Les 10 premières célébrités québécoises

Dans le cadre de cours et de conférences portant sur le Québec,  il est demandé aux personnes présentes d’identifier les dix québécois les plus célèbres de tous les temps incluant la période de la Nouvelle-France.  À ce jour, plus de 350 personnes ont participé à cet exercice.  Le classement est mis à date à la suite de chacune des nouvelles évaluations.  Voici  la liste en date de janvier 2009,  des 10 québécois les plus célèbres.

 1er – René Lévesque, Journaliste et 23e premier ministre du Québec

Né à l’hôpital de Campbellton (Nouveau-Brunswick), le 24 août 1922, faute d’un hôpital à New Carlisle, dans le comté de Bonaventure (Québec) où résidaient ses parents .

René Lévesque a complété à Québec ses études classiques commencées à Gaspé. En 1944, il interrompt ses études universitaires en droit pour devenir correspondant de guerre. Attaché aux armées américaines, il participe aux campagnes de France, d’Allemagne et d’Autriche.

Après la guerre, il poursuit sa carrière de journaliste, d’abord au Service international de Radio-Canada (1946-1951), comme correspondant en Corée (1952) et comme chef du service des reportages radio-télévision (1952-1956). De 1956 à 1959, il anime l’émission «Point de Mire», à la télévision de Radio-Canada.

Élu député du comté de Laurier en 1960, comme libéral, René Lévesque fait partie du gouvernement Lesage, d’abord à titre de ministre des Travaux publics et des Ressources hydrauliques (1960-1961), puis comme ministre des Richesses naturelles (1961-1965) enfin, comme ministre de la Famille et du Bien-être social (1966).

Réélu dans Laurier en 1962 et 1966, il quittera le Parti libéral en 1967 pour fonder le Mouvement Souveraineté-Association, puis, en 1968, le Parti Québécois dont il devient président. Le Parti Québécois sera battu deux fois: aux élections de 1970 et de 1973  avant de finalement remporter celles du 15 novembre 1976. Élu dans la circonscription électorale de Taillon, René Lévesque prête le serment d’office comme Premier ministre du Québec le 25 du même mois.

En 1980, le gouvernement Lévesque demande par référendum à la population le mandat de négocier la souveraineté-association avec le reste du Canada: le 20 mai, la proposition du gouvernement est rejetée à 59 %.

Réélu député de Taillon lors des élections générales du 13 avril 1981, il est de nouveau premier ministre et assermenté le 30 avril 1981. Il démissionnera en 1985, à la fin de son deuxième mandat. Il meurt à Montréal le 1er novembre 1987 à l’âge de 65 ans.

2e – Félix Leclerc, écrivain, chansonnier, poète

Félix  Leclerc, écrivain par vocation, chanteur par accident, naît à la Tuque en Mauricie en 1914. Il est le sixième enfant de Léo Leclerc, un robuste pionnier à l’esprit aventurier, qui l’inspirera toute sa vie. Lorsque, ne tenant plus en place, le père emmène sa famille en Abitibi, il envoie Félix étudier à Ottawa, au juniorat du Sacré-Cœur. L’adolescent de 13 ans n’a pas la vocation, et souffre de la discipline stricte du séminaire. Après cinq ans d’études, mais sans son diplôme de rhétorique, il rejoint sa famille, maintenant établie sur une ferme à Sainte-Madeleine, le long du fleuve. Il doit chercher un emploi: la ville ne l’attire pas, mais il n’est pas un agriculteur, malgré son profond attachement à la campagne.

Un peu par hasard, il est engagé comme annonceur de radio à la station CHRC de Québec. C’est l’époque où il achète sa première guitare et écrit quelques chansons, pour s’amuser. Il s’essaie ensuite au travail manuel à la ferme, mais il est peu doué, et accepte un emploi à la station CHLN de Trois-Rivières. Peu à peu, il en vient à se considérer comme un auteur, mais se sent isolé. À Montréal, il cogne en vain plusieurs fois à la porte de Radio-Canada, jusqu’à ce qu’on lui présente le jeune réalisateur Guy Mauffette, qui devient son grand ami, son mentor, son jumeau.

