Le Waterloo du foot français

Par Pascal Boniface ** – Le 25 juin 2010

Pendant des années, la France a bénéficié de l’aura de son équipe de football. Celle-ci jouait bien, gagnait des titres, et dégageait une image positive. Je peux témoigner qu’à partir de 1998, pendant quelques années, partout où j’allais à l’étranger, la première chose dont on me parlait était l’équipe de France, et en termes élogieux.

Aujourd’hui, les Bleus sont la risée du monde, quand ils ne sont pas méprisés. Cela ne peut pas ne pas affecter le statut du pays, puisque l’image compte énormément dans la définition de la puissance, et que le football étant devenu le sport le plus mondialisé, le plus regardé, le statut de son équipe a des répercussions sur la perception du pays.

De même qu’en juin 1940, la France a connu une faillite stratégique et morale, l’équipe de France a connu non seulement un désastre sportif, cela fait partie des choses, mais bien plus grave, un désastre moral. Elle a frappé son Waterloo.

Les insultes, même si leur teneur a été exagérée par le journal L’Équipe, le refus de s’entraîner, et cerise sur le gâteau, le refus du sélectionneur Raymond Domenech de serrer la main à son homologue sud-africain à la fin de la partie, tout ceci a assombri l’image de l’équipe. Qu’apprend-on aux jeunes ? De saluer leur adversaire après un match, surtout s’ils l’ont perdu.

Les raisons du désastre sont multiples et il faudra faire attention que des oiseaux de mauvais augure ne viennent pas apporter de fausses réponses à de vraies questions. Ce n’est bien sûr pas l’origine ethnique, ou les différences religieuses entre joueurs qui sont responsables. L’argent a un rôle, mais ne peut pas être la seule cause. Les Argentins, les Portugais ou les Brésiliens ne sont en effet pas les assistés sociaux du ballon rond.

Le problème est un équilibre entre les droits et les obligations. Les joueurs de football sont devenus des stars. Ceux de l’équipe de France en ont les caprices, mais pas l’envie de performance. L’individu l’emporte sur l’équipe. Le problème est que finalement, les joueurs ont pris le pouvoir au sein de l’équipe de France, mais n’ont pas su l’exercer. Il n’y a pas de leaders qui sachent se faire respecter dans l’équipe et ils ne craignent ni le sélectionneur, ni les dirigeants. Ces événements ont provoqué un grave choc psychologique en France. À la crise économique et sociale que connaît le pays, s’ajoute désormais celle de son équipe nationale.

Le grand intérêt dans le sport en général, et dans le football en particulier, est que la mort est provisoire. Demain est un autre jour, nous allons bientôt entamer les qualificatifs pour l’Euro 2012, nous avons la perspective de l’organisation de l’Euro 2016, le bilan des instances n’est pas totalement négatif. À côté du travail sportif, il y a un travail psychologique et social pour convaincre les joueurs qu’ils ont des obligations à l’égard du public et de la nation. N’est-ce pas d’ailleurs dans leur intérêt bien compris de redevenir des joueurs sympathiques et aimés, plutôt que de traîner la réputation sulfureuse qu’ils ont aujourd’hui ?

La France comme nation s’est relevée de plusieurs désastres, l’équipe de France en fera de même.

* Source

http://www.cyberpresse.ca/opinions/201006/23/01-4292815-le-waterloo-du-foot-francais.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_B13b_opinions_652_section_POS3

** Pascal Boniface : L’auteur est directeur de l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) et enseignant à l’Institut d’études européennes de l’Université de Paris 8. Il a écrit ou dirigé la publication d’une quarantaine d’ouvrages, notamment sur l’impact du sport dans les relations internationales.

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