Capital et entrepreneuriat *

Par Pierre JC Allard ** - Le 5 décembre 2010

Quand on pense gouvernance, on pense  Gauche, Droite,  Collectivisme, Individualisme…. mais ne sommes-nous pas, par habitude et avec une certaine arrogance, à nous prêter une discrétion de choix que nous n’avons plus tellement ?  Pourquoi vivons-nous en société ? Instinct grégaire, désir de protection, bien sûr, mais, dès  qu’il vit tranquille derrière une muraille, à quoi pense le citoyen ?  À s’enrichir.  Une façon de dire à satisfaire ses besoins. Une société perdure parce que, permettant une division du travail, elle nous permet a tous de vivre mieux que Robinson sur son île. En produisant ensemble.

Produire, c’est transformer ce qui est en ce qu’on veut qu’il soit pour mieux satisfaire nos besoins. On le fait mieux ensemble, mais pas n’importe comment. Plus une société est complexe, plus il apparaît qu’il n’y a vraiment pas tant de bonnes façons de faire les choses. Il y a des coefficients techniques qui optimisent les paramètres de production. En fait, on n’est plus si loin du point où il n’y aura qu’une seule MEILLEURE façon de le faire que tout le monde verra.

On ne choisira plus entre des politiques, mais entre ceux qui appliqueront LA politique qui apparaîtra la plus efficace.  Celle qui permettra de produire  plus et mieux. On fera collectivement ce qu’il est plus efficace de faire de cette façon: assurer la défense et l’ordre est un exemple. Assurer les communications en est une autre.  De même  la solidarité sans laquelle une société ne peut survivre. On fera individuellement, toutefois, ce qui fait appel à l’esprit d’entreprise et on fera  la part belle a la justice commutative qui donne a chacun selon ce qu’il contribue.

On choisira la gouvernance la plus efficace.  Peut-on prévoir ce qu’elle sera ?  Dans une société d’abondance , ce sont des SERVICES que veut surtout la majorité effective de la population.  On va donc poursuivre et compléter la mécanisation dans les secteurs prinaire et secondaire de production de bien tangibles et on la poussera aussi jusqu’à la limite du possible dans le secteur tertiaire. La migration de la main-d’oeuvre vers les tâches inprogrammables, va s’accélérer et le rapport de force entre le capital et le travail va donc se transformer.  Nous allons donc passer  d’un système capitaliste à un système entrepreneurial de production …

Ce n’est pas la même chose ? Oh non ! Le capitalisme hiérarchise les fonctions: il a des décideurs et des exécutants. Dans le système de production complexe  et essentiellement tertiaire que nous créons et où les fonctions deviennent de plus en plus complémentaires, le travail HUMAIN d’exécution devient si trivial, quand on le compare au temps de décision – incluant information, analyse, synthèse et réflexion indissociable de cette décision – que la tâche d’exécuter sans décider n’a plus de raison d’être.

Bien sûr, il faut encore aujourd’hui que quelqu’un balaie le parquet et aille chercher le café, mais on comprend que ce n’est qu’affaire de temps avant que la mécanisation fasse que le parquet se nettoie tout seul et que le café arrive quand on le siffle. Il ne faut pas prévoir la structure de production de l’avenir et les rapports entre travailleurs, en posant somme prémisse la pérennité des porteurs d’eau. Ce serait une aberration. Il y aura de moins en moins de travailleurs qui ne décident pas et un jour il n’en restera plus.

Dans une structure de production où le résultat dépend des décisions et donc de la compétence et de la bonne volonté de tous, le capital est dans une position de faiblesse face aux travailleurs. Il peut encore exiger un rendement, mais il doit renoncer à s’immiscer dans le processus lui-même. Quand le capital ne peut plus intervenir dans la production au sens strict, ce sont les travailleurs qui deviennent les entrepreneurs et ils ne sont vraiment motivés et donc efficaces que s’ils sont autonomes.

Quand les compétences sont complémentaires et que chaque participant est décisionnel, l’entrepreneuriat est la seule façon d’optimiser la production et la distribution du produit; toute autre approche est inefficace. C’est cette structure de production dans laquelle COLLABORENT des travailleurs autonomes complémentaires pour optimiser un résultat RÉEL qui va remplacer la structure de production capitaliste actuelle où les ordres viennent d’ailleurs et dont l’efficacité se mesure dans le miroir déformant de la spéculation monétaire.

Ne pas en déduire que le capitalisme disparaîtra ! Un système de production peut être à la fois capitaliste et entrepreneurial. La plupart des systèmes actuels en sont des exemples et dire que capital et entreprise sont tous deux nécessaires est une évidence. Il faut éviter de les confondre, toutefois. Car si, pour asseoir sa dominance, le néo-libéralisme a réussi à présenter capitalisme et libre entreprise comme les deux piliers complémentaires de notre structure économique, la réalité est que ce sont plutôt les deux pôles d’un axe le long duquel le système de production se déplace.

