Une vision … bordel…

Une vision… bordel…

Les partis politiques au Québec, à tout le moins, semblent être incapables d ‘offrir et de maintenir une quelconque vision de notre avenir.  Jean Lesage en 1960 avec son slogan : Il faut que ça change a ouvert la porte à la Révolution Tranquille qui a transformé le Québec. René Lévesque en 1976 avec Il est grand temps de faire le ménage voyait le Québec devenir un pays.

La population du Québec semble se complaire dans l’affirmation que Louis Hémon a fait dans son roman  “Maria Chapdeleine“ en 1913. (note 1)  Les canadiens-français du temps, aujourd’hui les québécois,  selon Hémon étaient nés pour un petit pain.  La propagande contenue dans ce roman du terroir québécois est bien incrustée dans la mémoire collective.  La population s’est dite NON à deux reprises.  1980 et 1995 font en sorte que le Québec est une province comme les autres de la Confédération canadienne. Et le pays du Québec est toujours une vue de l’esprit.

 Le Parti Libéral de Jean Lesage est toujours fédéraliste sous la gouverne de Philippe Couillard et le Parti Québécois fondé par René Lévesque se paie des courses à la chefferie.

 Depuis René Lévesque, aucun chef de ce parti, n’a suscité une vision rassembleuse de ce que serait un  Québec indépendant et maître de sa destinée.  Aucun chef n’a réussi à convaincre la population.  Ce qui fait que ce 3 mai 2016, le Parti Québécois se retrouve à préparer une autre course à la chefferie en espérant trouver un SAUVEUR qui saura faire du Québec un pays.

Qui pourra continuer le combat ? À ce jour plusieurs noms sont sur la ligne de départ.  Qui sera le René Lévesque des temps modernes ?  Où, quand et surtout comment atteindre l’objectif de faire du Québec un pays ?  L’intégrité, la simplicité, la proximité avec la population et une vision claire de la démarche sont les éléments que devront  avoir LE ou LA prochain(ne) chef (fe).

Une vision rassembleuse demeure l’élément indispensable pour atteindre l’objectif ultime.  Le SAUVEUR se trouve dans chacun des citoyens.  Faire du Québec un pays devrait être l’engagement politique de toute la population.  René Lévesque, Jacques Parizeau, Lucien Bouchard, Pierre Karl Péladeau, entre autres, ont défriché la route.

Un pays repose sur une culture, une langue, un territoire et sur une VISION commune.  L’engagement politique est une attitude qui consiste à intervenir dans la vie de la société.  Nous devons être des acteurs de NOTRE développement et non pas seulement des spectateurs passifs.

Les Véronique Hivon, Martine Ouellet, Sébastien Cloutier, Jean-Martin Aussant, Bernard Drainville, Jean-François Lisée et quelques autres qui ambitionnent à devenir chef(fe) du Parti Québécois.

Un pays, c’est une division territoriale habitée par une collectivité, et constituant une entité géographique et humaine.

Vous trouverez ci-bas un texte pour comprendre le Québec

L’évolution du Québec, de la Révolution tranquille au 3e millénaire

Si on voulait synthétiser l’évolution du Québec depuis 1960  en 2 minutes et 30 secondes  la chanson  Dégénération de Mes Aïeux décrirait assez bien notre évolution.

Nous sommes passés des Belles histoires des Pays d’En-Haut et de la Famille Plouffe aux Bougon en passant par  La Petite Vie en plus ou moins 50ans.

Un exercice intéressant et enrichissant, c’est de prendre un vieux manuel d’histoire et de comparer son contenu avec les manuels de Jacques Lacoursière.  Si vous avez la possibilité de mettre la main sur l’Histoire du Canada selon François-Xavier Garneau, ça aussi c’est une autre lecture.

Jacques Attali qui fut conseiller de François Mitterrand affirmait que relire l’Histoire nous éviterait de répéter les mêmes erreurs que nos ancêtres.  Ce qui s’est passé, il y a 100, 200, 300 ans a tendance à se répéter.  Si Hitler avait lu attentivement  les écrits de Napoléon sur la campagne de Russie, que serions-nous devenus aujourd’hui ?

Le Québec fait partie de l’énorme centre commercial planétaire.  Nous pourrions décrire le Québec comme une boutique spécialisée et exotique.

Aujourd’hui, nous aborderons l’évolution du Québec en nous attardant sur certaines situations que nous avons tendance à oublier et qui sont la toile de fond de  notre évolution.  Un survol sur l’évolution des valeurs et sur l’évolution sociale qui ont marqué le développement du Québec. Nous aborderons l’évolution culturelle, l’évolution des  idéologies, l’évolution de la langue pour terminer par un rapide survol sur le Québec et son devenir.

En soi, en 2 heures, j’essaierai de synthétiser 45 heures de cours qui était déjà un défi de définir le Québec en 45 heures.    Chacun des thèmes  mériterait à lui seul 45 heures.

Nous sommes ACTEURS, OBSERVATEURS, SPECTATEURS : nous avons créé un ensemble qui se veut “à la fine pointe des idéologies“, mais nous avons  vécu trop longtemps sur les intérêts de ce développement accéléré, maintenant nous avons tendance à utiliser le capital qui à la longue diminue dangereusement.  Jacques Grand’maison, un des derniers penseurs québécois,  soulignait dans un de ses bouquins que si nous devions refaire une nouvelle révolution, ça passerait entre les périodes de la partie de hockey des “Méchants mardis“ sur RDS ou encore durant les pauses commerciales de “Tout le monde en parle“ ou de “Star académie“.

Enfin, rappelons-nous que La Presse, au printemps dernier, rapportait une étude affirmant que les québécois étaient les plus poches en histoire au Canada.

Nous avons mis au monde un modèle unique et novateur  mais nous avons oublié de l’entretenir.  L’important n’étant pas d’atteindre les sommets, c’est relativement facile; mais se maintenir au sommet, c’est plus difficile et exigeant. Parlez-en au Canadien de Montréal…  Nous voulons le meilleur système d’éducation, le meilleur système de santé, les plus belles routes,  et que sais-je, mais en même temps, nous exigeons les impôts les moins élevés.

Et la nouvelle devise du Québec est maintenant “Pourquoi faire simple, lorsque l’on peut tout compliquer“.

Ceci étant dit…..

1) Je ne vous apprendrai peut-être rien de nouveau, comme moi, vous l’avez vécu…

2) Tout au plus, je vous présenterai un point de vue… MON point de vue…

3) Je me définis de tendance souverainiste, socialiste et solidaire mais très lucide… formé au Département de service social de l’Université de Sherbrooke à la fin des années 1960 et début 1970 qui était, à l’époque, considéré comme marxiste-léniniste.

Définitions de Histoire

L’Histoire, c’est la remise en question permanente des idées reçues.

L’histoire est à la fois l’étude des faits, des événements du passé et de l’ensemble de ces faits, de ces événements.  Elle pose des repères, elle indique des ruptures qui traduisent un changement. Et elle est généralement écrite par les vainqueurs.

Comment Napoléon définissait l’histoire

“L’histoire est un mensonge que personne ne conteste“

“La vérité historique est souvent une fable convenue“

“La vérité de l’histoire ne sera probablement pas ce qui a eu lieu, mais seulement ce qui sera raconté“

Le changement vs l’évolution – des mentalités

Il ne faut pas confondre les termes de changement et d’évolution, comme s’ils avaient le même sens. On parlera de “l’évolution des mentalités depuis les années 1960“, exactement dans le même sens où l’on parlerait de “changement des mentalités depuis les années 1960“.

Les mots n’ont pas la même signification : Un changement est un passage d’une chose, d’un état à un autre qui est neutre. L’eau se change en glace. La glace se change en eau. Cela n’a aucun sens de dire que l’eau “évolue“ en glace, que la glace “évolue“ en eau, ce n’est qu’un changement d’état d’un composé chimique.

Par contre, parler d’une évolution comporte un processus complexe et un perfectionnement d’un système.

Parler d’une évolution des mentalités, à la place d’un changement des mentalités est tout à fait discutable. On peut facilement soutenir que le monde change, mais que l’homme reste le même et qu’il n’a guère évolué socialement.

Aussi, nous avons un intérêt à croire que les mentalités évoluent. C’est une manière de se donner bonne conscience et de se donner une supériorité par rapport aux époques précédentes. “Aujourd’hui, on a évolué“.

C’est une manière de nous rassurer sur nous-même, car nous souhaitons tous que notre vie évolue. Nous n’acceptons pas aisément que le changement puisse être une simple répétition qui n’apporte rien, et nous acceptons encore moins que le changement puisse être une détérioration, une dégradation. Il y a bien une voix de l’âme en nous qui désire une évolution.

Il y a deux visions de l’Histoire, deux façons de la voir : statique ou dynamique.  Auparavant l’histoire se maintenait dans le champ thématique de l’histoire antiquaire:  Ce qui méritait de figurer dans un livre d’histoire, c’était en gros seulement des traités et des batailles. Les seuls héros de l’histoire étaient des politiques et des militaires. Le peuple n’était pas considéré comme acteur de l’histoire et la vie quotidienne n’était pas considérée comme racontable dans un récit historique.

