Les Bleus ou la mort du black-blanc-beur *

Par Adama Ndiaye – Le 24 juin 2010

Un langage fleuri signé Nicolas Anelka à l’endroit de son entraîneur, Raymond Domenech, a fait exploser la maison bleue. Et depuis, comme dans Loft Story, on en apprend des vertes et des pas mûres sur l’intimité de l’équipe de France. Patrice Evra, en bon chef de bande pour défendre son copain tombé en disgrâce, cherche à éliminer un traître. Ajoutez à cela Franck “Scarface” Ribéry, qui joue les caïds de bac à sable en inhibant complètement ce pauvre Yoann Gourcuff, trop lisse sans doute dans ce monde de brutes. Avec tout cela, difficile de croire qu’on est encore dans le football, on est plutôt dans Prison Break. Comparaison d’autant plus juste que ces Bleus, avec leur morgue et leur suffisance, se sont totalement isolés dans leur luxueux hôtel de Knysna [à l’ouest du pays, province du Cap-Occidental].



Que tout cela est pathétique et gonflant ! Certes, ce n’est que du football, mais cette affaire est plus grave qu’on ne le pense, si on prend le temps de la mettre en perspective. Car ce n’est pas seulement sur les divas de l’équipe de France que l’hallali va tomber, mais sur les pauvres petits jeunes des cités françaises. Déjà les identitaires irascibles commencent à sortir le microscope pour nous dire que tout cela est la parfaite illustration d’une France coupée en deux. Celle entre le Blanc Gourcuff élevé dans l’austérité et le sens du sacrifice tout à fait bretons, et l’autre personnifié par Anelka, la “racaille” de Trappes, qui ne connaît aucune soumission à l’autorité. Et, cette fois, même la personne ayant la meilleure volonté du monde aura du mal à leur apporter la contradiction, à ces obsédés de la grande identité française. Si Anelka refuse de donner le ballon à Gourcuff, ce n’est pas parce que sa couleur de peau ne lui revient pas. Si ces footeux se comportent de façon aussi lamentable, c’est simplement parce que c’est dans l’air du temps. Il est de bon ton d’être provo ou trash dans un monde où l’anti-intellectualisme est la valeur la mieux partagée, surtout dans ces quartiers difficiles.



Finalement, dans cette prison française peuplée de stars gâtées et pleurnichardes, le problème, c’est que le gardien de prison, l’ineffable Raymond Domenech, n’est pas à la hauteur. Son absence d’autorité et de crédibilité a été la grande source de tout ce cirque. Et, comme si cela n’était pas suffisant, il a entrepris de verser dans le ridicule jusqu’au bout, en venant lire les doléances des joueurs face à la caméra. Pauvre France !

* Sources

http://www.courrierinternational.com/article/2010/06/24/les-bleus-ou-la-mort-du-black-blanc-beur

http://www.courrierinternational.com/notule-source/kotch

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