Un bonimenteur *

Par Cabanel **  - Le 12 décembre 2010

Note de hda : En cliquant sur le lien source de la chronique, vous aurez tous les liens appuyant les affirmations contenues dans cet article ainsi que les commentaires des lecteurs.

À chacun de ses voyages, il annonce des contrats mirifiques, des milliards d’euros à l’horizon, des TGV, des Rafales, des centrales nucléaires, des navires de guerre, des armes, etc.  Le temps passant, on s’aperçoit que la réalité est beaucoup moins prestigieuse.

Il existe dans notre belle langue française plusieurs mots pour qualifier le boniment : bluff, propagande, artifice, esbroufe, baratin, pipo…etc.  En France, nous avons hérité d’un spécialiste.

Les professionnels de la vente, eux,  savent bien que tant qu’un contrat n’est pas signé, il court toujours le risque ne jamais l’être, et ils évitent donc de vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué….Il paraît que ça porte malheur.

Il est amusant de décrypter  attentivement la façon qu’à la presse de relater les contrats annoncés….

«Gros contrats à la clé »peut-on lire en titre, et a la fin de l’article on découvre une conclusion : «certains aspects de cette commande sont toujours en négociation».

Question langue de bois, on ne fait pas mieux.  On devine que rien n’est signé.

Prenons l’exemple du fameux contrat des 36 «Rafales» au Brésil annoncé par Sarközi en grande pompe.

Un Rafale vaut 80 millions de dollars, le F18 américain en vaut 60, et le Saab suédois n’en coûte «que» 50.

Il y avait bien promesse d’achat du Président Lula, mais le rapport qualité prix aidant, et les experts de l’armée brésilienne consultés, ont fait pencher la balance d’un autre coté.

Pourtant, dans le marché prévu, il était aussi question d’un «transfert de technologies». C’est-à-dire que l’acheteur aurait eu les moyens par la suite de fabriquer lui-même ces avions.

Malgré tout, les Rafales n’ont pas été vendus, et le contrat est devenu «mirage», ce qui concernant un avion, est amusant.

Pourtant Dassault avait baissé son prix de vente passant de 8,2 milliards à 6,2 milliards.

De plus, grâce à Wikileaks, et à Julien Assange, on apprend que pour arracher la signature du fameux contrat, la France était allé jusqu’à promettre de livrer les codes informatiques du «Rafale».

On y apprend aussi que le président brésilien trouvait le prix proposé de l’avion français «absurde».

Il faut ajouter que le Brésil avait surtout l’intention d’en fabriquer, pour les vendre à son tour à travers l’Amérique latine.  Cette vente ratée n’est hélas pas un cas isolé.

Prenons par exemple la médiatique visite de Kadhafi en 2007, à l’occasion de laquelle Nicolas Sarközi avait dû avaler quelques couleuvres. Rappelez-vous, il avait assuré publiquement avoir évoqué la question des droits de l’homme avec le dictateur Lybien.  Ce dernier, avec un grand sourire amusé, à démenti publiquement la chose, devant un Sarkozy décomposé.

En attendant, il avait, à cette occasion, annoncé des contrats plus mirifiques les uns que les autres.

Étaient en jeu 14 Rafales, 21 Air Bus, 35 hélicoptères, et d’autres peccadilles militaires pour un total de 10 milliards d’euros.   Une fois les belles déclarations passées, force à été de constater en fin de compte qu’aucun contrat n’a été signé.

Et quid des fameux 20milliards d’euros de contrats soi disant signés avec la Chine. Nous sommes en novembre 2007, quelques mois avant les jeux olympiques de Pékin.

Il a fallu d’abord que Sarkozy avale une nouvelle couleuvre, assurant avoir évoqué les droits de l’homme… mais que ça ne remettait pas en question sa présence lors des jeux Olympiques de Pékin.  Jolie pirouette.

Il s’est même permis à l’occasion un humour d’un goût douteux sur le sujet : «Même si vous ne m’aviez pas invité, j’y serais allé quand même».

Étrange image de la France, pays des droits de l’homme, donnée à l’étranger.  Les affaires passent avant tout.

À l’époque, il était déjà question de 160 Air Bus, mais aussi de 2 EPR, de TGV… Le contrat final s’est limité à 40 Air Bus.  Bien loin des 20 milliards d’euros annoncés.

3 ans après, en 2010, Sarközi reçoit le président chinois, assurant que les contrats signés seraient «de loin plus importants que lors des précédentes visites de dirigeants chinois à l’étranger». Lors de la conférence de presse, il annonce que 102 Air Bus ont été commandés.  En réalité, il n’y en a que 66 qui sont prévus.  Par un tour de passe-passe d’illusionniste, il a simplement ajouté à cette vente celle réalisée trois ans auparavant.