La nouvelle histoire, disons que Jacques Lacoursière représente lce courant, opère une rupture  avec  l’histoire antiquaire. On veut apprendre ce que mangeaient les hommes d’autrefois, ce qu’ils buvaient, avec quels tissus ils pouvaient s’habiller et dans quelle couleur, ce qu’ils utilisaient comme décoration, quels étaient leurs formes de politesse, comment ils se lavaient, quels étaient leur pratiques lors d’un deuil, comment ils concevaient l’orientation, l’organisation d’une maison, s’ils avaient des choix en matière de symbolique des couleurs et pourquoi etc.

Face à l’histoire nous avons tous une paire de lunettes et notre paire de lunettes  est différente de celle de notre voisin.  Résultat de notre statut  social, de notre histoire personnelle, de notre personnalité. Tous ces éléments orientent notre perception, notre jugement et  notre action.

Définition de nationalisme

C’est une idéologie politique moderne fondée sur le principe de l’autodétermination des peuples, ou sur le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

On considère généralement l’existence de deux types de nationalisme:  Un nationalisme libérateur, c’est une idéologie et une action politique qui visent à l’indépendance d’une nation lorsqu’elle est placée sous une domination étrangère. Le nationalisme peut aussi chercher à défendre une culture opprimée ou niée par un occupant ou dissoute au sein d’un ensemble plus vaste.

Ce nationalisme s’appuie alors sur l’unité historique, culturelle, linguistique de la population. Il est fondé sur le principe d’autodétermination des peuples (droit des peuples à disposer d’eux-mêmes) avec pour conséquence la souveraineté populaire et l’indépendance de l’État sur un territoire national.

Un nationalisme dominateur, c’est une idéologie politique qui donne la primauté à la nation par rapport à toute autre considération dans les relations internationales.

Ce nationalisme peut trouver son origine dans des peurs provoquées par des dangers extérieurs ou par un ennemi intérieur (xénophobie, antisémitisme). Il conduit alors à un certain isolement et au retour vers le système de valeurs sur lequel est fondée la nation. Ce nationalisme est une des caractéristiques du Front National en France et des nouveaux mouvements politiques d’extrême droite.

Certains différencient les différents nationalismes sur la base du statut accordé ou refusé à leurs nations :

1) le nationalisme des “peuples sans États“ comme les Bretons ou les Basques  qui réclament l’autonomie, voire l’indépendance politique et administrative ;

2) le nationalisme des peuples dont les États ne sont pas souverains, comme les Québécois, les Écossais, Les Catalans, les Portoricains qui réclament un plus grand niveau d’autonomie politique ;

3) celui des États eux-mêmes, comme la France .

Lorsqu’il découle d’une volonté de puissance, de grandeur et de domination, le nationalisme conduit alors à un expansionnisme agressif : l’impérialisme, au colonialisme, cherchant parfois une justification dans l’Histoire même très ancienne. Ainsi, dans la première moitié du XXe siècle, le nationalisme a été à l’origine du fascisme italien et du national-socialisme allemand (nazisme).

Il ne faut pas  confondre le nationalisme au patriotisme, qui peut pourtant en constituer un moteur, ni avec le chauvinisme qui est un patriotisme exagéré et agressif.

Le nationalisme est un terme ambigu quand il n’est pas défini. Il entend toujours défendre une identité nationale, justifiée par une communauté historique et culturelle, face à une agression extérieure, réelle ou supposée. Il semble avoir besoin de désigner un ennemi pour exister.

Les nationalismes libérateurs ou défensifs, entre autres, ont pour but déclaré de libérer une nation de l’emprise d’une autre entité perçue comme dominante. On peut situer dans ce courant :

1) le nationalisme catalan

2) le nationalisme écossais,

3) le nationalisme québécois

4) le nationalisme wallon

5) le nationalisme flamand

Définition de l’intégrisme

L’intégrisme est une doctrine visant à maintenir la totalité d’un système ou d’une religion. Il s’apparente au conservatisme.  C’est une attitude fortement résolue d’opposition à toute évolution et à tout développement.

C’est une attitude religieuse basée sur le strict respect des dogmes, des écrits et des principes fondamentaux dans différentes religions. Les intégristes sont souvent perçus comme des fanatiques, des fondamentaliste.

C’est une doctrine préconisant le respect intégral du dogme et de la tradition. Dans l’Église catholique, l’intégrisme s’est opposé au catholicisme social, puis aux réformes introduites par le concile de Vatican II. On parle également d’intégrisme pour désigner toute forme de conservatisme religieux, y compris dans les domaines judaïque et islamique. C’est l’attitude de ceux qui refusent l’évolution d’une doctrine. Il vise à intégrer toute la vie dans la doctrine religieuse qu’il défend. On parle d’intégrisme pour désigner toute forme de conservatisme religieux.

Le Régime français

Selon l’Histoire des Frères des Écoles Chrétiennes, toute l’histoire de la colonisation de la Nouvelle-France reposait sur l’évangélisation des indigènes.   Mais soyons clair, la France cherchait avant tout  une route vers l’Asie et toutes ses actions avaient un caractère commercial.  C’était vrai en 1534, c’était vrai avec la mise sur pied par Richelieu de la Compagnie des Cent-Associés en 1627.  La traite des fourrures a toujours été la pierre angulaire de la colonisation

Le premier appareil politique en Nouvelle-France, le Conseil souverain, verra le jour en 1663 et la Nouvelle-France sera élevée au statut de province française.

Le premier vrai personnage politique en Nouvelle-France sera Jean Talon (1665-1668 et 1670-1672) Il doit régler la justice, la police, les finances, l’industrie, le commerce.  Mais ses actions seront contrecarrées par la Mère-Patrie.

Le Régime anglais

L’Acte de Québec en 1774 achète la paix de la colonie française catholique.  L’Angleterre veut s’assurer de la loyauté des canadiens-français dans l’éventualité de la révolution américaine.

À l’hiver 1775-1776,  nous sommes des sujets américains pour plus ou moins six mois.

En novembre 1806, le premier journal français voit le jour :  “Le Canadien“ est de tendance libérale et nationaliste.

Le 28 février 1838, Robert Nelson proclame l’indépendance du Bas-Canada et, entre autres,  la séparation de l’Église et de l’État.

À l’hiver 1838-1839, Mgr Lartigue de Montréal dénonce le Rapport Durham dont le but est d’angliciser les canadiens-français.

En 1845, François-Xavier Garneau devient notre premier historien.

Le Canada

Le 15 juillet 1867, Pierre-Joseph-Olivier Chauveau devient le premier “premier ministre“ du Québec, c’est un conservateur.

En décembre 1897, le gouvernement de Félix-Gabriel Marchand projette la création d’un véritable ministère de l’éducation.  La Loi sera adoptée, mais elle sera rejetée par le Conseil législatif sous les pressions épiscopales et celles de Mgr Bruchési, évêque de Montréal.

En 1915, l’abbé Lionel Groulx sera l’un des premiers à décrire la Conquête comme un désastre pour le peuple français d’Amérique

En décembre 1917, le député Joseph-Napoléon Francoeur propose rien de moins que le Québec se sépare de la Confédération canadienne.  La crise prend une telle ampleur,  que la Gendarmerie royale du Canada, qui ne peut plus contenir les foules de manifestants, appelle l’armée en renfort.

Le 1er et 2 avril 1918, l’armée fait feu sur les manifestants : 4 sont tués, plusieurs sont blessés et la police procède à 58 arrestations.

En 1932, l’Ontario et le Québec s’opposent au rapatriement de la constitution canadienne à un point tel que le projet reste en plan.  Ils craignent qu’une constitution canadienne donne trop de pouvoir au gouvernement fédéral.

Le 24 juin 1940, le premier ministre Mackenzie King déclare : “Le gouvernement que je dirige ne présentera pas de mesure de conscription des canadiens pour le service outre-mer“.

Le 27 avril 1942, la conscription est adoptée lors d’un plébiscite.  Le  Québec répond NON dans la proportion de 71,2%.  Le 8 autres provinces disent OUI à 63,7%.

Le Québec

Le 22 juin 1960, élection de Jean Lesage et du Parti libéral qui préconise un réformisme hardi.

Le 20 avril 1968, élection de Pierre Elliott Trudeau, c’est le début de la trudeaumanie.

Dans la nuit du 15 au 16 octobre 1970, Pierre Elliott Trudeau décrète la Loi des mesures de Guerre.

 En juin 1971, le gouvernement fédéral soumet aux provinces, lors de la Conférence de Victoria, un projet d’entente constitutionnelle. Pierre Elliott Trudeau tente de rallier Robert Bourassa à sa cause sacrée.  Il passera bien près de réussir, mais, refusant de lâcher du lest dans les revendications sociales [et sécurité du revenu], Pierre Elliott Trudeau fournit au Québec la raison de son refus.  Trudeau ne lui pardonnera jamais cet affront, traitant Robert Bourassa avec morgue, le qualifiant même, un jour de dépit, de mangeurs de hot-dogs

Les 4-5 novembre 1981, après 117 ans d’histoire, le concept de deux peuples fondateurs que la Grande-Bretagne avait reconnue implicitement dans l’Acte de Québec et dans le rapport Durham disparaît dans la nouvelle constitution canadienne.