Il s’installe dans la  grande ville  et écrit des textes pour la radio d’État, dont la série «Je me souviens» , de 1941 à 1945, bien accueillie par le public. Mauffette présente Félix au père Legault, fondateur des Compagnons de Saint-Laurent. Il joue la comédie chez lui un temps, mais il préfère l’écriture, et n’aime pas non plus chanter. En 1942, il épouse sa compagne de scène Andrée Vien. Il rencontre l’abbé Albert Tessier, qui lui propose de publier ses nouvelles. Félix n’est pas prêt, mais accepte: les Adagio, Allegro et Andante obtiennent un bon succès public, mais les critiques trouvent sa langue trop québécoise,  on est encore bien loin de la mode du joual.

En 1947, les Compagnons jouent une première pièce de Félix,  Maluron. L’année suivante, avec deux amis, il fonde une compagnie éphémère qui joue Le P’tit bonheur. Félix chante toujours un peu, à la radio ou entre amis, mais sa mais sa «voix de beû» ne fait pas fureur.

En 1950, l’imprésario français Jacques Canetti a le coup de foudre pour lui, lui fait enregistrer des 78 tours et l’emmène à Paris, où il chante dans la salle prestigieuse de l’ABC. C’est un succès instantané, et il devient en trois mois une véritable star. Pour les Français, il est le bûcheron, le trappeur, l’homme des bois et des grands espaces vierges. Il obtient le prix du disque Charles-Cros en 1951. Un chanteur seul à la guitare, qui dit «je» et qui s’habille un peu à la diable, c’est nouveau. Lors d’un saut au Québec, il triomphe enfin chez lui. Mais il passe les années suivantes en Europe.

En 1953, il rentre au pays, et tout en chantant ici et là, il écrit. En 1956, sa pièce Sonnez les matines est créée au Rideau Vert, dirigé par sa vieille complice Yvette Brind’amour. En 1958, il joue dans un long métrage sur la colonisation, Les Brûlés. Les années 1960 sont difficiles pour lui: les nouvelles étoiles montantes:Léveillée, Vigneault, Leyrac… l’éclipsent un peu, il vit de sérieuses difficultés conjugales, son père meurt en 1965. Sa pièce Les Temples est mal reçue. Vers 1967-68, il divorce, rompt avec l’Église et congédie son agent Jacques Canetti. Il retourne vivre à Paris avec la femme qu’il aime, Gaétane Morin.

Son image change en France, et le public applaudit désormais l’homme tout court plutôt que l’homme des bois. Il côtoie les grands noms, Brassens, Devos. En 1970, le Québec lui manque trop, et il y retourne pour vivre à l’île d’Orléans, où il a acheté une terre d’un vieil ami fermier. La Crise d’octobre le surprend, le choque, l’attriste: c’est son réveil politique. Il écrit la chanson L’Alouette en colère. Désormais, il sera de tous les événements politiques nationaux. Ses prises de position en faveur de l’indépendance diviseront son public. En 1974, il connaît un triomphe sur les plaines d’Abraham aux côtés de Gilles Vigneault et Robert Charlebois:  anecdote intéressante, Pierre E. Trudeau les invite à « bruncher » le lendemain!

Il chante encore beaucoup au Québec et en France, mais supporte de moins en moins bien la séparation avec sa famille. En 1977, il donne son dernier concert en France. Il enregistre un dernier disque, Mon fils, et prend sa retraite à l’île avec femme et enfants. Il écrira toutefois un texte qu’il lira publiquement pour la campagne du oui au référendum de 1980. Ses dernières années s’écoulent paisiblement dans sa campagne bien-aimée. Lorsqu’il disparaît en 1988, c’est un monstre sacré qui s’éteint, le premier chansonnier du Québec, le premier ambassadeur et un poète charismatique.

