Haro sur les bonnes consciences *

Par Manfred Rist (Neue Zürcher Zeitung) – Zurich – Le 31 août 2010

Toute à sa politique sécuritaire, la droite sarkozyste s’en prend désormais à ceux qu’elle nomme les “bien-pensants”. Que leur reproche-t-elle ? De ne pas penser droit ou de penser tout court ? se demande la Neue Zürcher Zeitung.

La fermeture de campements dans les banlieues, les expulsions de Roms et surtout l’accent mis sur l’ordre et la sécurité sont probablement bien vus par une majorité – silencieuse – de Français. Ce n’est toutefois pas le cas pour une grande partie de la classe politique et des médias, notamment à l’étranger. Les critiques fusent, tant de Bruxelles, de Chine et du Vatican que de l’opposition de gauche et des organisations humanitaires. Elles restent cependant sans grand effet sur le gouvernement français, aux yeux duquel tous ces gens-là sont à mettre dans le même panier : ce sont des “bien-pensants”. La signification de cette expression a changé récemment. Plus floue, elle surgit de manière récurrente dans le débat politique pour désigner tout ceux qui pensent différemment, ironise sur leur cas et vire de plus en plus souvent à l’insulte. Il n’existe pas de contraire de “bien-pensant”. Le bien-pensant est politiquement correct, peut-être trop correct et, comme c’est quelque chose qu’on ne peut pas lui reprocher, on le surnomme “bien-pensant”.

Pour le gouvernement français, les bien-pensants masquent la réalité des problèmes liés à l’immigration. Pour le ministre de l’Intérieur, Brice Hortefeux, ils sont de préférence issus de ce “petit milieu politico-médiatique parisien” qui a perdu tout contact avec la réalité des Français [Brice Hortefeux fait également allusion à “certaines voix de la gauche milliardaire”]. La tâche du gouvernement est claire, explique-t-il en substance dans un entretien accordé le 22 août au quotidien Le Monde : les bons citoyens doivent se sentir davantage en sécurité et les mauvais, davantage menacés.

Au moins les bien-pensants sont-ils capables de réfléchir, laisse entendre Didier Pourquery, rédacteur en chef du Monde Magazine. Ils sont aussi de plus en plus nombreux et pas seulement chez les socialistes ou les centristes. Dominique de Villepin, ancien Premier ministre de Jacques Chirac, membre de l’UMP et possible candidat à la présidentielle, considère cette politique sécuritaire à la Sarkozy comme “une tache de honte” sur le drapeau français. Son collègue, Alain Juppé, a lui aussi clairement pris ses distances. La question embarrasse jusque dans les rangs de la majorité et on se demande pourquoi le Premier ministre, François Fillon, s’est tu si longtemps. Sarkozy devra-t-il bientôt également le compter parmi les bien-pensants ?

* Sources

http://www.courrierinternational.com/article/2010/08/31/haro-sur-les-bonnes-consciences

http://www.courrierinternational.com/notule-source/neue-zuercher-zeitung

http://www.nzz.ch/

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