Le 17 avril 1982, sans le consentement du Québec, le Canada, en présence de la reine Élisabeth II du Royaume-Uni, promulgue officiellement la nouvelle constitution.

Le 9 mai 1987, le ministre québécois Gil Rémillard énonce cinq conditions minimales  et fondamentales pour que le Québec appose sa signature à la constitution canadienne:

1) Reconnaissance du Québec comme société distincte; 2) Droit de veto sur tout changement à la Constitution; 3) Garanties concernant la nomination de juges québécois à la Cour suprême du Canada, un tiers des juges doivent être québécois; 4) Garanties aux provinces refusant de participer à des programmes fédéraux de recevoir des compensations financières, c’est la limitation du pouvoir de dépenser d’Ottawa;   5)  Prise en charge complète par le Québec de l’immigration sur son territoire.

En juin 1987, fin des pourparlers autour de l’Accord du lac Meech qui se terminent à Ottawa. On propose d’octroyer au Québec cinq des revendications traditionnelles: 1) les sénateurs et les juges de la cour suprême seraient nommés par les provinces;  2) les provinces pourraient prendre part à la politique d’immigration; 3) les provinces auraient le privilège de réclamer une compensation financière si elles ne se joignent pas aux programmes fédéraux dans leur domaine de juridiction; 4) la formule d’amendement prévoirait que la règle d’unanimité s’étende pour couvrir les institution centrales; 5) le Québec jouirait d’une reconnaissance de société distincte en matière de langue, de culture et de système légal. De plus, le Parlement fédéral et tous les parlements provinciaux doivent, pour qu’il fasse force de loi, entériner cet accord avant le 23 juin 1990.

Le 12 juin 1990, le député néo-démocrate manitobain Elijah Harper utilise les règles de procédures pour bloquer le dépôt de ratification de l’Accord de lac Meech.

Le 22 juin 1990, à Terre-Neuve, Clyde Wells refuse de ratifier l’Accord et ajourne sine  die les travaux du Parlement terre-neuvien.

Le 22 juin 1990, Robert Bourassa déclare à l’Assemblée nationale: “Le Canada anglais doit comprendre de façon très claire que, quoi qu’on dise et quoi qu’on fasse, le Québec est, aujourd’hui et pour toujours, une société distincte, libre et capable d’assumer son destin et son développement”.

Le 27 octobre 1995, entre 40 000 et 100 000 Anglo-canadiens viennent manifester à Montréal pour inciter les Québécois à voter NON au référendum. Ils bénéficient de 90% de rabais sur leur transport en avion ou en train.

Le 21 mai 1997, l’Assemblée nationale adopte à l’unanimité la résolution suivante : “Que l’Assemblée nationale exige de l’ensemble des hommes et femmes politiques du Québec qu’ils reconnaissent la volonté démocratique des Québécoises et des Québécois qui s’est exprimée lors du référendum du 30 octobre 1995 tenu en vertu de la Loi sur les consultations populaires, reconnaissant ainsi le droit fondamental des Québécoises et des Québécois de décider de leur avenir en vertu de cette loi“.

Le 18 novembre 1997, adoption de l’amendement qui abroge l’article 93 de la Constitution de 1867, celui qui faisait obligation au Québec de maintenir un système scolaire accordant des privilèges religieux aux catholiques et aux protestants. Cette abrogation permet la création des commissions scolaires [québécisme pour conseils scolaires] linguistiques plutôt que religieuses.

Le 10 décembre 1999, présentation d’un avant-projet de loi (C-20) par lequel le gouvernement fédéral déclare qu’il ne négociera jamais la souveraineté assortie d’un partenariat, jugera toujours insuffisante une majorité de 50 % plus une voix et exigera que les frontières fassent partie d’éventuelles négociations (accréditant ainsi la thèse partitionniste).  Dès le   16 décembre 1999, l’Assemblée nationale dépose à son tour un projet de loi (99) en réponse à celui d’Ottawa par lequel il affirme le droit des Québécois à disposer d’eux-mêmes, réaffirme l’égalité des votes et la règle démocratique fondamentale du 50 % + 1. “Il préserve notre liberté d’expression et notre droit de choisir, aujourd’hui et pour toujours, notre destin national“, de dire le premier ministre Lucien Bouchard.

Les idéologies québécoises

La Révolution tranquille

L’expression Révolution tranquille apparaît pour la première fois à Toronto dans un article du Globe and Mail, sous la forme de Quiet revolution. Entre la révolution culturelle chinoise et la révolution des oeillets au Portugal, le Robert la consacre et la fait dater de 1960, l’ayant notée dans un éditorial du Devoir cette année-là. Aucune des sources consultées ne donne de datation officielle pour la naissance de l’expression. Sa bonne fortune au Québec tient en ce que très rapidement elle s’est chargée de connotations positives et s’est faite le synonyme d’une action de gagnants.

Les historiens ne s’entendent pas pour en délimiter les frontières temporelles, car selon qu’on met l’accent sur les transformations culturelles, la réforme politique ou le développement économique, il faut situer le début dans les années 50, au “Désormais“ de Paul Sauvé à la fin de 1959, à l’élection qui porte le parti libéral de Jean Lesage au pouvoir le 22 juin 1960 ou à la création de sociétés d’Etat dans les années suivantes. Quant à son point de chute, les uns le voient dans la reprise du pouvoir par l’Union nationale en 1966, les autres dans les Evènements d’octobre 1970, et certains ne le voient pas encore! Quoi qu’il en soit, on utilise la formule “Révolution tranquille“ pour désigner cette gerbe symbolique qui rassemble tous les changements profonds de la société québécoise pendant la décennie 60. Par contre, les années 70 apportent leur lot de transformations, peut-être plus profondes encore que les précédentes: le féminisme,  la sensibilisation aux droits de la personne,  une morale centrée sur la responsabilité de l’individu, etc…., mais les changements ont lieu sur un plan différent et selon un autre système de valeurs que celui qui dynamisait les actions collectives des années 60.

Chez tous les auteurs, historiens, sociologues et politicologues qui ont écrit sur la Révolution tranquille, le maître-mot pour la décrire est modernisation. Suivent ceux de développement et de rattrapage. L’ensemble des actions recueillies en constellation dans ces mots-clés doit porter avant tout sur l’économique et la réforme de l’appareil politique, les deux étant intimement liés. Le postulat fondamental de la Révolution

tranquille  voulait que la seule façon de promouvoir le développement du Québec fut d’étendre les pouvoirs et les activités du gouvernement.

1) Économiquement, le gouvernement nationalise la presque totalité des grandes compagnies d’électricité et les confie à Hydro-Québec. Il crée aussi plusieurs sociétés d’Etat pour servir de moteurs dans des secteurs nouveaux ou de support à l’entreprise autochtone: la Société générale de financement (SGF) qui devient actionnaire important dans plusieurs entreprises privées, la Caisse de dépôts et de placements, SIDBEC, SOMA, etc. Il prend à sa charge le réseau des affaires sociales, achète les hôpitaux possédés surtout par les communautés religieuses, instaure l’assurance-hospitalisation et crée de nouveaux ministères comme celui des Affaires culturelles  et des Richesses naturelles que dirige René Lévesque. On parle bientôt d’État-providence. René Lévesque, Paul Guérin-Lajoie, Georges-Émile Lapalme, Éric Kierans ont joué un rôle de premier plan, ce sont les 4 acteurs principaux avec Jean Lesage.

2) Ces nouvelles structures offrent dorénavant d’énormes possibilités de carrière pour de jeunes administrateurs. Mais elles demandent aussi beaucoup de compétence. Pour attirer ces nouveaux gestionnaires, il faut réformer la fonction publique pour en faire une machine apolitique, efficace, stable et vraiment au service de l’État. Cette réforme obtient un réel succès; Lesage et ses principaux ministres vont chercher les Claude Morin, Jacques Parizeau, Michel Bélanger, Arthur Tremblay, Claude Castonguay, Rock Bolduc, Guy Frégault, Louis Bernard, Pierre Marois, etc.

3) Pour former ces nouvelles compétences en grand nombre et pour de multiples fonctions scientifiques et administratives, il fallait réformer tout le système d’éducation, tant dans ses structures de fonctionnement que dans ses programmes, en rendre l’accès possible à un très grand nombre, en articuler mieux les niveaux. Cela exigeait d’en faire une responsabilité d’État et non plus du clergé qui l’avait créé et le contrôlait presque entièrement. Il fallait le décléricaliser, le professionnaliser – faire des enseignants de véritables professionnels de l’enseignement – et lui insuffler un nouvel esprit. Cela signifiait aussi que les objectifs et contenus de l’enseignement seraient dorénavant définis par l’État et non plus par des groupes de clercs, quoique, dans les structures, les commissions scolaires demeureraient officiellement confessionnelles, mais les cégeps ne le sont pas, ni la nouvelle Université du Québec, et les universités traditionnelles cessent bientôt de l’être. Cela ne va pas sans opposition, mais finalement le ministère de l’Éducation est créé en 1964, de nouveaux programmes pleuvent sur les pupitres des enseignants, de nouvelles structures dont celle des collèges d’enseignement général et professionnel (CEGEP) mis en place à partir de 1967 articulent plus logiquement les niveaux et l’accessibilité du réseau est gratuite jusqu’à l’université où les frais sont gelés et le demeurent jusqu’en 2006-7. On parle de plus en plus de l’éducation des adultes et d’éducation permanente. Toutes les entreprises modernes, d’ailleurs, affirmaient le besoin d’une main-d’oeuvre plus spécialisée et plus éduquée. On claironne partout le slogan Qui s’instruit s’enrichit.