3e – Louis-Joseph Papineau, Avocat et homme politique

« La pensée et les gestes d’éclat de Louis-Joseph Papineau marquèrent pendant une bonne partie du XIXe siècle l’histoire politique du Bas-Canada. Il a inspiré aussi bien que conduit les luttes qui opposèrent les parlementaires au pouvoir colonial. Né à Montréal en 1786, Papineau, après ses études en droit, s’orienta vite, comme son père, Joseph, vers la vie politique. Il entra à la Chambre d’assemblée de Québec en 1808, et dès 1815 en fut élu le président. Refusant d’être nommé en 1820 au Conseil exécutif par le gouverneur Dalhousie, il préféra poursuivre son combat contre les excès du pouvoir colonial. Ainsi, en 1822, il dirigea avec John Neilson une délégation de l’Assemblée du Bas-Canada partie à Londres munie d’une pétition de 60 000 signatures pour y défaire le projet d’union des deux Canada. En 1826, il prit la tête du Parti Patriote. Papineau était un libéral convaincu de la nécessité d’une séparation réelle de l’Église et de l’État; il patronna aussi en 1831 une loi qui établit la pleine égalité politique des Juifs. Puissant tribun à l’éloquence redoutable, Papineau devint après 1830 l’objet d’un véritable mythe. Il a symbolisé, nous dit l’historien Fernand Ouellet, «le patriotisme, le désintéressement, la force, l’énergie et le courage». Sa carrière prit un tour tragique après l’échec des insurrections patriotes de 1837 et de 1838, qui le poussa à l’exil aux États-Unis, puis en France en 1839, avant de revenir au pays en 1845. Il entra de nouveau en chambre en 1847, où il siégea jusqu’en 1854. Si avant les événements de 1837-1838 Papineau était parvenu à exprimer les aspirations démocratiques de tout un peuple, qui l’avait porté au pouvoir en 1834 avec 95 % des suffrages, il ne su retrouver après 1845 l’ascendant et l’audience d’avant son exil. Il se retira dans son manoir de Montebello, sur la rive nord de l’Outaouais, où il s’éteignit en 1871.« 

4e – Frère Marie-Victorin – Conrad Kirouac, enseignant, botaniste, homme de science

Frère Marie-Victorin, e.c., né Conrad Kirouac à Kingsey Falls en 1885. De famille à l’aise, Conrad Kirouac entra chez les Frères à l’âge de 16 ans, après avoir refusé un voyage en Europe que son père lui avait offert dans l’espoir de l’amener ainsi à faire un choix plus éclairé. L’argent de famille servira plus tard à financer les excursions dans la nature. Ce jeune sédentaire – un jour viendra cependant où il voyagera à travers le monde – rêvait d’enseigner aux enfants pauvres, ce qu’il continua de faire au collège de Longueuil à un moment où il était déjà le chercheur le plus réputé et le professeur le plus influent de l’Université de Montréal.

Et l’homme d’action en lui en impose autant que l’instituteur et le savant: Marie-Victorin a été l’un des fondateurs de l’ACFAS: l’Association Canadienne Française pour l’Avancement des Sciences et le promoteur des Cercles de jeunes naturalistes dont le frère Adrien, de la communauté de Sainte-Croix, fut le principal artisan. Le grand projet de sa vie, qu’il mena à terme, fut cependant le Jardin botanique de Montréal et l’Institut qui y est rattaché. On peut dire que le Biodôme de Montréal, construit à côté du Jardin Botanique, est le prolongement de l’oeuvre de Marie-Victorin.

La grande oeuvre de Marie-Victorin, la Flore Laurentienne, parue en 1935, fut une première en Amérique du Nord. Des témoignages éloquents d’appréciation parvinrent des principaux instituts botaniques du monde.

Il faut rappeler aussi que la botanique, telle que la pratiquait Marie-Victorin, ne se limitait pas à des inventaires, des descriptions et des classifications, mais constituait plutôt un effort immense et enthousiasmant pour mettre en rapport les plantes d’un continent entier, et pour les associer ensuite, dans une perspective évolutionniste, aux grands phénomènes géologiques, comme la glaciation. Ce Bouclier laurentien qu’il a si bien exploré, Marie-Victorin le dessine, le colore pour le déployer enfin sous nos yeux. En le voyant ainsi surgir, on croit vivre par anticipation le spectacle des premières images de la terre transmises par satellite.

Marie-Victorin ne parvient pas toujours à contenir son lyrisme, il ne le souhaite d’ailleurs pas. L’un de ses buts avoués en tant que botaniste était de favoriser le progrès littéraire?

