La langue de chez nous: un clin d’oeil de la Belgique

Dans le cadre de la Semaine de la Francophonie 2005 qui s’était déroulée du 13 au 20 mars, il a été demandé à quelques-uns de nos amis d’ici et d’ailleurs de faire une courte réflexion sur « la langue de chez nous » : notre langue, leur langue, celle qui nous unit à l’intérieur de la grande famille francophone.  Elles et ils ont répondu à la demande.  Jean Liegeois pour la Belgique, Patricia  et Pascal Champvert pour la France, Isabelle et Raymond Minger pour la Suisse et Bernard Fournelle pour le Québec

Avec Jean Liegeois*

La Belgique est un petit pays, mais un pays assez complexe à comprendre.  Entre 1970 et 1993 (lire septante et nonante-trois), la Constitution a été revue à quatre reprises et notre pays dispose maintenant d’une structure politique permettant aux communautés et aux régions de vivre ensemble en se respectant mutuellement.

Le gouvernement fédéral est compétent pour les matières qui lui sont dévolues par la Constitution.  Il y a encore trois régions déterminées par leur  territoire : la Région wallonne, la Région Bruxelles-capitale et la Région flamande ainsi que trois communautés : la Communauté flamande, la Communauté germanophone et la Communauté française.  Une Cour d’arbitrage règle les éventuels conflits entre  ces entités fédérées.  Chacune d’elle dispose d’une autonomie réelle.  La Belgique est également une monarchie constitutionnelle.  Mais le Roi n’exerce ses pouvoirs exécutifs qu’au travers de ses ministres.

Ces quelques lignes pour expliquer la théorie.  La réalité est différente.  Les origines latines des francophones ne s’harmonisent pas toujours avec celles des flamands.  Les germanophones, eux, ne sont que 60,000 individus et font partie de la Région wallonne.  L’entente entre nos deux communautés est assez bonne.

Dans les années 1970-1995 des irréductibles wallons se sont réellement battus pour leur rattachement à la Communauté française.  Il s’agissait des Furons, villages à majorité francophones, proches de Liège mais en Région flamande, qui ont été annexés par la  Flandre.  Depuis les dernières élections communales, en 2000, grâce à l’élargissement européen, les Hollandais ont pu voter en Belgique.  La majorité francophone a alors été rejetée dans l’opposition.  Les facilités linguistiques ont été supprimées aux francophones wallons.

Le même problème existe également à Bruxelles.  La Capitale est francophone à 70%.  Bruxelles se situe en Flandre et est entourée de communes flamandes.  Ces communes hébergent pas mal de francophones qui bénéficient encore de certaines facilités administratives.  Les Bourgmestres (maires) de ces communes flamandes dites à facilités souhaitent supprimer tous les avantages accordés aux francophones.

La situation inverse existe également.   Il y a des communes francophones où vivent des flamands, il n’y a pas de conflits majeurs.  Un autre grand danger se profile en Flandre.  L’extrême droite représente 25% de l’électorat.  Mais cela est une autre histoire.

Le 27 septembre est le jour de la fête de la Communauté française.  Durant une semaine, autour de cette date, toutes les villes et communes francophones y compris dans les Furons, sont organisées des manifestations culturelles en présence des autorités.  Des ministres flamands sont invités et assistent à ces festivités.

La langue française ne décline pas en Belgique.  Nous sommes environ 4,5M de francophones qui souhaitent conserver leurs racines.  Par contre, la langue wallonne a du mal à survivre.  Certains chanteurs font un maximum pour sauver ces « wallons » de l’oubli.  Dans nos maisons de repos existent pas mal de journaux dont le titre à encore une consonance wallonne.   Les anciens la pratiquent toujours.

Toutes les années, depuis plus de 20 ans, au mois de juillet, à Spa, superbe ville de la Province de Liège, sont organisées les « francopholies ».  Des chansons françaises sont interprétées par des artistes francophones venant des quatre coins de la planète.  Le caractère culturel de cette festivité s’est, hélas, changé en activité commerciale à grande échelle.  C’est dommage mais quand même extra pour les amateurs des belles chansons françaises.

Nous bénéficions d’une  télévision d’excellente qualité. De multiples jeux intellectuels et culturels pour tous les âges et toutes les catégories d’individus sont proposées à des heures correctes.

En compagnie des directeurs d’établissements francophones, français et suisse, lors des réunions de E.D.E. (associations européennes des directeurs de maison de repos, nous demandons et obtenons les documents en français.  Nous intervenons également en français à ces réunions.  La langue anglaise pousse de plus en plus partout.

Lors des débuts de l’Eurovision, grand concours de chanteurs issus de pays européens, chaque chanteur s’exprimait dans la langue du pays qu’il représentait.  Nous découvrions ainsi les langues et une certaine culture des autres pays.  Pour résumer, aujoud’hui, je dirai tristement : « Belgium, one point ».

* Jean Liegeois habite Dyson.  Il est directeur général d’une maison de retraite (centre d’accueil) pour les personnes âgées en Belgique.

Source :  « Un p’tit mot » -  Bulletin d’information de l’Association Québec-France de la Haute-Yamaska – Mars 2005 – Vol. 1 no 5

Leave a Comment

Filed under Uncategorized

Comments are closed.