4) Dans cette tâche, le gouvernement a besoin des syndicats non seulement pour assurer la bonne mise en place des réformes, mais aussi comme appui contre le clergé et les autres forces conservatrices. C’est pourquoi il permet la syndicalisation de la fonction publique et para-publique, décrète un nouveau Code du travail en 1964. Il en résulte un développement considérable du syndicalisme tant en nombre, surtout pour la CSN, qu’en force de pression. En grande partie sous la pression des nouveaux syndiqués, souvent plus scolarisés et plus revendicateurs, les grandes centrales syndicales deviennent un nouveau pouvoir, se radicalisent idéologiquement, se transforment en bouillons de culture où fomentent de nouvelles analyses laïques et politisées du travail. On commence à parler de luttes des classes.

5) Parallèlement, plus le nombre de gestionnaires et d’administrateurs compétents augmente, plus on trouve de jeunes Québécois francophones qui lorgent du côté de la grande entreprise et qui veulent y faire leur nid. Ainsi, Hydro-Québec, les sociétés d’État et leur participation à l’entreprise privée ont aidé toute une nouvelle génération d’administrateurs à se faire les dents et à ne plus accepter la sous-représentation traditionnelle des francophones aux échelons supérieurs. L’administration fédérale, totalement anglophone, n’offrait pas de débouchés à celui qui refusait de s’assimiler à la majorité. On commence alors à voir une génération de nouveaux entrepreneurs qui affrontent directement la concurrence, développent leurs entreprises et se font une place dans la grande structure économique.

6) Le développement économique et l’accroissement de la fonction publique entraînent une extension considérable de la classe moyenne et du nombre de professionnels. Ces nouveaux riches – de compétence, de pouvoir et même d’un peu d’argent – veulent vraiment travailler et vivre en français au Québec. Ils deviennent aussi d’avides consommateurs de biens culturels.

7) S’ensuit un nouveau nationalisme, canalisé non plus par la survivance de la race, mais par un avenir à bâtir. La conviction s’est rapidement ancrée chez plusieurs que c’est uniquement par l’État québécois que l’atteinte des plus hauts sommets est possible. Le slogan électoral de Jean Lesage pour l’élection de 1962 – Maîtres chez nous – dévia de plus en plus de son intention originelle maître des leviers économiques importants, pour devenir politique. Lesage devait s’opposer aux fédéraux. C’est lui qui donne à l’État du Québec,  il est le premier chef du gouvernement québécois à utiliser l’expression sa structure de relations politiques internationales. Plus pragmatique qu’intellectuel, il joue à l’apprenti sorcier en cette matière et s’étonne presque quand arrivent les premiers schismes dans son parti. Ce sont toutefois ses réalisations qui débouchent comme naturellement vers ce nouveau nationalisme revendicateur que certains historiens anglophones voient d’ailleurs comme le principal, sinon un des principaux  fruits de la Révolution tranquille.

Le Québec rattrape simplement quelques lourds retards historiques et imite ce que d’autres provinces canadiennes ont déjà commencé à mettre en oeuvre. Là où la formule prend toute sa dimension, c’est lorsqu’on examine les idéologies qui en émergent, c’est-à-dire l’ensemble des visions du monde, des idées, des croyances, des systèmes de valeurs qui légitimisent les actions, leur donnent une perspective téléologique et incitent à l’action. C’est en ce sens que Fernand Dumont affirme en 1971 que pour l’essentiel, la Révolution tranquille a été d’abord elle-même une révolution culturelle. Les grandes transformations économiques et politiques restent encore à faire.

  Principaux éléments idéologiques

1. “On est capable”: La Révolution tranquille a comme principal effet, selon Marcel Rioux, une revalorisation de soi, la réapparition d’un esprit d’indépendance et de recherche, qui avait gelé au cours d’un long hiver qui a duré plus d’un siècle. Les Québécois acquièrent la certitude qu’ils peuvent changer beaucoup de choses s’ils le veulent vraiment. Le slogan du jeune parti Rassemblement pour l’indépendance nationale (RIN) clame partout: On est capable, ce que prouve la réalisation de ce méga-projet qu’est le harnachement des rivières Manicouagan et Outardes mis en branle au début de la décennie. Tous les jours, lors de l’exposition universelle de Montréal, en 1967, les milliers de visiteurs pouvaient assister en direct, sur écran géant, à la construction du barrage de Manic 5, le fleuron de la nouvelle technologie autochtone. Ce nom de Manic prend une telle charge symbolique que non seulement un chansonnier en fait le titre d’un succès du palmarès et qu’un cinéaste en fait l’élément déclencheur d’une intrigue (La neige a fondu sur la Manicouagan d’Arthur Lamothe) après lui avoir consacré un documentaire (De Montréal à Manicouagan), mais une marque de cigarettes l’adopte pendant quelques années et on l’utilise pour nommer la première automobile produite localement. À mesure que les réalisations concrètes se découpent sur l’horizon réel et prennent place dans l’horizon symbolique se développe une nouvelle confiance en soi. Non seulement les Canadiens français cessent de douter d’eux-mêmes, mais ils veulent surpasser en créativité leurs cohabitants du continent nord-américain.

2. De Canadien français à Québécois: nous avons évoqué  les revendications politiques ayant comme a priori que seul le gouvernement du Québec était à même de satisfaire toutes les ambitions des Canadiens français. Très rapidement, un grand nombre de citoyens prennent conscience que le vocable Canadien ne recoupe pas du tout le même ensemble quand il se traduit en “Canadian“; que pour les “Canadians“, les “French Canadians“ appartiennent à une race à part et plus ou moins inférieure. Au début de la décennie, l’affirmation d’une identité canadienne-française se fait généralement dans la fierté. Mais rapidement, les milieux intellectuels, surtout les radicaux, en font un symbole d’aliénation, de dépersonnalisation, de déculturation et de statut minoritaire et ils se mettent à se définir comme Québécois, terme jusque-là réservé pour désigner les habitants de la ville de Québec. Vers 1961, Claude Gauthier faisait plastronner son Grand six pieds à coups de “Je suis de nationalité canadienne-françai-ai-ai-se”; cinq ans plus tard, il chantait encore plus fièrement sa “nationalité québécoise-françai-ai-ai-se”. Et il n’y avait pas que les nationalistes partisans pour l’applaudir. Car s’afficher Québécois, c’était s’affirmer et surtout se voir soi-même comme majoritaire sur son territoire plutôt que minoritaire au Canada et en Amérique du Nord, plus ou moins rapetissé dans le regard de l’autre.

3. Laïcité : Hasard historique, la Révolution tranquille se déroule parallèlement au grand Concile oecuménique de Rome (1962-1965) qui vise à une mise à jour de l’Eglise catholique. Là aussi, on parle beaucoup de modernisation, thème que diffuse à un large public la populaire émission télévisée dominicale “L’heure du Concile”. Cela explique en partie la rapidité et la facilité avec lesquelles la décléricalisation et la profanation se déroulent, l’aisance à se débarrasser des vieilles peurs. Le pouvoir clérical s’écroule abruptement dès que celui de l’État s’affirme: là où l’État se développa, l’Église recula, tantôt en résistant, tantôt avec soulagement; les syndicats congédient leurs aumôniers. À l’intérieur de l’Église même, il se transforme. Beaucoup de prêtres, de religieux et de religieuses défroquent; d’autres cherchent à faire route avec le monde ordinaire: les prêtres-ouvriers, les animateurs de pastorale. Les costumes religieux, à commencer par les soutanes, disparaissent de la rue. Malgré la modernisation de la liturgie, adoption de la langue du peuple, nouveaux rituels, musiques rajeunies, le renouvellement de la catéchèse, les églises se vident progressivement. De tout cela émerge non seulement de nouveaux rapports avec l’autorité, mais une vision profane du monde dans laquelle les nouvelles élites ne reconnaissent plus au clergé de rôles de définisseurs. On n’assiste pas à des profanations au sens strict, là aussi, on reste bien tranquille, on range plutôt les symboles du sacré dans les musées, ou bien on les folklorise, les chandeliers sur les tables des salles à dîner…, ou on leur redonne une valeur utilitaire: les bancs d’église dans les chalets de campagne…. Devant ce nouveau monde  et cette invitation au dialogue, l’Eglise se tait de plus en plus.  Plus personne ne veut croire qu’il est “né pour un petit pain”. De moins en moins de gens n’écoutent le “Bienheureux les pauvres” de l’Évangile, à moins qu’il ne soit énoncé par le militant de la JEC ou le prêtre-ouvrier qui ajoute immédiatement: “bienheureux parce qu’ils luttent pour ne plus rester pauvres”.

