Les minorités religieuses dépriment à Noël *

Par Louis M. Gagné – Le 23 décembre 2010

La vue de sapins, couronnes et autres décorations de Noël n’est pas réjouissante et rassembleuse pour tous. Une étude canadienne révèle en effet que les minorités religieuses du pays ressentiraient déprime et exclusion à leur présence.

C’est du moins ce que soutiennent des chercheurs de l’Université Simon Fraser en Colombie-Britannique dans une recherche qui prend racine dans la controverse quasi annuelle entourant la présence de décors de Noël dans les endroits publics.

«Nos travaux montrent que l’omniprésence en décembre d’ornements de Noël dans les lieux publics fait en sorte que les personnes qui ne célèbrent pas Noël se sentent exclues, ce qui nuit à leur bien-être émotionnel», explique en entrevue le professeur en psychologie et coauteur de l’étude, Michael T. Schmitt.

Pour étudier les conséquences psychologiques de Noël, l’équipe du Dr Schmitt a mené deux expériences où l’on demandait à des étudiants de remplir un questionnaire portant sur leurs expériences universitaires alors qu’ils se trouvaient dans une pièce en présence ou en l’absence d’un ornement typique de cette période de l’année, soit un sapin de Noël. Fait à souligner, les sujets ne connaissaient pas le but réel de l’exercice qui s’est déroulé entre la fin novembre 2008 et le début de janvier 2009.

Chrétiens, sikhs et bouddhistes

Cinquante-deux étudiants de premier cycle ont pris part à la première expérience. Un sondage réalisé plusieurs mois auparavant avait révélé que 22 d’entre eux ne célébraient pas Noël alors que 30 le faisaient.

Les chercheurs ont ensuite répété l’expérience, mais cette fois avec 47 étudiants chrétiens, 16 étudiants bouddhistes et 19 étudiants sikhs.

Or, force est de constater que la féerie et l’esprit rassembleur de Noël ne sont pas partagés par tous. Les non-célébrants et les non-chrétiens qui remplissaient leur questionnaire en présence d’un sapin ont rapporté des émotions moins positives et une moins grande confiance en soi que ceux qui n’étaient pas exposés à un arbre. Les chercheurs ont obtenu des résultats inverses chez les participants célébrant Noël.

De plus, les étudiants sikhs et bouddhistes qui se trouvaient en présence d’un sapin ont rapporté se sentir moins membres à part entière de l’université, comme si ce symbole ne faisait pas partie de leur identité.

Fait à noter, les célébrants ont davantage que les autres affirmé ressentir de la culpabilité. Selon les auteurs, cela suggère que la période des fêtes est un moment stressant.

«Nos résultats montrent que les décorations de Noël ont des effets qui varient en fonction de l’identité sociale des participants. Le fait que des étudiants sikhs ou bouddhistes se sentent moins intégrés à l’université en raison d’un sapin de Noël de 12 pouces de haut est assez révélateur», dit Michael T. Schmitt.

En aucun cas les participants ne se sont sentis offusqués par la présence du sapin de Noël. En fait, une fois les expériences terminées, les chercheurs leur ont expliqué le but réel de l’exercice. Tous sans exception ont affirmé que l’arbre de Noël avait amélioré leur humeur.

«Il est possible que les participants n’aient pas eu conscience que l’arbre les affectait négativement. Mais il se peut aussi qu’ils n’aient pas voulu admettre leurs vraies émotions», suggère le chercheur.

Au nom du multiculturalisme

Publiée le mois dernier dans Journal of Experimental Social Psychology, cette étude n’est pas sans évoquer certaines polémiques du passé. En 2006, une juge ontarienne avait créé un tollé en ordonnant le retrait d’un arbre de Noël dans le hall d’entrée d’un tribunal de Toronto parce qu’elle le jugeait offensant pour les non-chrétiens.

Quelques années plus tôt, c’est à Montréal que la controverse avait éclaté quand l’administration Tremblay avait décidé de rebaptiser l’arbre de Noël devant l’hôtel de ville «arbre de vie». Ces deux «accommodements» n’avaient pas fait long feu.

À la lumière de cette étude, Michael Schmitt croit que le temps est venu de revoir l’étalage sans retenue des décorations de Noël au pays.

«Ce problème pourrait être contré en évitant d’avoir des décorations ou même de célébrer Noël là où l’intégration multiculturelle est valorisée, comme dans les écoles, les lieux de travail ou les édifices publics», dit-il.

« Une autre approche serait d’accroître la présence de symboles et de pratiques d’autres religions dans la sphère publique pour que cela reflète la diversité canadienne de manière à éviter que certains groupes se sentent exclus », ajoute-t-il.

Ce genre de propositions pourrait froisser certaines personnes, reconnaît le chercheur. «À mon avis, l’intégration est à son mieux quand la majorité fait des efforts pour que la minorité se sente respectée et intégrée au sein d’une société multiculturelle comme la nôtre».

Soulignons que la présente étude, de type expérimental, est basée sur un petit échantillon fait de jeunes universitaires. Elle n’est donc pas représentative de l’ensemble des minorités religieuses du pays, ce qui rend toute généralisation difficile.

* Source

Article initialement publié sur le site de Rue Frontenac, site des grévistes du Journal de Montréal.  Ce site n’est plus accessible depuis la fin du lock-out.

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