Grève étudiante: des personnalités québécoises appellent Québec à faire preuve d’ouverture *

Par Radio-Canada.ca – Le 21 avril 2012

Dix-huit personnalités québécoises venant d’horizons divers ont signé une Déclaration solennelle demandant à Québec d’ouvrir un dialogue avec les associations étudiantes, au lendemain des heurts devant le Palais des Congrès.

Les signataires estiment qu’il y a « urgence d’agir » afin d’éviter que la situation ne se « dégrade davantage ».

Ils déplorent la façon dont le gouvernement libéral de Jean Charest gère la situation, rappelant qu’il ne s’agit pourtant pas de la première crise à laquelle est confronté l’État québécois, que ce soit la crise d’Oka, l’emprisonnement des chefs syndicaux en 1972 ou les référendums de 1980 et 1995.

« Mais jamais, dans ces moments dramatiques, le gouvernement du Québec, l’État québécois, n’a-t-il opposé une aussi incompréhensible fin de non-recevoir aux groupes s’opposant à ses volontés. Au plus haut niveau de l’État québécois, la porte avait toujours fini par s’ouvrir. Toujours. Mais pas cette fois », peut-on lire dans la déclaration.

Ils estiment que si rien n’est fait, les étudiants, dont ils disent partager les idéaux, risquent « de perdre bientôt ce qui est le plus important : l’espoir et la confiance envers la société et ses mécanismes démocratiques, acquis de haute lutte depuis des générations ».

Parmi les signataires, qui se disent inquiets de la détérioration du climat social, on retrouve Claude Béland, ex-président du Mouvement Desjardins, l’ex-président de la CSN Gérald Larose, l’ancien ministre libéral Jean Cournoyer, le réalisateur et comédien Luc Picard, l’ex-député péquiste et juge à la retraite Robert Burns.

La déclaration met de l’avant quatre propositions :

1- Que le gouvernement rencontre les trois associations étudiantes, et ce, sans délai.

2- Qu’il suspende la hausse de 75 % des droits de scolarité pour les cinq prochaines années.

3 – Que Québec ouvre un débat sur l’éducation et son financement.

4- Que les associations étudiantes mettent fin à leur mouvement de grève après une réponse positive du gouvernement.

« Le tissu social est mis à mal.Il faut se ramener au sujet principal, qui est la question des droits de scolarité. » — Gérald Larose, professeur à Faculté des sciences humaines de l’UQAM

Un conflit qui s’enlise

Le mouvement étudiant multiplie les manifestations depuis dix semaines pour s’opposer à la hausse des droits de scolarité, avec l’appui du PQ, de Québec solidaire, ainsi que d’une large part de la société civile.

Le gouvernement Charest refuse cependant de faire marche arrière sur la hausse des droits. La ministre de l’Éducation du Québec Line Beauchamp a déclaré qu’elle était prête à rencontrer la Fédération étudiante collégiale (FECQ) et la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ) pour entreprendre des discussions sur la gestion des universités et l’accessibilité aux études.

La Coalition large de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE) en est exclue tant qu’elle ne condamne pas explicitement et publiquement les violences commises.

Depuis vendredi, une déclaration du premier ministre, Jean Charest, sur un ton humoristique au sujet des étudiants, au moment où des affrontements avaient lieu à Montréal pour dénoncer le Plan Nord, a provoqué une avalanche de commentaires.

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Un appel urgent au dialogue entre le gouvernement et les étudiants

Il faut mettre fin immédiatement à la crise sociale

Nous sommes, comme citoyennes et citoyens du Québec, profondément inquiets de la grave crise qui secoue actuellement l’ensemble de la société. Nous ne pouvons permettre de voir la situation se dégrader davantage. C’est pourquoi, convaincus de l’urgence d’agir, nous intervenons publiquement, aujourd’hui le 21 avril 2012.  Nous sommes d’horizons divers. Sur d’autres questions, nos points de vue divergent. Mais nous sommes clairement en accord sur cet enjeu fondamental : cette crise autour des droits de scolarité a assez duré. Ayant causé de sérieux dommages au tissu social, elle menace des valeurs qui nous sont chères et que nous avons mis beaucoup de temps et d’énergie, dans nos occupations respectives, à incarner dans le réel.

Depuis la Révolution tranquille, le Québec a traversé d’autres crises graves : les événements d’Octobre, l’emprisonnement des chefs syndicaux en 1972, la crise d’Ok a de 1990, sans compter les deux référendums qui ont aussi soulevé les passions, de part et d’autres.

Mais jamais, dans ces moments dramatiques, le gouvernement du Québec, l’État québécois, n’a-t-il opposé une aussi incompréhensible fin de non-recevoir aux groupes s’opposant à ses volontés. Au plus haut niveau de l’État québécois, la porte avait toujours fini par s’ouvrir. Toujours. Mais pas cette fois. Il est maintenant plus que temps d’ouvrir la porte. C’est pourquoi nous lançons aujourd’hui cet appel solennel, mais fraternel, à toutes les parties engagées, afin de trouver une voie de sortie dans ce qui est de plus en plus un cul-de-sac politique et social. Cette génération d’étudiantes et d’étudiants, engagés dans une lutte inspirée par des idéaux que nous partageons, risque de perdre bientôt ce qui le plus important : l’espoir et la confiance envers la société et ses mécanismes démocratiques, acquis de haute lutte depuis des générations, ouvrant la voie à des parasites qui ne peuvent qu’exacerber les tensions et nous éloigner d’une résolution de la crise.

Alors aujourd’hui, nous lançons un appel solennel aux parties en cause: Nous demandons au gouvernement du Québec de rencontrer ensemble et sans délai les trois associations étudiantes.

Nous de mandons au gouvernement du Québec de suspendre l’application des mesures prévues dans le budget 2011 qui prévoient une hausse de 75 % des droits de scolarité pour les 5 prochaines années.

Nous demandons au gouvernement du Québec de mettre en place les mécanismes nécessaires pour qu’un large débat sur l’importance de l’éducation dans notre société et son financement prenne place, traçant ainsi la voie à une solution durable et partagée.

Nous demandons aux associations étudiantes qu’après réponse positive du gouvernement québécois, de mettre un terme à leur grève, de s’engager avec ouverture et espoir dans cette démarche et d’y contribuer avec toute la force de conviction dont ils ont su,  jusqu’ici, faire preuve.

Ont signé cette déclaration :

Claude Béland, ex-président, Mouvement Desjardins

Sœur Yvonne Bergeron, théologienne, Université de Sherbrooke

Robert Burns, juge à la retraite

Dominic Champagne, metteur en scène

Jean Cournoyer, ex-ministre libéral

Bernard Émond, réalisateur

Benoît Fortin, provincial des Capucins

Claude Lafortune, artiste

Gérald Larose, professeur UQAM

Jacques Languirand, animateur

Jacques l’Heureux, comédien

 Luc Picard, réalisateur et comédien

Jean-Pierre Proulx, ex-président du Conseil supérieur de l’éducation

 Guy Rocher, professeur, Université de Montréal

Céline St-Pierre, ex-présidente, Conseil supérieur de l’éducation

Alain Vadeboncoeur, médecin et animateur

Louise Vandelac, professeure, UQAM

Florent Villeneuve, théologien, Université de Chicoutimi

* Source

http://www.radio-canada.ca/nouvelles/societe/2012/04/21/002-personnalites-declaration-greve-etudiante.shtml

 

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