4. Une morale personnaliste: Les années 60 ne manquant pas de bouillons de culture pour toutes les expériences possibles, ce fut sans doute la contre-culture californienne, surtout le mouvement hippie, qui fournit la nouvelle morale. La nouvelle morale cogne le plus fort là où les tabous avaient été les plus contraignants: le domaine de la sexualité. La libre circulation dans l’espace moral emprunte des voies plus ludiques. On passe de la soumission au devoir au règne du plaisir. La notion de péché disparaît rapidement pour laisser place à celle de responsabilité et “le bonheur est la seule vertu”, chante Renée Claude. Virginité, chasteté et fidélité se cherchent de nouvelles connotations. Le pape Paul VI a beau interdire les moyens chimiques de contraception, les curés à la base refusent de transmettre le dictat et même chez les catholiques, la fameuse pilule connaît une utilisation généralisée. La situation des femmes, les relations hommes-femmes, le couple et la famille se voient transformés par ce nouveau contexte.

5. Égalité et indépendance: Ces deux mots représentent les deux volets de la nouvelle condition revendiquée par les femmes. Le mot féminisme est peu employé encore: la Fédération des femmes du Québec, en 1965 se forment. La prospérité économique aidant, plusieurs secteurs d’emplois commencent à s’ouvrir pour les femmes. Dans l’éducation, elles obtiennent le salaire égal pour le travail égal et travaillent à étendre cette situation dans tous les secteurs. Une première députée, Claire Kirkland-Casgrain, a été élue à Québec en 1961 et elle est bientôt nommée ministre. La pilule contraceptive rend possible le choix du moment pour les maternités, stabilisant ainsi la présence dans les milieux de travail et offrant plus de choix de carrière. De nouveaux rapports amoureux deviennent aussi possibles.

6. La nouvelle famille: La génération d’hommes et de femmes qui se marient entre 1945 et 1960 génère tellement d’enfants qu’on parle de baby-boom. Celle qui suit ne se presse pas trop pour se marier, n’a plus aucune envie de fonder une grosse famille. Contraception aidant, elle retarde les naissances pour mieux assurer la carrière, souvent des deux membres du couple. Beaucoup ne passent même pas à l’église pour régulariser leur union, ni même à la mairie où c’est maintenant possible. À l’exemple des hippies du Sud, certains tentent même la vie en communes, à la campagne, naturellement. L’homosexualité cesse d’être une tare et une nouvelle forme de couple s’affiche timidement. Ces nouveaux modèles sont légitimés par la fameuse loi omnibus de 1968, à Ottawa, mais Pierre Elliot Trudeau, ministre de la justice, avait depuis longtemps proclamé que l’État n’avait pas à intervenir dans ce qui se passe dans les chambres à coucher d’adultes consentants.

7. Un refus moins “global”, mais réel: Le message fondamental du manifeste Le refus global de Borduas  et collègues artistes n’avait rejoint qu’un petit nombre d’artistes et sympathisants depuis 1948. Il décrit maintenant l’idéologie des jeunes essayistes, romanciers et poètes qui rédigent Parti pris, celle des jeunes impatients du Front de Libération du Québec (FLQ) qui se mettent à poser des bombes dès 1963 pour faire exploser quelques symboles de la domination anglophone, celle des étudiants des tout nouveaux cégeps qui font la grève et occupent les institutions pour revendiquer une vie plus harmonieuse.

Maladroitement formulé et le plus souvent mal justifié, le refus est aussi celui du capitalisme nord-américain, au nom d’un vague socialisme qui prend ses modèles dans la jeune révolution cubaine et dans les réalisations de la toute récemment décolonisée Algérie. Le Che devient un modèle. Par contre, pour la majorité, toutefois, le capitalisme tel qu’appliqué au Québec, civilisé par les nouvelles mesures sociales du gouvernement, reste bien perçu

8. La ville comme “terre humaine”: Décriée par l’idéologie agriculturiste de Duplessis, la ville prend maintenant figure de symbole de modernité. C’est là que s’y rassemblent les grandes entreprises et de là que partent les principales initiatives économiques. Montréal voit s’ériger ses premiers vrais gratte-ciel; elle convie toutes les nations à une formidable exposition universelle (1967) d’où ses citoyens reviennent enchantés d’avoir découvert tant de fenêtres ouvertes sur le vaste monde. Mais dans la ville s’exacerbent aussi toutes les contradictions des classes sociales, les inégalités économiques, les querelles linguistiques.

9. La langue de chez nous: On avait connu depuis des décennies les campagnes pour le bon parler français. Les insolences du Frère Untel révèle avec fracas l’échec de ces démarches et lance l’expression “langue jouale”. Jeunes romanciers et essayistes posent maintenant la question: “Quel est le bon parler” ? Pour plusieurs, la réponse est claire, c’est celui du “monde ordinaire” et les Claude Jasmin, Jacques Renaud, André Major écrivent des romans en transcrivant phonétiquement les accents populaires, voulant ainsi faire de ces écrits des gestes de solidarité avec la classe ouvrière. De son côté, l’Office de la langue française, une des premières créatures du nouveau ministère des Affaires culturelles, riposte que “bien parler, c’est se respecter”. Mais encore là, bien parler, c’est parler comme qui ? Comme les gens instruits au pouvoir ? Comme les annonceurs de Radio-Canada ? N’est-ce pas accepter une autre forme de domination ? Et si on ne parle pas comme ces gens-là, est-ce que cela veut dire qu’on ne se respecte pas ? Ce débat, relancé avec encore plus d’ampleur par Michel Tremblay et son théâtre au début des années 70, ne connaît pas encore de dénouement. Un point d’entente, toutefois, entre les jeunes intellectuels populistes et l’Office gouvernemental, c’est qu’il faut accentuer l’affichage français de Montréal, éliminer les discriminations basées sur la langue dans l’emploi, promouvoir l’utilisation de termes français dans tous les domaines. Le bilinguisme à sens unique doit devenir chose du passé. Bataille non encore gagnée, comme on le sait…

10. La solidarité tiers-mondiste: Les intellectuels progressistes des années 50 avaient éveillé la curiosité de plusieurs sur les grands évènements politiques mondiaux: révolution en Chine, conflits en Indochine, guerres d’indépendance en Afrique, etc. Rappelons-nous Point de mire avec René Lévesque. Le mouvement s’accentue dans la décennie suivante et passe de la simple curiosité à la recherche de modèles d’action. La révolution cubaine, la montée d’Allende au Chili, les guérillas latino-américaines et la guerre d’indépendance de l’Algérie deviennent les phares des jeunes révolutionnaires “non-tranquilles” qui leur empruntent même quelques modèles bien concrets d’action. L’affiche de Che Guevarra et ses écrits connaissent leur heure de gloire. Les reportages télévisés en direct de conflits comme la guerre du Viêt-nam apportent une nouvelle conscience planétaire.

La théorie du village global  vient ajouter de nouvelles dimensions  à ce désir de solidarité universelle.

Par contre, beaucoup de citoyens ne sont guère rejoints par les appels au développement et comprennent mal le sens de certaines mesures collectives qui ne les touchent pas personnellement. D’autres regrettent le bon vieux temps où le député distribuait aux militants de la base les emplois dans la fonction publique et les contrats gouvernementaux.

L’évolution des valeurs au Québec

Présentation

Avant la Révolution tranquille

Après la Révolution tranquille

CULTURELLE

• La religion catholique.        La réalité serait plus juste de dire que nous sommes de culture chrétienne-catholique et non de  religion catholique

• Le laïcisme                        

• Des Canadiens français majoritaires s’exprimant en joual.

• Des Québécois multiculturels, acceptant toutes les différences, à l’exception peut-être de leur propre identité. La langue française s’impose de plus en plus par le pouvoir législatif et réglementaire, et de moins en moins par le poids et la cohésion de la population qui la partage  – variable selon les régions.

• La ruralité                                        Pour un grand nombre, nous sommes des ruraux-

• La réalité citadine                        citadins : nous voulons les avantages de la ville sans les inconvénients, mais nous subissons les bouchons

SOCIOLOGIQUE

• Un système de valeurs ayant un pouvoir coercitif puissant, imposé dans un code unique de moralité, enseigné et transmis par des autorités reli­gieuses influentes.

• Des valeurs dites pluralistes mais disjointes ayant peu de pouvoir coercitif à l’échelle de la société entière. On pourrait poser l’hypothèse qu’à un véritable système de valeurs, se seraient substituées les dispositions du code civil et du code criminel.   C’est la notion de la Loi et l’Ordre, mais pour les autres.

ÉCONOMIQUE

• Des activités centrées sur l’extraction des matières premières et la fabrication des produits finis (les secteurs primaire et secondaire d’activités).

• Des activités centrées sur les services (secteur tertiaire). La richesse collective est encore assurée, en bonne part, par l’exportation des matières premières

Mais sans déranger notre environnement : nous voulons le développement des éoliennes, mais pas dans ma cours; nous voulons des autoroutes, mais pas dans mes champs

•  Tendance à l’autosiffisance des communautés locales et régionales.

• Spécialisation des commu­nautés locales et régionales d’où dépendance accrue et interdépendance nécessaire.

Mais depuis 50 ans, nous avons été incapable de résoudre le dilemme : on développe Montréal aux profits des régions ou bien on développe les régions aux profits de Montréal.

• Des services dispensés sous la gouverne d’autorités reli­gieuses (privées), notamment en santé, en services sociaux et en éducation.