Le premier souci de Marie-Victorin en tant qu’éducateur aura toujours été de favoriser le contact direct des enfants avec la nature. C’est aux dix mille membres des Cercles des jeunes naturalistes qu’il dédie La Flore.

L’éducateur perce toujours à travers le savant, mais ce dernier prend son envol malgré tout, n’hésitant pas à soumettre les 10 000 jeunes gens aux exigences du vocabulaire technique et des grandes théories, comme celle de l’évolution.

N’oublions pas que c’est en étudiant les lois de Mendel, que Marie-Victorin est passé de l’amateurisme à la science. Sur le terrain, il a d’autre part accumulé les données originales à la manière de Darwin.

Dans son évocation des stades du développement de la forêt laurentienne, il met en relief une loi fondamentale de l’évolution, qu’il formule ainsi: «La paléontologie nous apprend de façon indéniable qu’il y a dans les types organiques une succession dans le temps de telle sorte que les formes les plus complexes et les plus élevées en organisation – l’érable par exemple – sont apparues les dernières».

Marie-Victorin ne se contente toutefois pas d’invoquer les preuves établies par les paléontologues. Les grands événements géologiques qui ont façonné le paysage québécois ont placé sous ses yeux des faits significatifs.

En 1977, le gouvernement du Québec a institué le prix Marie-Victorin pour honorer une personne ayant apporté une contribution marquante aux sciences de la nature et du génie.  Le Frère Marie-Victorin est décédé à Montréal en 1944.

5e – Alphonse Desjardins, Journaliste, fonctionnaire et propriétaire de journal.

Le fondateur des caisses populaires en Amérique est né à Lévis, au Québec, en 1854. Troisième enfant d’une famille nombreuse disposant de peu de moyens matériels, il connut jeune la privation, ce qui suscita chez lui le vif désir de modifier cette situation. Bien qu’ayant brièvement fréquenté le Collège de Lévis, son idéal de justice sociale et de solidarité nouvellement forgé ne le quitta jamais. Cet homme de principes, jeune et idéaliste, s’engagea comme volontaire dans l’armée canadienne et fut stationné à Fort Garry, au Manitoba, où pesait la menace de sécession du Canada d’un territoire plus grand que celui de la république américaine nouvellement formée. Il croyait au partage des risques et des ressources sur un immense espace où la population clairsemée devait compter sur les uns et les autres pour vivre, voire pour survivre.

De retour au Québec, fidèle à son idéal de justice, Desjardins devient journaliste. En 1879, il obtient un emploi contractuel à la législature du Québec où il rapporte les débats pendant onze ans. En 1890, le premier ministre Honoré Mercier lui demande de modifier le compte rendu officiel, ce à quoi s’oppose Desjardins, invoquant la fidélité de ce qui doit être rapporté dans les journaux officiels et qui constitue l’essentiel de l’histoire législative du pays. Son respect de la liberté et sa probité lui coûtèrent son emploi. Desjardins retourna au journalisme un certain temps pour finalement devenir rapporteur des débats français à la Chambre des communes d’Ottawa en 1892, poste qu’il occupera pendant plus d’un quart de siècle.

Étant donné que les sessions parlementaires étaient de courte durée à cette époque, le jeune Desjardins en profita pour compulser tous les ouvrages européens traitant de coopération et les grands écrits américains à portée sociale.

Après plusieurs années de recherche et de mûre réflexion, il fonde la première caisse populaire à Lévis, au Québec, en 1900. Selon la loi provinciale de l’époque, Desjardins doit assumer personnellement les risques afférents aux dépôts des sociétaires. Ainsi, les déposants ne sont pas nombreux au tout début, mais l’idée de la coopération et de l’égalité des sociétaires l’emporta sur la timidité, si bien qu’en peu de temps des caisses populaires furent créées dans les autres provinces et en Nouvelle-Angleterre. La scrupuleuse impartialité du sténographe et éditeur officiel des débats aura su établir la base d’une nouvelle institution financière: la confiance fondée sur une honnêteté absolue.