Capitalisme et entrepreneuriat sont nécessaires l’un à l’autre, mais s’opposent irréductiblement. On pourrait les dire «synagonistes»… Quel est le rapport de l’entrepreneuriat au capital ? La fonction « entreprise » incarne le présent – et donc implicitement l’avenir – face au capital qui représente le passé. Lorsque les facteurs de production sont assemblés, le capital – incluant la matière première qui, au départ, est le « capital » par excellence – constitue l’apport au projet de ce qui existe déjà, par opposition au travail qui est la valeur qu’on veut y ajouter.

La valeur de l’entrepreneuriat en comparaison de celle du capital est donc dans le rapport de la valeur du travail à faire à celle de la richesse investie. Ell est dans le rapport de la valeur de l’ajout à celle du fond auquel il s’ajoute. C’est un rapport fluctuant, puisque ce que l’on fait dans l’instant présent (travail) devient dès l’instant suivant, un ajout au passé (capital). Le passé se nourrit du présent et ce que l’on produit devient capital. En fait, l’entreprise trouve sa motivation et sa fin à devenir capital.

On peut dire, à juste titre, que le pouvoir inhérent à la richesse est toujours entre les mains de celui qui, dans l’instant présent, possède le capital, mais ce capital est évanescent et le rapport de force réel de l’entrepreneuriat au capital dépend de la vélocité du changement, plus précisément du rythme de changement qu’on anticipe. Le pouvoir du capitaliste face à l’entrepreneur (travailleur) diminue à mesure que décroît la valeur relative de ce qu’il possède face a celle attendue de ce par quoi l’entreprise le remplacera. Or tout se transforme désormais plus vite et l’on VEUT que tout se transforme plus vite. Les exigences du capital nous retardent. Le capitalisme n’est plus efficace.

Le capital réel ne se dissipe pas, mais perd constamment de son importance relative face aux nouveaux apports du travail-entrepreneuriat. C’est le momentum même du changement qui détermine le rapport de force entre le travail et le capital, entre ce qui se crée maintenant et ce qui est déjà là. Plus l’on décide d’évoluer rapidement, plus le travail – entrepreneuriat gagne en importance par rapport à ce qui a déjà été accumulé. Plus l’importance relative de la compétence au capital change en faveur de l’entrepreneur, plus le pouvoir du capitaliste devient précaire, ce qui entraîne un changement de la hiérarchie sociale. Il faut accepter ce changement de hiérarchie: c’est la clef d’une nouvelle société.

Il ne faut pas voir cette partie de souque à la corde entre capital et entrepreneuriat comme lutte entre la Gauche et la Droite. On pourrait parler plus pertinemment d’une querelle des «anciens» et des « modernes », car le vrai clivage est entre la stabilité – qu’on peut aussi appeler méchamment l’inertie – et le changement… qu’on peut aussi interpréter tout aussi méchamment comme une destruction des valeurs en place. Ne pas y voir une lutte du bien contre le mal : il y a seulement un équilibre à trouver.

Il ne faut surtout pas penser que cette lutte conduira à une quelconque victoire finale. La riposte du capitalisme à la montée de l’entrepreneuriat prend la forme d’une alliance en gestation entre les grands capitalistes “shylocks“ et les petits capitalistes rentiers. C’est une force passéiste en opposition aux travailleurs-entrepreneurs en quête du changement, qui sera sans doute toujours là et qui pourrait connaître encore de beaux jours. Le maternalisme est toujours une option: celle de la décadence.

Pour l’instant, toutefois, le système de production va favoriser les entrepreneurs. Le passage à une structure de production plus entrepreneuriale est nécessaire pour permettre l’éclosion d’une société où la compétence aura le pouvoir. Une société de collaboration plutôt que de concurrence forcenée. La crise actuelle des marchés financiers qui réduit a rien la valeur du capital monétaire rend ce passage vers l’entrepreneuriat plus facile.

À court terme, sur l’axe entrepreneuriat-capital, le curseur sera déplacé vers l’entrepreneuriat et nous mettrons en place une structure de gouvernance qui privilégiera l’entreprise, chaque travailleur étant un entrepreneur.   C’est cette nouvelle façon de produire  qui déterminera l’évolution de la société:  les germes d’une Nouvelle Société sont là et tout le reste suivra.

Sources

* http/::les7duquebec.wordpress.com:2010:12:05:8235:

* http://les7duquebec.wordpress.com/

** http://les7duquebec.wordpress.com/category/pierre-jc-allard/

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