• Services assurés sous la gou­verne de l’État (public) notam­ment en santé, en services sociaux et en éducation, après appropriation des infrastruc­tures existantes.

• Le poids des dépenses publi­ques dans l’économie relati­vement faible.

• Rôle économique prédominant des dépenses publiques.

• Le revenu moyen per capita est faible en raison, notam­ment, d’un plus grand nombre de dépendants en moyenne, par chef de famille et chef de ménage.

• Le revenu moyen per capita est plus élevé.

DÉMOGRAPHIQUE

• Encouragement obligatoire  de la natalité; mariages jeunes et indissolubles; le rôle domestique des femmes est dominant; l’unité sociale signi­ficative est associée au ménage et à la famille.

• Chute dramatique de la nata­lité; divorces nombreux; le rôle public des femmes s’accroît; l’unité significative est désor­mais associée à la personne.

• Poursuite de l’occupation du territoire : la colonisation du territoire par l’intérieur.

• Concentration de la population dans les grands centres : le territoire inoccupé est conçu comme réservoir de matière première -  bois, eau, bassin hydroélectrique, etc. -  ou comme zone de loisir, de plein air, chasse, pêche, randonnée pédestre, motoneige, etc.

POLITIQUE

• Reconnaissance opération­nelle du principe des “trois pouvoirs“ disjoints et antago­nistes :

1) judiciaire;

2) exécutif : le gouvernement sous l’autorité du premier ministre;

3) législatif : le parlement où s’exerce le pouvoir de représentation sous l’autorité du représentant de la Reine.

• Neutralisation du pouvoir législatif (avec la dissolution du Conseil législatif en 1968). Prédominance du pouvoir exé­cutif; les pouvoirs du premier ministre étant comparés à ceux d’un monarque élu, le titre en moins, pour une période de quatre ans. Dans ce contexte, les députés sont assujettis aux lignes des partis politiques et à l’autorité des chefs de parti.

. Le pouvoir administratif est faible

• Le pouvoir administratif est dominant : il prépare les projets de loi à l’intention du Conseil des ministres présidé par le premier ministre, lequel les fait entériner par le parle­ment selon les orientations définies aux programmes des partis politiques.

• Eu égard à la faiblesse des dépenses publiques dans le PIB, l’influence exercée par les lobbies sur les pouvoirs politi­ques est peu diversifiée et plutôt faible, à l’exception des grandes entreprises d’exploitation de matière pre­mière d’origine étrangère, des autorités religieuses et des entrepreneurs en voirie.

• Eu égard à l’importance éco­nomique considérable des dépenses publiques, se sont ajoutées les influences exer­cées par une multitude de groupes de pression et d’intérêt, de syndicats, etc. aux intérêts parfois des plus diver­gents, mais dont la multitude se calque sur les formes de l’activité gouvernementale.

• Aucun débat majeur mettant en cause l’appartenance au régime fédéral canadien.

• La question de l’indépen­dance du Québec apparaît être le seul débat de société ayant cours depuis la fin des années 1960.

• Expérience limitée des conflits engageant des collectivités les unes contre les autres. Cette expérience se résume à une participation à deux grands conflits mondiaux (1914-18 et 1939-45) c’est-à-dire à la dimension physique de la guerre et, de surcroît, sur des terrains d’opération étrangers.

• Peu d’aptitude à reconnaître les manifestations d’une guerre économique, engagée entre les régions et au sein même de la société québé­coise; les rivalités de cet ordre étant perçues davantage comme le fait d’un conflit entre le Québec (le Bas Canada dont le champion se veut incarné par le gouvernement provincial) et l’Ontario (le Haut Canada dont le champion est associé au gouvernement fédéral).

• Deux parlements, un provincial et un autre fédéral qui permettent l’exercice du pou­voir de représentation des inté­rêts collectifs de chaque comté électoral, par le truchement d’un député provincial et d’un député fédéral élus démocrati­quement dans chaque cas.

• Une constitution canadienne qui reconnaît au Québec 75 sièges au parlement fédéral pour autant de comtés électo­raux; chaque comté étant délimité géographiquement sur la base de critères démogra­phiques, soit la population du dernier recensement divisée par 75, plus ou moins 25 %.

• Dans un tel contexte, les régions du Québec n’ont pas légitimité politique perma­nente, contrairement au Québec lui-même en tant que région canadienne. Rien ne s’oppose donc au démantèle­ment de la société québécoise par l’intérieur, que ce soit par la mise en place de facteurs internes ou externes.

L’évolution sociale au Québec

En lisant l’Histoire du Québec, nous aurons nos propres situations qui seront, à nos yeux, des éléments déclencheurs. Je retiens 8 éléments.

Une date importante, pour ne pas dire la date importante, moins spectaculaire que bien d’autre situations mais qui est UN signal de départ,   dans l’évolution sociale au Québec.  C’est la création de l’École des sciences sociales de l’Université Laval par le père Georges-Henri Lévesque (1903-2000) en 1938, devenue faculté en 1943.  La  mise pied de cette école a façonné le Québec moderne. Nous voyons apparaître 4 nouvelles orientations.

1) 4 nouvelles valeurs communes

a) l’élargissement de l’accès à l’éducation aux niveaux secondaire, collégial,                         universitaires  à toutes les couches sociales;

b) le droit de tout citoyen à la santé par la gratuité des soins hospitaliers et des soins médicaux indépendamment de la capacité de payer;

c) la transformation de la charité publique en bien-être social. La charité privée, organisée  et  financée localement, régie par des organismes communautaires ou religieux qui en  définissaient les bénéficiaires et en déterminaient les normes, se transformera en un système public financé par l’État qui détermine les critères d’admissibilité des citoyens et les modalités d’application, le tout géré par des fonctionnaires de l’État ;

 d) la redistribution de la richesse par la législation du travail qui permet la syndicalisation du monde ouvrier ensuite élargie aux employés de l’État.

2) Un survol de l’histoire : deux histoires du Québec

En premier lieu, il faut signaler l’énorme fossé qui sépare ce qui s’écrit sur le Québec en anglais de ce qui s’écrit en français. Ce fossé existe tant au chapitre de ce qui s’écrit dans les articles des journaux, dans le courrier du lecteur, que dans les livres d’histoire, les textes d’introduction en sociologie, les écrits de sciences politiques.

Déjà au milieu des années soixante, la Commission royale d’enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme  déplorait l’écart entre l’enseignement de l’histoire du Canada en français et en anglais. Elle exhortait les historiens à le rétrécir pour parvenir à une histoire commune. Mais bien au contraire, le fossé a continué de se creuser au fil du temps, depuis la conférence constitutionnelle de Victoria en 1971 jusqu’au rejet massif de l’accord de Charlottetown de 1992, refusé autant par les anglophones du Canada que par les francophones du Québec. Le fossé est devenu abîme.  Ce fossé historique perdure et s’aggrave avec le temps.

3) Les notions de “national unity“ et l’unité nationale

L’équivoque politique au Canada qui perdure et dont on ne parle jamais, c’est que “national unity“ et “unité nationale“ ne signifient pas la même chose. En anglais, l’expression recèle une idée sous-jacente, celle d’une nation unilingue, idée qui ne s’exprime pas dans les dis­cours publics des anglophones hors Québec, mais par leurs conduites dans la vie quotidienne. Au rêve de la “national unity“ vient s’opposer le rêve de l’indépendance nationale.

4) La légende des deux peuples fondateurs

La légende des deux peuples fondateurs ne peut être attribuée à l’Église catholique. La création de la Confédération canadienne est le résultat d’un acte du Parlement impérial. L’intention étant de s’approprier le territoire au nord du 49e parallèle, d’un océan à l’autre (comme le souligne la devise canadienne : A mari usque ad mare, l’urgence d’établir le dominion était grande, à cause du mouvement des États-Unis vers l’océan Pacifique, d’où la nécessité de prendre possession des territoires non peuplés dans ce qui deviendra les provinces de l’Ouest canadien. L’unité territoriale du pays sera assurée par la construction de deux chemins de fer nationaux traversant d’est en ouest le continent. Le projet politique incluait la mise en place d’une infrastructure en vue de faciliter l’exportation vers la Grande-Bretagne et l’étranger du blé de l’Ouest et de la production issue de l’industrialisation capitaliste naissante en Ontario. (le développement du Canada ressemble à s’y méprendre à la colonisation de la Nouvelle-France)

Les instigateurs de ce projet n’avaient certainement pas l’intention de proclamer que le Dominion of Canada s’appuyait sur un “pacte entre deux peuples fondateurs“. Pourtant, c’est précisément cette croyance populaire qui fut l’assise de l’assentiment des francophones à la grandeur du pays. C’est également cette légende qui ennoblit la participation des élites francophones à la vie politique et aux institutions de la Confédération. Cette légende des deux peuples fondateurs, l’historien Ramsay Cook l’a démolie sur le plan historique, et Pierre Elliott Trudeau (biculturalisme VS multiculturalisme)  l’a foulée aux pieds pour se tailler une place de “great Canadian“ dans l’histoire du Canada anglais, comme en témoigne plus particulièrement son action politique de 1981.

