Le bilinguisme

« … l’expérience qui nous a été transmise jusqu’ici au Canada que paraissent confirmer les exemples belges et suisses,  établit que le bilinguisme ne saurait vivre que s’il s’appuie sur des unilinguismes, sans quoi le bilinguisme est une situation transitoire qui aboutit à l’unilinguisme du plus fort et du plus nombreux ».  André Laurendeau, 18 août 1965

L’évolution linguistique du Canada est nette, quoi qu’en disent les statistiques et les représentants du gouvernement du Canada qui plus souvent qu’autrement mettent de la brume sur la photo de famille.  Le Canada bilingue est une fiction.  La réalité qui va en se consolidant est celle de deux pays linguistiques dans un :  le Québec, qui reste français mais qui devient de plus en plus bilingue, et le reste du Canada, qui est et qui va demeurer anglais.

Hors du Québec, le bilinguisme anglais-français ne survit que dans des micro-climats et est étranger au fonctionnement quotidien du Canada.  On le retrouve d’abord et avant tout chez les francophones minoritaires.  Cela signifie que le français est une langue utilisée quasi uniquement par les francophones entre eux, que la majorité n’éprouve pas le besoin de la connaître, et que la vie des collectivités se déroule en anglais.  Seules 11 villes comptent plus de 10% de citoyens bilingues, dont 6 au Québec.  Les 5 autres sont toutes des lieux où vivent d’importantes minorités francophones : Ottawa, Sudbury, Windsor, Winnipeg, St-John au Nouveau-Brunswick et ont des minorités qui sont bilingues.  Une image dit tout : l’agglomération  de Chicoutimi-Jonquière, qu’on aime bien décrier au Canada anglais comme le symbole du repli québécois, compte 17% de bilingues et déclasse toutes les capitales de toutes les provinces du Canada, sauf Québec.  Le pays bilingue de Trudeau, après bientôt 50 ans, est resté une vue de l’esprit.  Le Québec est la seule province où l’usage des deux langues est répandu, naturel, normal.

Si l’usage du français perd du terrain chez les francophones hors Québec et n’intéresse qu’à la marge les anglophones des autres provinces, c’est que le Canada n’a pas réussi à en faire une langue utile, indispensable.  Quand des jeunes peuvent encore être embauchés par les institutions fédérales sans être bilingues au préalable; quand on peut encore aujourd’hui devenir chef de cabinet d’un ministre de la Francophonie sans savoir parler français; quand plus de la moitié des ministres fédéraux sont incapables de parler français et qu’un autre  quart du cabinet baragouine le français; quand on n’ose pas obliger tous les câblodistributeurs canadiens à offrir la programmation de RDI et celle de TV5; quand on demande aux canadiens anglais d’éprouver tolérance ou compassion à l’égard des francophones comme s’ils étaient un handicap collectif à surmonter plutôt que des égaux à reconnaître; quand le français n’est rien d’autre qu’une langue de traduction de bas en haut des appareils, des étiquettes de conserves, il n’y a rien d’étonnant à ce que cette langue paraisse aussi peu relié à la vie du Canada que pourrait l’être le sri-lankais si on décidait d’en faire une langue officielle.  Et on ne parle pas des coupes dans le budget de la SRC qui sont toujours plus grandes que dans le budget de la CBC, toutes proportions gardées.

Le bilinguisme canadien c’est pour usage international, pour la belle image du Canada ou pour faire échec au séparatisme qu’on tente de maintenir l’illusion de l’égalité linguistique, qu’on perpétue la fiction du Canada bilingue, malgré les enseignements des recensements. On se vante à Ottawa, en prenant l’année 1996 en référence, qu’il y a 10,000 francophones de plus hors Québec.  Que représente 10,000 francophones de plus lorsque la population canadienne en dehors du Québec s’est accrue de 1,030,415 ?  Pour 1 francophone de plus, il y a 100 non-francophones de plus.  C’est un progrès vers l’insignifiance politique.  En plus, ce gain est attribuable, en très grande partie, par le départ de franco-québécois vers les autres provinces.

Dans toutes les provinces canadiennes à l’exception du Québec, la langue maternelle n’est plus un indicateur fiable pour évaluer les rapports linguistiques.  On peut avoir une langue maternelle et ne plus la perler, ni la transmettre à ses enfants lorsqu’il y a un processus d’assimilation.  Nous devons plutôt nous attarder à la langue d’usage à la maison.  Et dans la très grande majorité la langue maternelle n’est plus la langue d’usage à la maison.  Dans toutes les provinces à l’exception du Québec la proportion de francophones qui parlent le français à la maison a régressé entre 1971 et 2001 de près de 4%, c’est nettement un processus d’assimilation.  Le Canada est un pays où la langue d’usage est de plus en plus l’anglais et de moins en moins le français.

Les derniers recensements indiquent que le bilinguisme progresse au Canada, mais ce sont les francophones qui l’assument, la proportion des bilingues canadiens étant cinq fois plus élevée chez les francophones que chez les anglophones (44% contre 9%).  La majorité des bilingues canadiens habitent le Québec 55%.  Au Nouveau-Brunswick qui est la seule province officiellement bilingue 34% des résidants se déclarent bilingues. Dans les autres provinces ce taux varie de 3% à 12%.

En résumé, l’unilinguisme anglais progresse au Canada, l’unilinguisme français régresse au Québec; le bilinguisme progresse au Québec et stagne de façon générale dans le reste du Canada.

Seul le Québec est en mesure de résister à ce déclin parce qu’il y a encore une majorité francophone qui contrôle le pouvoir politique et se sert de l’État pour préserver l’usage du français dans la vie économique et sociale.  On peut vivre et travailler en français au Québec ce qu’on ne peut pas faire dans les autres provinces canadiennes, exception faite de quelques villes acadiennes.

Certes il y a plus d’immigrants qui apprennent le français au Québec à l’école primaire et secondaire mais cette obligation s’arrête au collégial et il faut constater que lorsqu’ils ont le choix les jeunes issus de l’immigration optent toujours majoritairement pour l’école anglaise au niveau collégial et universitaire ce qui a beaucoup plus d’impact en termes d’intégration sociale et professionnelle.  La motivation des immigrants à adopter le français ne peut qu’être faible et provisoire dans un pays qui est officiellement bilingue et où l’anglais est la langue de la réussite économique et sociale.

Dans l’ensemble du Canada hors Québec, vivre en français est devenu utopique ce qui explique l’assimilation constante des francophones hors Québec quoiqu’en disent toutes les Jean Chrétien, Stephan Harper et Michael Ignatieff de ce monde.  La tendance naturelle est de choisir d’appartenir au groupe socialement et linguistiquement dominant.  Tant que le Québec restera une province canadienne, les flux migratoires affaibliront la prédominance du français.  Tant et aussi longtemps que les québécois seront ambivalents quant à leur statut politique, ils devront porter le fardeau d’un destin incertain.

Souvenons-nous des gaulois… assimilés, plus de sons, plus d’images… fin des émissions.

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