L’Amérique doit beaucoup à Alphonse Desjardins, dont les solides et pérennes valeurs constituent la pierre d’assise du développement d’un jeune continent appelé à un grand avenir. L’argent doit être au service de l’homme et non l’inverse! »

6e – Henri Bourassa, Journaliste et homme politique

Fils de Napoléon Bourassa et d’Azélie Papineau: fille de Louis-Joseph Papineau, Henri Bourassa naquit à Montréal le 1er septembre 1868. Il fit des études à Montréal à l’École Archambault et à l’École polytechnique et à Worcester, Massachusetts au Holy Cross College. Il fut maire de Montebello de 1890 à 1894 et de Papineauville en 1897. Il fut élu député libéral fédéral dans la circonscription de Labelle en 1896. Il fut co-secrétaire avec Joseph Pope de la Conférence internationale qui devait régler des contentieux avec les États-Unis, à Québec du 24 août au 11 octobre 1898. En octobre 1899, il démissionna comme député de Labelle pour marquer son opposition à la politique de Laurier de participation du Canada à la guerre en Afrique du Sud. Lors d’une élection partielle, en janvier 1900, il fut réélu par acclamation député indépendant. Aux élections générales de 1900 et de 1904, il se fit réélire député libéral. Il épousa, en septembre 1905 Joséphine Papineau.

En 1907, Henri Bourassa démissionna comme député fédéral et fut battu aux élections partielles du comté provincial (Québec) de Bellechasse. Il se fit élire député provincial aux élections générales de 1908. Il y resta jusqu’en 1912.

Fondateur du quotidien Le Devoir, en 1910, Henri Bourassa demeura rédacteur en chef de 1910 à 1932. Le 26 janvier 1919, son épouse décéda, il était alors père de huit enfants âgés de 3 à 13 ans. En 1925, il fut élu député fédéral indépendant de la circonscription de Labelle et y fut réélu jusqu’à sa défaite de 1935. A 72 ans, soit de 1940 à 1945, il sortit de sa semi-retraite pour appuyer le Bloc populaire. Il se retira en 1945 et décéda le 31 août 1952 à Montréal. »

7e – Cardinal Paul-Émile Léger, prêtre

Sulpicien né à Salaberry-de-Valleyfied en 1904..  Après un passage en France au début des années 30, ce jeune prêtre participe en 1933 à la fondation du Séminaire de Fukuoka, au Japon. De retour dans sa ville natale de Valleyfield en 1940, il occupe les postes de vicaire général du diocèse et de curé de la cathédrale avant de devenir recteur du Collège pontifical canadien à Rome, de 1947 à 1950. Archevêque de Montréal en 1950, puis cardinal, à partir de 1953, sa personnalité marque l’Église au moment où celle-ci connaît une période de stabilité. C’est au cours des années 60 que la baisse de la pratique religieuse et du nombre de vocations se précise, une situation inquiétante pour le cardinal qui joue néanmoins un rôle important au sein de la Commission chargée de préparer le concile Vatican II dont les travaux débutent en 1962. Un des Québécois les plus célèbres de son temps, il cause une surprise en quittant son poste en 1967 pour se consacrer à améliorer le sort des enfants malades du Cameroun. Sa générosité, son travail inlassable auprès des plus démunis, notamment par la fondation qui porte son nom, continuent à en faire une figure publique connue et respectée lorsque sa mort survient en 1991 à Montréal. Son frère cadet Jules a été gouverneur général du Canada de 1974 à 1979.

8e – Chanoine Lionel Groulx, Historien, prêtre-éducateur et intellectuel

Né en 1878, à Vaudreuil, en banlieue de Montréal, sa vie active débute avec le siècle et en occupe exactement les deux premiers tiers. C’est en effet à partir de 1900 que Groulx enseigne au Collège de Valleyfield, qu’il quittera en 1915. Il fonde avec l’abbé Émile Chartier, dès les premières années du siècle, un mouvement de jeunesse qu’il implantera à Valleyfield. Tout au long de sa vie, il multipliera les appels à la jeunesse et favorisera l’éclosion de mouvements organisés, entre autres, les Jeunes-Canada, dans les années trente, puis les Jeunesses laurentiennes, au cours de la décennie suivante.