5)  L’action syndicale

Au chapitre de l’action, le procès de la tradition démarre en 1949, à l’occasion de la grève de l’amiante dans la région d’Asbestos. Cette grève se transforme en contestation du régime politique quand deux archevêques entrent en conflit direct avec le gouvernement Duplessis, en se solidarisant ouvertement avec les grévistes [1]. Précisons que la hiérarchie ecclésiastique avait toujours évité auparavant de prendre parti. Les étudiants de la faculté des sciences sociales de l’Université Laval, dirigée par le père Georges-Henri Lévesque, encadrés par des leaders étudiants animés par la JEC universitaire, organisent des quêtes dans les églises pour venir en aide aux ouvriers en grève. La grève est déclarée illégale par le premier ministre Duplessis qui envoie la police provinciale réprimer brutalement les manifestations. Les intellectuels suivent le mouvement d’appui aux grévistes. La faille qui s’ouvre alors entre le régime politique au pouvoir et des éléments importants de la société civile n’allait pas se refermer de sitôt.

Les conséquences de cette grève (que les ouvriers ont d’ailleurs perdue) allaient laisser des traces profondes dans la société québécoise. Le conflit entre la faculté des sciences sociales de Laval et le gouvernement Duplessis s’envenime. Ses diplômés sont exclus de l’embauche dans la fonction publique québécoise. Ils seront reçus à bras ouverts au gouvernement fédéral. Le père Lévesque doit subir un procès ecclésiastique à Rome, dont il sort innocenté.

Le gouvernement de Duplessis, avec la collaboration d’évêques qui lui sont alliés, fait pression à Rome. Mgr Charbonneau était, dit-on, boudé par ses pairs, peu aimé par son clergé, mais très populaire auprès des fidèles. Mal éclairé, Pie XII demande sa démission comme archevêque de Montréal, un geste rarissime dans l’histoire de l’Église. Ce geste soulève à Montréal un mouvement d’indignation populaire sans précédent. Le respect de l’autorité religieuse en prend un coup. Mgr Charbonneau s’exile en Colombie-Britanni­que, dans un monastère de religieuses [2]. L’homme est brisé, détruit. Il mourra en 1959. Sa dépouille mortelle sera rapatriée à Montréal, malgré ses dernières volontés, pour des funérailles grandioses, télévisées, en présence de toute la hiérarchie ecclésiastique et de toute la classe politique. Mais le mal était fait. Le fossé que ces événements ont creusé entre la société et l’Église ne fera que s’agrandir.  (la sécularisation, la chute de la pratique religieuse…)

6)  La revue Cité libre

L’opposition au régime politique de l’Union nationale dirigée par Maurice Duplessis prend de l’ampleur et se cristallise au fur et à mesure que les années cinquante avancent. Le conflit, bien connu des contemporains, entre la faculté des sciences sociales de Laval et le premier ministre Duplessis fait boule de neige dans les milieux universitaires de la métropole. La revue Cité libre, fondée par Pierre Elliott Trudeau et des collaborateurs issus pour la plupart des milieux d’action catholique, devient la publication la plus en vue.

7) De la grève de l’amiante à la grève à Radio-Canada

Cette période a commencé avec la grève de l’amiante, elle se termine avec la grève de Radio-Canada. En fait, il s’agit de la télévision et non de la radio. L’enjeu est le suivant: les réalisateurs de la société d’État veulent former un syndicat de cadres. La direction de Radio-Canada refuse, arguant qu’ils font partie de la direction et ne peuvent donc pas se syndiquer. La grève est déclenchée et dure plusieurs semaines. L’écran du téléviseur continue tout de même de s’animer grâce à la présentation ininterrompue de films, du matin au soir. Les téléspectateurs se plaisent à cette innovation et restent plutôt indif­férents. Peu à peu toutefois, les artistes que la société d’État embauche, puis les étudiants universitaires suivis de leurs professeurs deviennent solidaires des grévistes.

La seule institution du gouvernement fédéral qui est scindée sur une base linguistique en deux divisions distinctes est précisément la Canadian Broadcasting Corporation (CBC) et la Société Radio-Canada. Subventionnée par le gouvernement fédéral, cette société de la Couronne, rend compte de son administration à la Chambre des communes. Ce n’est qu’au sommet que la direction devient unifiée.

Comme la situation ne bouge pas, l’enjeu se transforme : de syndical, il devient politique. Les syndiqués de Radio-Canada demandent l’appui des syndiqués anglophones de la Canadian Broadcasting Corporation. Ils essuient un refus. Les grévistes font pression pour que le gouvernement intervienne. La question devient politique quand l’affrontement conduit à un constat: Si c’était la CBC qui était en grève, le Parlement interviendrait.

Comparons la grève de l’amiante à la grève de Radio-Canada. Dans le premier cas, il s’agissait de la compagnie John’s Manville, une multinationale américaine, avec une direction anglophone, des mineurs francophones dont une bonne partie finissent par être victimes de l’amiantose. Qui, au bout du compte, blâme-t-on ? Maurice Duplessis et la police provinciale.

Dans le cas de la grève de Radio-Canada, qui initialement implique uni­quement la direction du réseau français et les réalisateurs francophones, qui est critiqué? Le gouvernement canadien.

Cette apparente contradiction s’explique assez facilement : il y a les Canadians et les Canadiens. Ces derniers constituent une minorité nationale, et bien que l’on définisse la démocratie comme un gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple, au Canada, et c’est normal, mais le Parlement canadien est le gouvernement de la majorité, par la majorité et pour la majorité.

Avec la grève de Radio-Canada, la définition de la situation politique au Québec allait changer et ne serait jamais plus la même.

En effet, la première conséquence d’importance fut la décision de René Lévesque de quitter Radio-Canada pour entrer, en 1960, dans la vie politique. Ministre des Richesses naturelles dans le gouvernement Lesage de 1961 à 1965, il nationalisera l’industrie de l’électricité. Le slogan du Parti libéral aux élections générales de 1962, “Maîtres chez nous“, donnera un élan nouveau au mouvement national au Québec.

8) La crise des Gens de l’air 1975-76

Peu avant l’élection de 1976 qui allait porter René Lévesque et le Parti Québécois au pouvoir, les pilotes et contrôleurs aériens québécois n’acceptent plus d’être obligés de parler anglais dans l’exercice de leurs fonctions. Ce refus soulève un tollé chez les contrôleurs anglophones au Québec et ensuite dans tout le Canada. Ils recueillent des pétitions dans tout le pays au nom de la “safety in the air“ pour contrecarrer les revendications des Gens de l’air – le nouvel organisme formé par les pilotes et contrôleurs québécois qui ont entre-temps quitté la Canadian Air Traffic Controllers Association (CATCA). La Canadian Airline Pilots Association (CALPA) emboîte le pas. Pierre Elliott Trudeau, premier ministre canadien, voyant le mécontentement que suscite chez les francophones cette mobilisation des anglophones, prend un temps d’antenne à la télévision du pays pour déclarer solennellement que le Canada fait face à la plus grave crise de son histoire. Puis il s’envole vers les Caraïbes, à une réunion du G7, laissant à Otto Lang, son ministre du Transport, le soin de trouver une solution. Celui-ci capitule devant la CATCA et en fait une ques­tion de conscience en autorisant un vote libre à la Chambre des communes. Jean Marchand est le seul ministre à démissionner du Conseil des ministres. Nous venons d’assister à l’écrasement spectaculaire de la politique du bilinguisme de Trudeau, qui avait proclamé le Canada un pays bilingue et multiculturel, par opposition à Pearson qui avait créé une commission d’enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme.

-                la modernisation à l’intérieur de l’Église

-                l’arrivée et le passage de Paul Sauvé

-                la baisse du taux de natalité

-                le passage de la notion d’époux à conjoint

-                la place de la femme

-                les lois 63, 22 – l’affichage en français

-                la crise d’octobre

Le bilinguisme

“… l’expérience qui nous a été transmise jusqu’ici au Canada que paraissent confirmer les exemples belges et suisses,  établit que le bilinguisme ne saurait vivre que s’il s’appuie sur des unilinguismes, sans quoi le bilinguisme est une situation transitoire qui aboutit à l’unilinguisme du plus fort et du plus nombreux“.  André Laurendeau, 18 août 1965

L’évolution linguistique du Canada est nette, quoi qu’en disent les statistiques et les représentants du gouvernement du Canada qui plus souvent qu’autrement mettent de la brume sur la photo de famille.  Le Canada bilingue est une fiction.  La réalité qui va en se consolidant est celle de deux pays linguistiques dans un :  le Québec, qui reste français mais qui devient de plus en plus bilingue, et le reste du Canada, qui est et qui va demeurer anglais.

Hors du Québec, le bilinguisme anglais-français ne survit que dans des micro-climats et est étranger au fonctionnement quotidien du Canada.  On le retrouve d’abord et avant tout chez les francophones minoritaires.  Cela signifie que le français est une langue utilisée quasi uniquement par les francophones entre eux, que la majorité n’éprouve pas le besoin de la connaître, et que la vie des collectivités se déroule en anglais.  Seules 11 villes comptent plus de 10% de citoyens bilingues, dont 6 au Québec.  Les 5 autres sont toutes des lieux où vivent d’importantes minorités francophones : Ottawa, Sudbury, Windsor, Winnipeg, St-John au Nouveau-Brunswick et ont des minorités qui sont bilingues.  Une image dit tout : l’agglomération  de Chicoutimi-Jonquière, qu’on aime bien décrier au Canada anglais

comme le symbole du repli québécois, compte 17% de bilingues et déclasse toutes les capitales de toutes les provinces du Canada, sauf Québec.  Le pays bilingue de Trudeau, après bientôt 50 ans, est resté une vue de l’esprit.  Le Québec est la seule province où l’usage des deux langues est répandu, naturel, normal.

