La détestation *

Par Lise Payette ** – Le 20 août 2010

Je ne connaissais pas le mot avant que le président de la France, Nicolas Sarkozy ne l’utilise pour parler de notre étrange relation à nous, le Québec, avec le reste du Canada. En gros, il a dit que ce n’était plus l’ère de la détestation et bla-bla-bla… et bla-bla-bla. J’ai retenu juste le mot.

Si bien que, la fin de semaine dernière, devant le dernier sondage Angus Reid publié dans La Presse et devant les 66 % de Québécois qui souhaitaient le départ de Jean Charest, je me suis demandée si c’était de la détestation. J’ai mûrement réfléchi et je suis arrivée à la conclusion que c’était plutôt un signe de maturité politique de la part de la population, pas un signe de détestation. Le jugement est dur cependant. Et si j’étais Jean Charest, je commencerais doucement à faire mes valises.

Si ma mémoire est bonne, c’est Sacha Guitry qui a dit que les comédiens devaient s’efforcer de réussir leur sortie bien plus que leur entrée avec tout ce que cela sous-tend de savoir-faire pour y arriver avec élégance et grâce. Si, comme moi, vous croyez que les politiciens sont de grands comédiens, capables de se dépasser aussi bien dans la comédie que dans le drame, vous comprendrez que la recommandation de Guitry les concerne directement. Sortir avec une certaine élégance, plutôt que de se faire mettre à la porte lors d’une élection, c’est ce que souhaitent tous les « mal-aimés » de la politique.

Je pensais à ce conseil de Guitry en entendant Jean Charest faire son mea culpa devant les jeunes libéraux la fin de semaine dernière. C’était l’évidence qu’il avait été à l’origine du comportement lamentable de ses troupes à l’Assemblée nationale toute la saison dernière et qu’il avait souvent choisi de mettre de l’huile sur le feu au lieu de calmer le jeu. Devant ses troupes qui manifestaient leur désaccord, il a promis de changer…

Il avait les résultats du sondage dans le corps. Il ramait avec le sourire. Comment faire autrement ? Bien sûr, le sondage n’a pas épargné Pauline Marois : 54 % souhaitent aussi son départ. Mais Charest, qui avait mené l’attaque contre Pauline Marois sans relâche, avait tout fait pour la salir, la dévaloriser et l’entraîner avec lui. Il avait été parfois si grossier avec elle qu’il avait cru la détruire à tout jamais. Il n’avait jamais réalisé que ça allait l’emporter lui, le premier.

Quand il a affirmé qu’il allait changer, j’avoue que j’ai souri. Vous y croyez, vous, à un changement chez Jean Charest ? Moi, pas du tout. Cet homme, à l’âge qu’il a, satisfait de lui-même comme il l’a toujours affiché, ne va pas se remettre sérieusement en question maintenant. Il s’est hissé au sommet à la force du poignet, en virant de capot quand c’était nécessaire, en ajustant son discours selon les besoins du moment, en disant parfois la vérité et son contraire dans la même phrase sans sourciller quand il sait que ça va servir sa formidable carrière, pourquoi changerait-il ce qui l’a toujours si bien servi ?

Il aime le pouvoir à s’en lécher les doigts. Il n’aime pas les aménagements que le pouvoir lui impose et il est évident qu’il préférerait n’avoir de comptes à rendre à personne. Il aime les honneurs et les médailles. Il aime rencontrer les grands de ce monde et il adore l’impression « d’en faire partie » que son poste lui procure. Pourquoi changerait-il ?

Quand 66 % de la population réclame votre départ, votre marge de manoeuvre est étroite. Que peut-il donc faire sinon préparer sa sortie ? Il va s’y appliquer à partir de maintenant.

L’horizon paraît bouché du côté d’Ottawa pour lui. Il faudrait être fou pour chausser les bottes de Michael Ignatieff maintenant que le Parti libéral est sous respirateur artificiel. Ce serait aussi fou d’espérer le départ de Stephen Harper, qui lui aussi fait un gros trip de pouvoir et qui ne va pas lâcher le morceau maintenant. Que reste-t-il ?

À Paris, récemment, un Québécois, habituellement bien renseigné, m’a raconté que Jean Charest cherchait probablement, en ce moment, un poste au niveau international, un poste qui lui offrirait une sortie plus que décente même si le poste n’était qu’honorifique et qu’il n’avait pas une grande importance dans la réalité réelle. Pas moyen de savoir où, ni avec quel organisme surtout. L’idée n’est pas mauvaise. Pour l’international, les deux mains dans les poches et pas sur le volant, il sera parfait.

Comme ce n’est pas l’humilité qui l’étouffe, il doit viser haut. J’ai hâte de voir où il va atterrir. C’est sûr que le parachute sera doré. Je crois qu’on peut déjà dire qu’il ne sera pas à la tête de ses troupes pour la prochaine élection.

J’ose espérer que Pauline tiendra le fort.

* Sources

http://www.vigile.net/La-detestation

http://www.vigile.net/

http://www.ledevoir.com/politique/quebec/294623/la-detestation

http://www.ledevoir.com/

** Lise Payette  est née en 1931.  Animatrice, femme politique, auteure.  Sa popularité comme animatrice à la radio et à la télévision atteint un sommet au début des années 70 alors qu’elle anime le talk-show «Appelez-moi Lise». Candidate vedette du Parti québécois (PQ) lors de l’élection de 1976, elle se voit accorder le ministère des Consommateurs, Coopératives et Institutions financières où elle travaille à la mise sur pied du Régime québécois d’assurance-automobile. Ministre d’État à la Condition féminine (1979-1981) et au Développement social (1980-1981), elle est au centre de l’actualité pendant la campagne référendaire de 1980. Utilisée à profit par la camp du «Non», sa déclaration sur les «Yvettes» est à l’origine d’un mouvement de femmes fédéralistes qui fera beaucoup de bruit. Elle ne sollicite pas un nouveau mandat en 1981, mais continue de faire parler d’elle avec ses feuilletons télévisés («La bonne aventure», «Des dames de coeur», etc.) et ses ouvrages, dont son autobiographie en plusieurs tomes, «Des femmes d’honneur».

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