Notre élite et notre destin *

Par Jean-Pierre Bonhomme ** – Le 3 novembre 2010

Certains hommes politiques argentés ont lancé l’idée de former un mouvement, ou un parti politique qui évacuerait la question nationale pour s’intéresser aux “vraies“ choses : l’argent probablement. Ces gens-ci se dissocient des formations politiques existantes parce qu’ils les trouvent trop engagées dans le dédale des relations identitaires.

Le problème avec cette attitude c’est que notre  “élite“ économique se trompe de vocation. Il n’y a pas de mal à faire de l’argent; c’est le domaine des “gens d’affaires“. Mais vouloir prendre le destin d’un peuple en main , vouloir le gouverner, sans s’intéresser à son âme, à son vouloir vivre collectif, à sa culture et à ses symboles c’est se tromper de métier. C’est un peu comme si le président des États-Unis  voulait gouverner son pays sans s’intéresser à ses rapports avec le monde ! Il fait de la politique; il est élu pour ça.

Or faire de la politique, c’est justement ça : voir à ce que les citoyens – ici ce sont les sujets – maintiennent leur culture collective en vie, qu’elle s’épanouisse; et pour cela il faut traiter avec les voisins. Il faut d’abord voir à ce que les textes constitutionnels de base soient bien rédigés et il faut négocier des arrangements, des partages de pouvoir avec les voisins. Pendant ce temps – en même temps – il faut essayer de bien aménager le territoire afin que les rapports entre la ville et la campagne soient sains.

En ces domaines de l’affranchissement culturel – politique – et de l’aménagement urbain, rien n’est réglé au Québec. Ce territoire plus ou moins français d’Amérique est géré par un document constitutionnel auquel il n’a pas consenti et il n’a pas de politique d’aménagement territorial qui vaille; pas de ministère de l’Aménagement ou de la Ville, rien. De sorte que l’argent est distribué par un pouvoir central omnipuissant et que les banlieues croissent sur les terres agricoles.

Il n’y a pas si longtemps des partis politiques ont voulu gouverner sans faire de la politique au sens réel du terme. On a vu où cela mène : la direction de l’A.D.Q., par exemple, s’est recyclée dans l’animation radiophonique populiste à la petite semaine et le parti au pouvoir gère les choses nationales comme on mène une petite boutique.

C’est un peu comme ce qui se passe en France. Le gouvernement Sarkozy mène son pays comme une entreprise. Où est passée l’âme de la France ? Elle est partie faire des affaires !  Le Québec ne peut donc pas compter sur la mère patrie pour se débrouiller.

Lorsque M. Sarkozy est venu à l’Assemblée nationale – à l’occasion du 400e  anniversaire de la fondation de la Nouvelle-France – il a recommandé à ses “frères“ de ne pas trop se préoccuper du destin national et de s’«ouvrir» au  monde, comme si le désir d’affranchissement de son peuple frère  n’était justement pas de vouloir communiquer avec les autres ? Il faut faire de l’argent ! Pas un seul député de l’Assemblée nationale du Québec n’a protesté. Moi je me serais levé et je serais sorti !

Gouverner ce n’est pas faire de l’argent. Ce n’est pas, comme on dit aux États- Unis, seulement des «jobs, jobs, jobs»…C’est trouver des solutions collectives à des problèmes collectifs.

S’il nous faut fonder un ou des nouveaux partis politiques, ici en Amérique, ce serait pour faire de la vraie politique. Ne pas s’occuper de la question nationale c’est comme faire de la menuiserie sans avoir de bois.

Il en existe déjà des partis politiques au Québec nous dira-t-on. C’est vrai. Est-ce qu’ils font assez de politique ? Je ne le crois pas. Mais ce sont des instruments dont nous pourrions nous servir pour en faire. À commencer par régler la question nationale de Montréal.

Il y a des partis politiques dit nationalistes existants qui n’abordent pas cette question. La  population française de Montréal est depuis peu mise en minorité. Des formations politiques – et les journaux qui sont leur porte-parole – nous disent toujours qu’il n’y a «pas de problème». C’est comme si Paris n’était plus française et que les journaux taisaient l’affaire ! Oui il y a là un problème politique de première importance. D’autres partis laissent entendre que la question se réglera «par un référendum». Bien sûr que non; cela se réglera par des gestes politiques : des gestes politiques radicaux; par des politiques d’immigration québécoises, des politiques d’aménagement territorial, des politiques d’éducation nationale.

Il y a des partis politiques québécois qui disent vouloir sauver la culture française de Montréal et qui consentent joyeusement à subventionner l’anglicisation de la métropole du Québec par le moyen de l’éducation collégiale et universitaire, par la construction de méga hôpitaux et par l’immigration incontrôlée. Ce sont des hypocrites ou des ignorants ou les deux. Ce qu’il nous faut, à la barre, ce ne sont pas des hommes d’affaires ou des dirigeants qui se construisent des châteaux hors des villes, ce sont de vrais politiques qui sont capables de se situer au-dessus des intérêts lucratifs.

Sources

* http://les7duquebec.wordpress.com/2010/11/03/notre-elite-et-notre destin/

* http://les7duquebec.wordpress.com/

** http://les7duquebec.wordpress.com/category/jean-pierre-bonhomme/

Leave a Comment

Filed under Uncategorized

Comments are closed.