Si l’usage du français perd du terrain chez les francophones hors Québec et n’intéresse qu’à la marge les anglophones des autres provinces, c’est que le Canada n’a pas réussi à en faire une langue utile, indispensable.  Quand des jeunes peuvent encore être embauchés par les institutions fédérales sans être bilingues au préalable; quand on peut encore aujourd’hui devenir chef de cabinet d’un ministre de la Francophonie sans savoir parler français; quand plus de la moitié des ministres fédéraux sont incapables de parler français et qu’un autre  quart du cabinet baragouine le français; quand on n’ose pas obliger tous les câblodistributeurs canadiens à offrir la programmation de RDI et celle de TV5; quand on demande aux canadiens anglais d’éprouver tolérance ou compassion à l’égard des francophones comme s’ils étaient un handicap collectif à surmonter plutôt que des égaux à reconnaître; quand le français n’est rien d’autre qu’une langue de traduction de bas en haut des appareils, des étiquettes de conserves, il n’y a rien d’étonnant à ce que cette langue paraisse aussi peu relié à la vie du Canada que pourrait l’être le sri-lankais si on décidait d’en faire une langue officielle.  Et on ne parle pas des coupes dans le budget de la SRC qui sont toujours plus grandes que dans le budget de la CBC, toutes proportions gardées.

Le bilinguisme canadien c’est pour usage international, pour la belle image du Canada ou pour faire échec au séparatisme qu’on tente de maintenir l’illusion de l’égalité linguistique, qu’on perpétue la fiction du Canada bilingue, malgré les enseignements des recensements. On se vante à Ottawa, en prenant l’année 1996 en référence, qu’il y a 10,000 francophones de plus hors Québec.  Que représente 10,000 francophones de plus lorsque la population canadienne en dehors du Québec s’est accrue de 1,030,415 ?  Pour 1 francophone de plus, il y a 100 non-francophones de plus.  C’est un progrès vers l’insignifiance politique.  En plus, ce gain est attribuable, en très grande partie, par le départ de franco-québécois vers les autres provinces.

Dans toutes les provinces canadiennes à l’exception du Québec, la langue maternelle n’est plus un indicateur fiable pour évaluer les rapports linguistiques.  On peut avoir une langue maternelle et ne plus la parler, ni la transmettre à ses enfants lorsqu’il y a un processus d’assimilation.  Nous devons plutôt nous attarder à la langue d’usage à la maison.  Et dans la très grande majorité la langue maternelle n’est plus la langue d’usage à la maison.  Dans toutes les provinces à l’exception du Québec la proportion de francophones qui parlent le français à la maison a régressé entre 1971 et 2001 de près de 4%, c’est nettement un processus d’assimilation.  Le Canada est un pays où la langue d’usage est de plus en plus l’anglais et de moins en moins le français.

Les derniers recensements indiquent que le bilinguisme progresse au Canada, mais ce sont les francophones qui l’assument, la proportion des bilingues canadiens étant cinq fois plus élevée chez les francophones que chez les anglophones (44% contre 9%).  La majorité des bilingues canadiens habitent le Québec 55%.  Au Nouveau-Brunswick qui est la seule province officiellement bilingue 34% des résidants se déclarent bilingues. Dans les autres provinces ce taux varie de 3% à 12%.

En résumé, l’unilinguisme anglais progresse au Canada, l’unilinguisme français régresse au Québec; le bilinguisme progresse au Québec et stagne de façon générale dans le reste du Canada.

Seul le Québec est en mesure de résister à ce déclin parce qu’il y a encore une majorité francophone qui contrôle le pouvoir politique et se sert de l’État pour préserver l’usage du français dans la vie économique et sociale.  On peut vivre et travailler en français au Québec ce qu’on ne peut pas faire dans les autres provinces canadiennes, exception faite de quelques villes acadiennes.

Certes il y a plus d’immigrants qui apprennent le français au Québec à l’école primaire et secondaire mais cette obligation s’arrête au collégial et il faut constater que lorsqu’ils ont le choix les jeunes issus de l’immigration optent toujours majoritairement pour l’école anglaise au niveau collégial et universitaire ce qui a beaucoup plus d’impact en termes d’intégration sociale et professionnelle.  La motivation des immigrants à adopter le français ne peut qu’être faible et provisoire dans un pays qui est officiellement bilingue et où l’anglais est la langue de la réussite économique et sociale.

Dans l’ensemble du Canada hors Québec, vivre en français est devenu utopique ce qui explique l’assimilation constante des francophones hors Québec quoiqu’en disent toutes les Jean Chrétien, Stephan Harper et Michael Ignatieff de ce monde.  La tendance naturelle est de choisir d’appartenir au groupe socialement et linguistiquement dominant.  Tant que le Québec restera une province canadienne, les flux migratoires affaibliront la prédominance du français.  Tant et aussi longtemps que les québécois seront ambivalents quant à leur statut politique, ils devront porter le fardeau d’un destin incertain.

Souvenons-nous des gaulois… assimilés, plus de sons, plus d’images… fin des émissions.

L’avenir du Québec

Un modèle universel ?

Pour certains, le modèle québécois ne serait en fait rien de plus que le modèle social-démocrate sauce Québec.

Par contre, Julius Grey, avocat et professeur titulaire en droit de l’Université McGill, y voit cependant deux spécificités: son aspect nationaliste ainsi que le fait qu’il soit arrivé plus tard que dans le reste du monde, qu’il soit né adulte.

Me Grey tient aussi à démanteler quelques mythes qui circulent à propos de  l’État québécois:

1) Le public est moins efficace que le privé: en santé, en éducation, en culture et même en économie, le public est aussi efficace que le privé;

2) il faut baisser les impôts: les impôts sont essentiels (…), représentent un outil essentiel de la justice;

3) le syndicalisme est rétrograde : Le syndicat est un élément essentiel dans toute société sociale-démocrate.

Pour sa part, Joseph Facal,  affirme que les Québécois ne veulent pas moins d’État mais mieux d’État.  Il faut s’enlever de la tête que l’État peut tout payer; il faut s’enlever de la tête que le privé peut tout solutionner.

L’ennemi québécois ?

Alors que la majorité des Québécois croient généralement qu’un Québec souverain serait facilement reconnu par le voisin américain, Anne Legaré s’inscrit en faux contre cette hypothèse. Madame Legaré, professeur en science politique à l’UQAM, fut déléguée du Québec en Nouvelle-Angleterre en 1995-96. C’est de cette expérience qu’elle est venue à la conclusion que les États-Unis sont férocement opposés à la souveraineté du Québec. Selon Madame Legaré, les États-Unis sont intervenus dans le passé sur la question de la souveraineté québécoise et ont un plan pour intervenir à l’avenir. Anne Legaré explique cette opposition par le fait que le Canada anglais et les États-Unis forment une «cité sur la colline», c’est-à-dire que les deux pays ont une vision et une culture en commun qui créent l’unité du continent nord-américain. Notre enclave francophone, avec sa culture différente et son interventionnisme de l’État, viendrait donc briser cette unité nord-américaine.

Les deux solitudes

Certaines barrières sont tombées entre anglophones et francophones. S’il est vrai qu’il y a seulement 50 ans de cela, les batailles, au sens propre du terme, entre les deux communautés étaient fréquentes, il est cependant téméraire de prétendre que les barrières sont tombées. Si aujourd’hui francophones et anglophones se parlent, ils se comprennent rarement. Les deux communautés vivent effectivement dans des mondes parallèles. Chacune a des références télévisuelles, littéraires, historiques, culturelles et politiques qui lui sont propres. Peut-on espérer un rapprochement ?

La question reste ouverte.  En attente d’une vision dynamique de l’avenir.  Un jour ou l’autre, le Québec sera un pays, un pays indépendant ; quoiqu’en disent les “canadians“  du reste du Canada.

Note 1 : https://fr.wikipedia.org/wiki/Maria_Chapdelaine

P.S. Conférence donnée par Bernard Fournelle,  à Saint-Bruno le 6.10.2009, à Chambly, en 2 parties, les 3 et 10 décembre 2008 et sous la forme d’un cours de 10 rencontre à Granby à l’automne 2006 dans le cadre de l’Université du 3e âge de l’Université de Sherbbroke.

Texte revu et corrigé le 3 mai 2016



[1]     Il s’agit de Mgr Charbonneau, archevêque de Montréal, et de Mgr Desranleau, archevêque de Sherbrooke. La grève se déroulait dans l’archidiocèse de ce dernier.

 

[2]      Quant à Mgr Desranleau, qui fut également sévèrement réprimandé, il aurait, dit‑on, répondu à Rome qu’il créerait un schisme dans l’Église au lieu de démissionner. Mais, vu la consternation des laïques provoquée par la démission forcée de Mgr Charbonneau, il n’y eut pas de suites dans le cas de Mgr Desranleau.

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