En attendant, nous avons toujours nos Rafales sur les bras.

Les Emirats, pas vraiment décidés à leur sujet, sont toujours en «cours de négociation».

À ce jour, il faut se rendre à l’évidence, pas un seul Rafale n’a été vendu à l’étranger. Comme l’avion est  subventionné par l’Etat, faute de vente, le ministère de la défense français vient d’être obligé d’en acheter 11.  Si l’État les achète, c’est donc nous qui payons.  500 millions d’euros. En temps de disette, ça fait plutôt mauvais genre. À la fin de cette année, nous aurons acheté 93 Rafales, entraînant une dépense d’environ 5 milliards d’euros.  Mais que l’on se rassure, la commande totale est de 286 Rafales.

Pour faire bonne mesure, nous en avons perdu un en pleine mer, au large du Pakistan.  Enfin, le pilote a eu le temps de s’éjecter, mais c’est la seule bonne nouvelle.  Pas de doutes, Monsieur Dassault, fidèle sarkozyste, est un homme gâté.

Au Kazakhstan, la France allait construire un oléoduc, qui devait permettre d’engranger dans les caisses des entreprises françaises plus d’un milliard d’euros, et la création de 1000 emplois.

Pour cela, il a fallu baisser pudiquement une fois de plus les yeux sur les droits de l’homme.  En réalité, il n’y a pour l’instant qu’un protocole d’accord.  Il est vrai que question droit de l’homme, Sarközi ne craint rien.

Pour traiter avec la Tunisie, où ces droits  sont  en panne depuis longtemps, il a insisté lourdement : «je ne veux pas m’ériger en donneur de leçon» a affirmé notre courageux démocrate. Il faut ajouter que la France est le premier partenaire commercial de la Tunisie.  Ces pudeurs démocratiques ont donc permis de vendre une quinzaine d’Air-Bus.  Le Président Ben Ali peut continuer à torturer tranquillement, comme le confirme un ex-ambassadeur Canadien, Bruno Picard.

En Algérie, on est dans le flou artistique.

À Moscou, en juillet dernier, notre impétueux représentant de commerce national annonçait que la France allait fournir des navires de guerre à la Russie, relançant ainsi l’activité des chantiers de St-Nazaire.  Pas de bol, un mois après, la Russie arrête les négociations.

Côté nucléaire ce n’est guère plus brillant.  La catastrophe technique et financière de l’EPR finlandais ne suffit pas aux déboires de notre VRP présidentiel.  Cette centrale nucléaire devait être inaugurée en avril 2009, et on apprend aujourd’hui qu’elle ne démarrera pas avant 2013… en principe.

Toujours dans le nucléaire, un énorme contrat vient d’échapper à la vigilance présidentielle puisqu’à Abou Dhabi, Areva et EDF viennent de connaître un nouvel échec.

Pourtant, ça bouge aux Indes: Notre VRP national annonce qu’à défaut de signature, la France et l’Inde auraient jeté les bases de la construction de deux réacteurs EPR.  En effet, l’Élysée a avancé le chiffre de 15 milliards d’euros d’accords signés…ou sur le point de l’être.

Entre les lignes on comprend que rien n’est fait, d’autant qu’une clause dérange beaucoup AREVA : en cas d’accident, la loi indienne est susceptible de mettre en cause les fournisseurs de la centrale nucléaire.

Si l’on fait le bilan des ventes présidentielles depuis 2007, le fossé s’est creusé entre les annonces du chef de l’état et la réalité.

«Depuis 2007, le montant des grands contrats signés chaque année dépasse les 30 milliards d’euros en moyenne, et la moyenne sur les dix années précédentes est de 14,8 milliards» se réjouissait la secrétaire d’État au commerce extérieur.

Mais l’affirmation de la «performance» française ne se vérifie pas sur le papier.  En réalité l’année 2005 a été supérieure (avec 26,7 milliards) à l’année 2007 (seulement 26,4 milliards), et encore plus largement par rapport à 2008 qui n’atteint que 18,8 milliards.

Cela relève-t-il de la mythomanie ? De la confusion ? D’un moment de distraction ? La question reste posée.

En attendant, de la Libye au Brésil, en passant par le Kazakhstan et la Russie, Nicolas Sarkozy est bien placé pour remporter le record des contrats non signés.

Car comme dit souvent mon vieil ami africain : «si tu vois un serpent sur une bicyclette, c’est qu’il a trouvé le moyen de pédaler sans les pieds».

Sources

* http://www.centpapiers.com/un-bonimenteur/52007

* http://www.centpapiers.com/

** http://www.centpapiers.com/author/cabanel

** http://cabanel.7duquebec.com/

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