L’Élysée invente “la Droite juste“ *

Par Nicolas Domenach  ** - Le 4 septembre 2011

Après le flop total de la « Droite sociale », les conseillers de Nicolas Sarkozy croient avoir trouvé le concept qui leur permettra de retrouver l’électorat populaire et de déborder la gauche. Car la présidentielle se gagnerait par la Justice, et par le peuple !

La Droite sociale est morte ! Vive la droite… juste ! Et pas de ricanements sur cette conversion subite ni de plaisanteries  fines sur cet emprunt à Ségolène Royal qui s’était tant fait moquer avec « son ordre juste » rabougri en « juste l’ordre » ! Car à l’Élysée on a longuement réfléchi, avant d’accoucher de ce concept « révolutionnaire » que chaque responsable de l’UMP va mouliner à tous les vents médiatiques, ainsi qu’a commencé à le faire Bruno Le Maire en charge du projet. « La Droite juste », ce ne serait pas « juste la droite » ! Ce serait le concept qui tue… l’adversaire de gauche et (re)mobilise enfin les troupes comme les Français modestes en fuite vers l’abstention, voire le Front national. Ceux-là ne se reconnaissaient pas dans la précédente invention sémantique, « la Droite sociale », car le social reste l’apanage de la gauche jusque dans ses dérives antisociales. « Le peuple ne croit plus dans un social inégalitaire, affirme un des plus proches conseillers de Sarkozy. Il aspire à la justice fiscale, économique, culturelle, et in fine sociale.» Il n’est jamais trop tard pour s’en rendre compte!

« La Droite sociale », il est vrai, était quasi mort née tant l’UMP s’est déportée à droite sous l’influence conjuguée de Sarkozy évidement mais aussi de son nouveau secrétaire général Jean-François Copé et de son alliée la Droite populaire. Le néo-libéralisme droitier et sécuritaire a totalement étouffé les modérés et humanistes qui prétendaient rééquilibrer au centre la majorité. La pusillanimité d’un Pierre Méhaignerie qui levait toujours le doigt, le petit, pour souligner le déficit de générosité des décisions gouvernementales n’avait d’égale que la maladresse provocatrice d’un Laurent Wauquiez qui en assimilant le RSA à un cancer « karcherisait » d’emblée ses prétentions d’incarnation de la « Droite sociale ». Même si cette sortie lui valait une popularité certaine chez les militants durs de l’UMP, ses propres amis politiques n’en tiraient pas moins, avec l’Élysée, la leçon qui s’imposait : « Il fallait, toutes nos enquêtes quantitatives et qualitatives le montraient, accréditer l’idée d’une droite juste ! » Il y a du boulot…

On ne se cache pas d’ailleurs au sommet de l’État l’ampleur du défi. mais la victoire de 2017 serait à ce prix : « Nicolas Sarkozy devra incarner l’autorité régalienne en même temps qu’une volonté d’équité qu’on ne lui accorde pas suffisamment. » Ce déficit de crédibilité- là est même abyssal. « Mais la gauche n’a pas davantage de crédit », relève-t-on aussi, avant d’ajouter « tous les espoirs nous sont permis, puisque les socialistes sont tellement occupés par eux-mêmes qu’il ne se soucient qu’à peine de reconquérir un électorat populaire qui les a désertés. Au moins nous, nous en avons conscience…» Mais de là à ce que ces déserteurs reviennent…

Le gouvernement pourtant ne ménage pas ses efforts pour montrer que la majorité se bat contre les iniquités, du moins le croit-il. Mais on ne se berce pas trop d’illusions à l’Élysée, où l’on reconnaît « que Fillon et son plan de rigueur n’ont pas convaincu ni sur le plan de l’efficacité ni sur celui de la justice ». La taxe sur les hauts revenus est perçue « comme dérisoire » et en vérité le Président garde la marque jaune de ses premières années de règne : il est toujours « le président des riches ». Sarkozy fait toujours « bling-bling » quand il parle, même quand il prétend « avoir changé ». Mais ses proches comptent sur la discussion parlementaire pour « mieux écrire une histoire populaire » qui renouerait avec celle de la précédente campagne électorale, quand il passait pour « le défenseur des travailleurs », en promettant de remplir leurs poches et le frigo, comme de leur rendre une dignité, une fierté perdue. Le chef de l’État va donc encourager les députés non seulement à mettre davantage à contribution les plus aisés mais à traquer « les inégalités provoquées par une politique sociale sans contrôle ».

La justice ce serait aussi, d’abord cela « que les vrais chômeurs ne soient pas confondus avec les faux » et les « travailleurs moins payés que les assistés! ». Ce qui risque de conduire à dresser les catégories sociales les unes contre les autres, mais les études, encore elles montreraient que les Français, comme les Américains d’ailleurs veulent en finir « avec toutes les perversions de l’assistanat ». Même celles qui touchent les plus riches ? On vous jure qu’on va s’y attaquer mais c’est un air connu…

En attendant, l’Élysée voudrait qu’autour de ce concept de « Droite juste », la « Droite populaire » et « la Droite ex-sociale » fusionnent, ce qui n’est pas acquis, même s’il y a des contacts avancés, notamment entre Xavier Bertrand et Thierry Mariani, qui ont mené campagne commune pour la mise au point du « fichier des fraudeurs aux assurances sociales » réclamé par une écrasante majorité. Mais dans la Provence on trouve une illustration claire de la distance qui sépare ces élus. Ainsi le député breton Pierre Méhaignerie n’hésite pas à souligner que « les élus de l’Ouest ont des valeurs de solidarité beaucoup plus fortes que ceux du Sud. Ce à quoi les sudistes, exaspérés, rétorquent qu’ils n’ont pas le même nombre d’immigrés » et que « si les démocrates chrétiens avaient davantage pesé pour contribuer à l’accueil chez eux des étrangers, la France ne subirait pas une telle fracture géographie et humaine! ». Et David Douillet célèbre judoka devenu député puis propulsé ministre des français de l’étranger de conclure par cet haiku: « On est toujours à l’Ouest de quelqu’un… » Ippon!

Sources

* http://www.marianne2.fr/L-Elysee-invente-la-Droite-juste_a209869.html

* http://www.marianne2.fr/

** http://www.marianne2.fr/search/nicolas+domenach/

Leave a Comment

Filed under Uncategorized

Comments are closed.