Le modèle québécois

Par Bernard Fournelle – Le 15 janvier 2003

À l’heure actuelle, certains personnages politiques québécois sont tentés, selon la direction du vent et des sondages, à remettre en cause ce que l’on appelle « le modèle québécois ».  Et de plus ces augustes personnages sont issus d’une idéologie de droite et néo-libérale, Cette remise en question ou cette chirurgie frise tout compte fait l’ablation totale du modèle.  Qu’il faille le réviser, c’est une évidence.  Qu’il faille le charcuter, ça frise l’irresponsabilité.

En quelques mots, le modèle québécois, c’est la façon de faire du gouvernement québécois dans les principaux secteurs d’activités pour protéger ou développer la particularité du Québec.  Faut-il rappeler que le Québec français (7 millions de parlants français) est entouré par une mer de parlants anglais (300 millions de personnes).  Le Québec est un peu le village des irréductibles gaulois, de la bande dessinée, assiégé par les troupes romaines de César.

Le modèle québécois prend son origine au début des années 1960.  Tous les secteurs d’activités sont touchés à des degrés divers.  Nous retiendrons les principaux : la langue, la culture, l’économie, l’éducation, l’énergie.  Les actions de tous les gouvernements du Québec depuis plus de 40 ans : libéraux, unionistes et péquistes ont invariablement sauvegardé ce modèle.  Prétendre qu’il est passé date et qu’il faille remplacer la pancarte Québec  Inc. Par une pancarte style USA & Co, c’est dément ou à tout le moins, c’est jouer à l’autruche.

La langue

Tant et aussi longtemps que le Québec sera entouré par près de 300 millions d’anglophones, tous les Brent Tyler, Bill Johnson et toutes les Diane Francis de ce monde pourront continuer à hurler; le Québec devra appliquer des mesures pour sauvegarder le français.  Si la Californie, la Floride et plusieurs autres états américains ont passé des lois décrétant l’anglais comme étant la seule langue officielle pour se protéger de l’envahissement de l’espagnol, il serait suicidaire pour le Québec de relâcher ses mesures de protection de la langue française.

La culture

Amusez-vous lorsque vous regardez votre télé-horaire à comparer le nombre de canaux diffusant en français et combien de canaux diffusent en anglais.  Faites la même opération en écoutant la radio.  Lorsque vous irez chercher votre revue favorite à votre boutique à journaux, faites la comparaison entre les revues françaises et les revues anglaises.  Sans compter l’envahissement des films et de la musique qui oblige tant le gouvernement canadien que le gouvernement québécois à imposer des normes de contrôle.  Si le Canada anglais doit se protéger contre l’envahissement de la culture américaine, à plus forte raison le Québec, le seul état francophone en Amérique.

L’économie

Les mesures de soutien de l’état québécois à son secteur économique ont permis la naissance de puissances moyennes comme Bombardier, Québécor, Cascades, le Fond de Solidarité et plusieurs autres.  Par la présence de la Caisse de dépôts et de placements, la Société générale de financement, Hydro-Québec, Investissements Québec; l,état québécois se donne les moyens de rivaliser avec les puissances financières américaines et internationales.  Ces mesures, pour nos ténors du libéralisme économique sauvage, sont trop contraignantes et socialisantes, mais chaque pays si grand soit-il, impose ses règles du jeu.  Tout en étant pour le  libre marché, notre puissant voisin du Sud, ne s’empêche pas de limiter l’accès du bois d’œuvre canadien et québécois chez lui; ne s’empêche pas d’interdire l’importation de bananes de certains petits pays du sud et nous pourrions continuer la litanie.  En passant les USA, est le pays qui subventionne le plus son agriculture.  Il est plus facile de voir la paille dans l’œil de l’autre que de remarquer la poutre qui obstrue notre vision dit le dicton.

L’éducation

Le Québec du début des années 1960 était en retard.  Le coup de barre a été donné par la création du Ministère de l’Éducation.  Cela peut faire sourire beaucoup de monde, mais le système québécois est performant et gratuit.  Bon, il y a quelques lacunes, mais dans son ensemble le système donne des résultats positifs.  Et il y a même place pour un secteur privé.  Mais de là à faire éclater ce système et l’ouvrir aux lois du marché, c’est faire preuve d’une totale inconscience.  Certains se plaignent de frais de scolarité trop élevés au niveau universitaire, alors comparez avec les autres provinces canadiennes.  Vous voulez avoir une crise d’apoplexie, informez-vous des frais de scolarité à la maison-mère USA & Co. Et vous verrez ce que réussit un modèle appliquant les lois du privé.

L’énergie

Dans ce secteur la démonstration est simple.  Il ne s’agit que de regarder nos voisins ontariens.  Hydro-Ontario a été en partie privatisée, c’est l’héritage de l’ami Harris, celui qui impressionne  beaucoup de nos politiciens en devenir.  Les coûts ont grimpé en flèche, c’est le moins que l’on puisse dire.  Le gouvernement du bon sens comme il se nomme, doit trouver une multitude d’astuces pour que la marmite ne lui saute pas dans la figure.  Hydro-One qui devait être la trouvaille du siècle, la preuve que le privé était meilleur que le méchant État est entrain d’obliger nos voisins outre-Outaouais à ressortir leurs chandelles.  Et nous ne parlerons pas de nos voisins du Sud qui eux connaissent depuis quelques années ce qu’est le délestage : il n’y a pourtant pas eu de tempête de verglas.

Alors… L’herbe semble toujours plus verte chez le voisin.  Certains ténors du néo-libéralisme cultivent le modèle USA & Co. Certains de nos politiciens en puissance s’en inspirent.  À l’aube d’une campagne électorale, il faudra surveiller les Dumont, Landry et Charest qui seront tentés de plaire à trop de monde et surtout à ceux qui rêvent d’une planète privatisée.

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