La langue de chez nous: un clin d’oeil du Québec

Dans le cadre de la Semaine de la Francophonie 2005 qui s’était déroulée du 13 au 20 mars, il a été demandé à quelques-uns de nos amis d’ici et d’ailleurs de faire une courte réflexion sur « la langue de chez nous » : notre langue, leur langue, celle qui nous unit à l’intérieur de la grande famille francophone.  Elles et ils ont répondu à la demande.  Jean Liegeois pour la Belgique, Patricia  et Pascal Champvert pour la France, Isabelle et Raymond Minger pour la Suisse et Bernard Fournelle pour le Québec.

Avec Bernard Fournelle *

La face du Québec a changé… oui, mais… ne  jouons pas à l’autruche – Les problèmes reliés au français ne sont plus au centre des débats comme ils pouvaient l’être, il y a trente ans.  Nous pourrions même affirmer que les problèmes ou la place occupée par la langue française ne préoccupent plus les francophones du Québec.  Pour la grande majorité, les batailles sont gagnées, la guerre est finie.  Nous ne ferons pas un débat sur les différences criantes et alarmantes entre la région de Montréal et les autres régions du Québec :  ce sont deux réalités aux antipodes.  Il faut se promener à Montréal pour le voir et l’entendre.

Contentons-nous seulement de la qualité de la langue parlée.  Si nous regardons la télévision ou si nous écoutons la radio et que nous avons un certain âge, nous remarquons facilement une dérive vers le laisser-aller pour ne pas dire l’insignifiance chronique.  Pour un Bernard Derome, parlant un français correct, nous devons subir combien d’annonceurs, de présentateurs, d’animateurs ou d’humoristes galvaudant à qui  mieux-mieux la langue française..  Et galvauder est un mot poli pour décrire la réalité quotidienne.  Même la Société Radio-Canada n’y échappe pas.

Se valoriser dans un français douteux, c’est le cas de plusieurs de nos héros populistes, signifie à moyen terme la créolisation du français québécois.  Et ce n’est pas nos régionalismes qui sont en cause, ils sont notre marque de commerce, notre originalité.  Ce statut de créole québécois nous éloigne irrémédiablement de la francophonie mondiale, le risque pour nous est d’être isolé.  Nous ne serons ni français, ni anglais, ni francophones, ni anglophones.  Nous nous enfermons lentement mais sûrement dans un ghetto.  Nous aurons été les irréductibles gaulois de l’Amérique française.  Nous sommes sous anesthésie générale.  Le Québec jusqu’à ce jour est demeuré français par entêtement.  Depuis  le rapport Durham jusqu’au rêve multiculturel de Pierre E. Trudeau, les québécois ont résisté à toutes les tentatives d’assimilation tantôt flagrantes tantôt insidieuses.  Mais les tentatives les plus sournoises prennent leurs origines à l’intérieur de notre propre culture.  Nous avons encore les moyens d’éviter le naufrage.  La pauvreté de notre langue parlée a des conséquences sur nos relations commerciales, internationales.  Il ne faudrait quand même pas être accompagné d’un interprète dans nos prochains voyages en France, qui en bout de ligne a, elle aussi, à porter une attention pressante à sa langue; sans caricaturer, il faut être bilingue français-anglais si nous voulons visiter certains coins de l’Hexagone.

Notre déclin potentiel est entre nos mains, il nous appartient individuellement et collectivement de corriger le tir, de redresser la situation et de faire l’effort d’améliorer notre langue parlée.

*  Bernard Fournelle habite Granby.  Il est retraité. Il a œuvré plus de 35 ans dans le réseau de la santé et des services sociaux du Québec dont 20 ans comme directeur général de centres d’accueil (CHSLD) pour les personnes âgées et les adultes en perte d’autonomie.

Source :  « Un p’tit mot » -  Bulletin d’information de l’Association Québec-France de la Haute-Yamaska – Mars 2005 – Vol. 1 no 5

Leave a Comment

Filed under Uncategorized

Comments are closed.