentera encore de 3 millions en 2015-2016. Bravo !

Autre question piège : qu’entendait faire le gouvernement pour éviter que la fin des ententes sur le logement social avec le fédéral ne place les ménages à faible revenu « dans une situation de vulnérabilité » ? Oui, la fin des ententes était aussi un sujet de grande préoccupation pour le ministre. C’est pourquoi le dernier budget a prévu une mesure d’aide financière qui totalisera 6 millions en deux ans. Qui a dit que les plus démunis feront les frais de l’austérité ?

Bien sûr, les libéraux n’ont pas le monopole de ce mauvais théâtre. Tous les gouvernements utilisent leurs députés d’arrière-banc pour « planter » des questions destinées à les faire bien paraître. À les voir se lever, l’air un peu gêné, sous les moqueries des députés de l’opposition, on les prendrait presque en pitié. On a beau multiplier les primes de fonction pour dorer la pilule à ceux qui n’ont pas eu la chance d’être nommés ministres, ils n’en sont pas moins condamnés à jouer les plantes vertes.

Malheur à celui qui refuse de jouer le jeu. En 1997, alors que le gouvernement Bouchard multipliait les compressions budgétaires qui frappaient durement le réseau de la santé, le député péquiste de Saint-Jean, Roger Paquin, avait décidé que la comédie avait assez duré.

Après avoir nommé plusieurs patients en attente d’une chirurgie cardiaque, il avait apostrophé le ministre de la Santé, Jean Rochon, en pleine Assemblée nationale. « Je voudrais que le ministre me dise qu’est-ce que je vais dire à ces gens-là quand je vais aller les visiter en fin de semaine », avait-il lancé. M. Rochon en était resté bouche bée. Même les députés libéraux n’en croyaient pas leurs oreilles.

Homme de principe, M. Paquin avait récidivé trois ans plus tard en appuyant publiquement la position des orphelins de Duplessis, qui réclamaient une compensation financière, alors que M. Bouchard s’y opposait catégoriquement. Il va sans dire que M. Paquin n’a jamais été invité à faire partie du Conseil des ministres. Ceux qui ont des ambitions ont intérêt à afficher leurs principes en privé. D’ailleurs, même ceux qui se sont résignés aux banquettes arrière n’ont pas droit à la dissidence s’ils veulent y rester, comme l’a appris Fatima Houda-Pepin, incapable d’accepter la mollesse de la position du PLQ sur la laïcité.

L’opposition a fait des gorges chaudes de la directive du premier ministre Couillard qui a interdit à ses ministres de s’adresser aux journalistes avant que la réunion quotidienne du caucus des députés ait permis de définir la « ligne » du jour, mais il ne faudrait pas croire que les députés péquistes ont carte blanche. Avant de rappeler un journaliste qui souhaite obtenir un commentaire sur un dossier dont il est responsable, le porte-parole officiel doit d’abord obtenir l’assentiment du bureau du chef.

François Legault s’est découvert un nouvel intérêt pour la réforme du mode de scrutin. Il est indéniable que le système uninominal à un tour provoque des iniquités dans la représentation des partis à l’Assemblée nationale. On peut toutefois se demander à quoi il servirait d’introduire un élément de proportionnelle si, de toute manière, c’est pour élire des plantes vertes.

Sources

* http://www.ledevoir.com/politique/quebec/438998/les-plantes-vertes

* http://www.ledevoir.com/

** http://www.ledevoir.com/auteur/michel-david

 

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