Ces Français qui jouent à l’autruche *

Par Marco Fortier sur le trottoir – Le 7 septembre 2010

C’est une grève générale comme seuls nos cousins français en sont capables : de 1,1 à 2,7 millions de manifestants ont pris d’assaut les rues mardi pour dénoncer la réforme des retraites en France.

Les grandes manifs ont un côté romantique indéniable. Rien de plus grisant que de se «tenir debout» face au gouvernement, surtout un gouvernement arrogant comme celui de Nicolas Sarkozy.

Oui, les grandes manifs ont un côté romantique indéniable. Sauf que les romantiques, cette fois, sont dans le champ. Ils rêvent en couleur. C’est le gouvernement de la France qui a raison : sans un coup de barre majeur, le régime des pensions se retrouvera dans le rouge dès 2018 (Remarque 1 par hda). Aussi bien dire demain matin.

Les manifestations en France sont symptomatiques d’un mal qui menace tous les États développés d’Occident, y compris le Québec et le Canada : nous, citoyens de pays vieillissants, en déclin, refusons de voir la réalité en face. La réalité, c’est que nous n’avons plus les moyens de nous payer la «Cadillac» des programmes sociaux pour le prix d’une Hyundai.

Avouez qu’on est comme les Français : on aimerait tous que l’État nous garantisse une retraite à 57 ans ou 60 ans (Remarque 2 par hda) sans augmenter nos cotisations. «Liberté 55», disait le monsieur de la publicité, en grimpant sur son voilier dans les Caraïbes. Mais dans la vraie vie d’aujourd’hui, ça ne se passe pas tout à fait comme dans une pub des années 1980.

Le péril gris

Dans la vraie vie, au Québec encore plus qu’en France, la population vieillit. Dramatiquement.

Les chiffres de l’Institut de la statistique du Québec disent tout. On compte aujourd’hui cinq travailleurs pour un retraité au Québec. Dans tout juste quatre décennies, en 2051, ce sera… deux travailleurs pour un retraité!

Tout le drame des vieilles démocraties occidentales se trouve là. Plus la population vieillit, moins l’économie produit, moins l’État collecte de taxes et d’impôts, plus les pensions et les soins de santé coûtent cher et moins il y aura de travailleurs pour payer. Ayoye, docteur, ça fait mal!

On a beau descendre par millions dans la rue, gueuler, tout casser, ça ne change rien. On n’a plus les moyens de faire comme si de rien n’était. On vit sur du temps emprunté.

Ça fait mal de voir la réalité en face. Le gouvernement Sarkozy a pris le taureau par les cornes. La réforme des retraites propose de hausser de 60 à 62 ans l’âge minimal légal de la retraite.

Il faut pourtant se préparer à voir des personnes «âgées» au travail : au Québec, la proportion des 65 ans et plus qui occupent un emploi va presque doubler d’ici à 2025, passant de 6,8 % à 11,9 %, selon les prévisions du gouvernement. Ce sont 100 000 personnes qui se priveront d’une retraite, faute de revenus suffisants!

Les fonctionnaires aussi

En France, les employés de l’État, qui ont toujours joui d’un système de privilèges, vont aussi passer à la caisse. Leurs cotisations augmenteront au niveau de celles du privé, de 7,85 % à 10,55 %. Ils perdront un autre avantage quasiment trop beau pour être vrai, qui leur accordait la retraite après 15 années de service s’ils ont trois enfants ou plus.

On peut comprendre les Français de se braquer. C’est un réflexe normal quand on perd des acquis aussi avantageux. Il faut aussi dire que le régime Sarkozy a été impliqué dans tellement de scandales, ces derniers mois, qu’il manque de crédibilité pour imposer ses réformes. Le «monde ordinaire» voit mal la nécessité de faire des sacrifices alors que les grands de ce monde s’en mettent plein les poches.

Ça prend un leader solide pour convaincre un peuple de souffrir pour le bien commun. On peut facilement imaginer le sort que réserveraient les Québécois à une réforme semblable qui serait décrétée par le gouvernement Charest.

Remarque 1 par hda

Au Québec, le taux cotisation au niveau de la Régie des rentes du Québec augmente régulièrement pour assurer la solvabilité, à long terme du régime. Le taux de cotisation au régime de retraite des fonctionnaires publics ou para-publics (santé et éducation) augmente régulièrement et est fixé lors de la négociation des conventions collectives. Ces deux régimes sont administrés par la Caisse de Dépôts et de Placements du Québec. Et aucun privilège n’est rattaché à ces régimes. Les bénéficiaires continuent à payer des impôts selon leurs revenus annuels de retraite.

Remarque 2 par hda

L’âge légal de la retraite au Canada et au Québec est à 65 ans. Et il n’y a pas de notion de “pénibilité“. Au Québec, la personne peut avoir accès à la rente provenant de la Régie des Rentes du Québec à l’âge de 60 ans. Mais le montant est réduit de plus ou moins 30% et cela pour la vue durant. Une personne ayant travaillé dans la fonction publique ou para-publique verra la prestation de son régime de retraite diminuée de la somme versée par la Régie des Rentes à l’âge de 65 ans. Au Québec, un fonctionnaire de la fonction publique ou para-publique peut prendre sa retraite après 35 ans de service s’il combine son âge et ses années de service et qu’il atteint 88 ou 90 ans au total (ex. : 55 ans d’âge et 35 ans de service = 90 ans). Il retirera alors 70% de son salaire : 2% x par 35 ans de service, c’est le modèle théorique. Il retirera moins s’il n’a pas atteint le nombre d’années de service requis. Il peut avoir plus, s’il a contribué à un régime privé et à ses frais.

* Sources (Le site rue Frontenac est fermé depuis la fin du lock-out au Journal de Montréal)

http://ruefrontenac.com/marcofortier/27360-blogue-francais-manif

http://ruefrontenac.com/index.php

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