Dès la période campivallensienne, il s’engage dans l’action sociale et intellectuelle, ce qui l’amènera à prononcer, jusqu’aux derniers temps de sa vie, un nombre incalculable de conférences et de causeries en maints endroits du Québec, du Canada, des États-Unis, et même outre-mer.

Une impressionnante production écrite sur des questions d’intérêt national, politique, social ou religieux, tant sous forme d’articles que de brochures et d’ouvrages, résultera de cet engagement dans l’action. De 1920 à 1928, Groulx sera directeur de l’Action française, organe de la Ligue du même nom, puis, à partir de 1933, collaborateur régulier de L’Action nationale qui succède à la première après un intermède de quatre ans.

C’est pour se consacrer plus entièrement à l’histoire que Groulx démissionne, en 1928, de L’Action française. Sa carrière de professeur d’histoire à l’université avait, quant à elle, débuté en 1915, par une série de cours à l’Université Laval de Montréal; elle ne devait s’achever qu’en 1949, année de sa retraite. Très conscient des aspects concrets du métier d’historien, Groulx eut le souci constant d’améliorer les conditions d’études et de recherche. Il fondera l’Institut d’histoire de l’Amérique française avec l’idée d’en faire un centre de recherche. L’année suivante, la Revue d’histoire de l’Amérique française sera lancée, dont il dirigera les destinées jusqu’à sa mort.

En guise de « divertissement », selon ses propres termes, Groulx écrivit deux romans, L’Appel de la race (1922) et Au Cap Blomidon (1932), qu’il publia sous le pseudonyme d’Alonié de Lestres. On n’aura garde enfin d’oublier que Groulx fut également prêtre, il fut ordonné le 28 juin 1903 et qu’il accorda toujours à cette dignité la plus grande importance, ainsi que le suggèrent le grand nombre de sermons et d’entretiens à caractère religieux. . Le titre honoraire de chanoine lui fut conféré en 1943.   Il mourut le 23 mai 1967, à Vaudreuil, où il fut inhumé.

9eMaurice Richard, Athlète

Joseph Henri Maurice Richard naquit le 4 août 1921. Il reçut sa première paire de patins à l’âge de quatre ans environ et, à l’adolescence, il était le champion des équipes régionales de hockey scolaire. Sa carrière prometteuse fut compromise au cours de sa première saison comme recrue avec les Canadiens de Montréal en raison des fréquentes blessures qu’il subissait. D’aucuns se demandaient s’il tiendrait le coup bien longtemps. La remarquable performance qu’il démontra pendant la deuxième année avec l’équipe, en 1943, et qui permit à la coupe Stanley de retourner à Montréal après dix-neuf ans d’absence, dissipa tous les doutes à ce sujet.

Dès sa première saison complète avec le Canadien de Montréal, en 1943-1944, il démontre un talent de marqueur hors du commun. Ses 12 buts en séries, et ses 50 buts en 50 parties, l’année suivante, le consacrent comme la plus grande attraction du hockey professionnel. La combativité du «Rocket» et son adresse près des filets en font une vedette auprès des Montréalais et l’homme à abattre dans les autres arènas du circuit. Entre 1943 et 1960, année de sa retraite, il établit toutes sortes de records, dont le plus grand nombre de buts en saison régulière (544), en séries éliminatoires (82) et le plus de conquêtes de la coupe Stanley (8). Sa suspension par le président Clarence Campbell, en mars 1955, est à l’origine d’une émeute qui cause l’interruption d’une rencontre au Forum. Après s’être retiré du hockey, le légendaire numéro 9 écrit une autobiographie, avec l’aide de Stan Fischler, et occupe très brièvement le poste d’entraîneur des Nordiques de Québec, en 1972. Symbole de fierté pour les francophones qui lui vouent une admiration particulière, il reste, quelques décennies après avoir accroché ses patins, la personnalité sportive la plus aimée des Québécois. Sa vie fait l’objet de plusieurs biographies et d’une série documentaire romancée au cours des années 90. Ses funérailles à Montréal, en mai 2000, sont un événement national télédiffusé d’un océan à l’autre.

10e – Jean Talon, comte d’Orsainville, premier intendant de Nouvelle-France

Originaire de Châlons-sur-Marne en Champagne, Jean Talon, fils de Philippe Talon et d’Anne de Bury, naît en 1625 et est baptisé le 8 janvier 1626. Il fait ses études à Paris, au collège de Clermont, dirigé par les Jésuites, et occupe ensuite plusieurs postes dans l’administration militaire: commissaire des guerres en Flandre, intendant de l’armée de Turenne, commissaire du Quesnoy, une importante place forte qu’il défend contre les Espagnols et, en 1655, à l’âge de 30 ans, intendant du Hainaut, un important territoire qui s’étend au nord de la France et englobe une partie considérable de la Flandre (Belgique).

Créé au cours des années 1630 par le cardinal de Richelieu (1585-1642), chef du Conseil du roi Louis XIII et son principal ministre, le poste d’intendant vise à rétablir et à imposer partout l’autorité royale pour contrer les derniers pouvoirs du système féodal qui tire à sa fin. Le rôle de l’intendant est primordial dans l’administration civile française. Il contrôle la justice, c’est-à-dire les lois et ceux qui les appliquent, l’ordre, soit les règlements de tous genres et il veille aux finances générales de son territoire. La perception des taxes et des impôts, la réglementation des prix, les approvisionnements de l’armée, la construction et l’entretien des routes et des canaux ainsi que l’exploitation des mines sont autant de domaines qui relèvent de son autorité. En définitive, l’intendant remplit des fonctions multiples et possède des pouvoirs très étendus. Talon demeure intendant du Hainaut pendant 10 années, soit de 1655 à 1665.

Envoyé par Colbert en Nouvelle-France, il en est le premier intendant de 1665 à 1668 et de 1670 à 1672.  La Nouvelle-France, avant l’arrivée de Jean Talon, est sous-peuplée et le commerce de la fourrure, assise économique principale du pays, est désorganisé après la destruction de la Huronie par les Iroquois entre 1648 et 1650. Les années qui suivent sont pénibles. Privée de ses intermédiaires et alliés commerciaux, les Hurons, la Compagnie des Cent-Associés néglige ses obligations de peuplement tout en accumulant les déficits. Les coloniaux, quant à eux, réclament de plus en plus fort des secours militaires pour mater les Iroquois et rouvrir la route de la fourrure. L’envoi du régiment de Carignan-Salières et la nomination d’un intendant en Nouvelle-France s’inscrivent dans la réorganisation complète  de la colonie.  Dès son entrée en fonction, Jean Talon constate les immenses possibilités de la Nouvelle-France. Selon lui, Québec, fortifiée et peuplée comme il se doit, pourrait devenir le centre d’un État considérable. Mais le ministre Colbert, en France, le ramène à des vues plus modestes et lui rappelle que la principale fonction d’une colonie est d’être au service de la métropole. L’intendant entreprend alors, dans la mesure de ses moyens, de développer la Nouvelle-France, demeurée jusque-là embryonnaire à bien des égards. L’essor qu’il entend insuffler à la colonie repose donc sur l’accroissement de la population, sur son développement économique et sur la recherche de nouvelles routes et de nouvelles richesses par le moyen des explorations.

Outre le peuplement et la colonisation, Jean Talon entretient de hautes visées commerciales pour la colonie. Ses objectifs principaux consistent à mettre sur pied un commerce d’exportation dans différents domaines. Mais avant de produire des surplus, la colonie doit atteindre un seuil d’autosuffisance plus élevé.

L’expansion territoriale de la Nouvelle-France connaît, sous l’impulsion de Jean Talon, un essor sans précédent. Sous son administration, les trois quarts de l’Amérique du Nord passent sous domination française. Cet empire demeure cependant fragile, car il est difficile de l’occuper et de le défendre en raison de son faible taux de peuplement. Après le départ de Jean Talon et malgré que ses efforts aient permis de faire doubler la population en moins de six ans, la colonie, en 1673, ne compte environ que 6700 personnes d’origine européenne alors que sa voisine, la Nouvelle-Angleterre, atteint déjà les 120 000 habitants.

Jean Talon meurt, à l’âge de 68 ans, le 14 novembre 1694, à Châlons-sur-Marne, son village natal.

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